L’expert en énergie et ancien conseiller auprès du ministre de l’Énergie chargé du dossier des hydrocarbures, Hamed El Matri, est revenu sur la question des délestages et coupures d’électricité observés récemment en Tunisie considérant que cette situation n’est pas le résultat d’une défaillance soudaine de la STEG, mais la conséquence de choix politiques et d’un sous-investissement accumulé depuis plusieurs années. S’appuyant sur plusieurs indicateurs, il identifie trois facteurs majeurs qui, selon lui, expliquent la dégradation progressive du système électrique.
Un ralentissement des investissements dans les capacités de production
Premier constat avancé par l’expert : à partir de 2021, la Tunisie aurait ralenti le développement de ses capacités de production d’électricité, alors même que la demande continuait d’augmenter. Selon Hamed El Matri, le pays disposait historiquement d’une capacité de production lui permettant de couvrir ses besoins et même de dégager un excédent avec ses voisins. Mais avec l’aggravation du déficit énergétique, la stratégie aurait progressivement évolué vers une dépendance accrue aux importations d’électricité, notamment depuis l’Algérie, au lieu d’investir dans de nouvelles infrastructures de production.
Pour l’expert, cette orientation a fragilisé l’équilibre entre l’offre et la demande, particulièrement lors des pics de consommation enregistrés durant les vagues de chaleur.
Une dette qui freine la maintenance et les investissements
Le deuxième élément mis en avant concerne la situation financière de la STEG. Hamed El Matri affirme que l’entreprise publique supporte aujourd’hui une dette dépassant 20 milliards de dinars, dont une part importante est liée aux impayés envers les fournisseurs de gaz naturel. Selon lui, un tel niveau d’endettement réduit fortement la capacité de la société à assurer l’entretien du réseau, la maintenance des centrales électriques et le renouvellement des équipements.
L’expert estime que cette situation ne relève pas de la responsabilité des agents de la STEG, mais découle de choix budgétaires de l’État ayant conduit à reporter ou réduire les financements destinés au secteur de l’énergie.
Une marge de sécurité devenue quasi inexistante
Enfin, Hamed El Matri souligne que le problème ne réside pas uniquement dans la capacité installée, mais dans la puissance réellement disponible au moment des pics de consommation.
Il explique que les centrales ne peuvent fonctionner à leur capacité maximale que si elles bénéficient d’une maintenance régulière et de conditions d’exploitation optimales. Or, la dégradation des équipements réduit progressivement la production effectivement mobilisable.
Selon lui, les données montrent que la marge entre l’électricité disponible et la consommation nationale s’est continuellement réduite ces dernières années, jusqu’à devenir quasiment nulle. Dans ces conditions, le moindre pic de demande ou incident technique expose le réseau à un risque de black-out généralisé.
L’expert explique que les délestages constituent alors une mesure de protection du réseau : ils permettent de couper temporairement l’alimentation dans certaines zones afin d’éviter un effondrement complet du système électrique.
« Une conséquence directe des politiques publiques »
En conclusion, Hamed El Matri considère que la crise actuelle est avant tout le résultat de politiques publiques menées depuis plusieurs années. Selon lui, les difficultés rencontrées par la STEG ne peuvent être imputées aux seuls responsables ou employés de l’entreprise, mais s’expliquent par un manque d’investissements, une dégradation de la situation financière de l’établissement et l’absence de développement suffisant des capacités de production.
Il estime également que, sans changement de stratégie et reprise des investissements dans le secteur électrique, les tensions sur le réseau risquent de s’accentuer au cours des prochaines années.
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