En Tunisie, le rapport au temps pose, depuis toujours, problème. Ne pas respecter les horaires y est presque devenu un sport national : aucun rendez-vous n’est véritablement tenu à l’heure dite. Nos rendez-vous, eux, se fixent à « temps ouvert » : après la prière, après la rupture du jeûne, entre 9h et 9h30, juste avant la sortie des classes… Autant de repères flous qui en disent long sur notre indifférence collective à la précision horaire.
Nos moyens de transport n’échappent pas à la règle — mieux vaut ne pas s’y attarder : avions, trains, bus, le retard s’observe sur tous les fronts, comme s’il s’agissait d’une fatalité acceptée plutôt que d’un dysfonctionnement à corriger.
Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que les institutions publiques elles-mêmes finissent par s’inscrire dans cette même logique de flou temporel. Le ministère de l’Éducation, chaque année, nous impose un stress particulièrement éprouvant à l’approche de la publication des résultats des concours nationaux. Dimanche dernier encore, les Tunisiens qui attendaient avec impatience les résultats du baccalauréat ont crié au scandale face à l’incapacité du ministère à fixer un horaire précis pour leur annonce.
Faire vivre aux citoyens, en particulier aux familles des candidats, une telle épreuve d’attente — qui vient s’ajouter au stress du résultat lui-même — paraît difficilement justifiable. Jouer ainsi avec les nerfs des gens ne semble pas digne d’une institution publique, à plus forte raison lorsqu’elle est en charge de l’avenir de centaines de milliers de jeunes.
Le ministère aurait pu, si nécessaire, reporter l’annonce de quelques heures. Mais l’essentiel n’est pas là : il s’agit avant tout de fixer un horaire précis et de le respecter, afin que les citoyens puissent organiser leur journée en conséquence — plutôt que de rester, des heures durant, suspendu à un sort aux contours déjà indistincts.
Quand une administration ne parvient pas à tenir un horaire qu’elle a elle-même la liberté de fixer, c’est tout le rapport entre l’Etat et le citoyen qui s’en trouve fragilisé.
Il serait peut-être temps, justement, de faire du temps une priorité.