Au moins 1 430 morts, 3 238 blessés et plus de 50 000 disparus : le bilan du double séisme qui a frappé le Venezuela continue de s’alourdir d’heure en heure. Le responsable de l’aide humanitaire de l’ONU, Tom Fletcher, a prévenu que ce chiffre pourrait encore « s’alourdir considérablement », qualifiant la situation d’« opération de secours extrêmement complexe ».
Les deux secousses de magnitude 7,2 et 7,5 ont frappé le nord du pays mercredi, laissant un paysage de dévastation avec d’innombrables immeubles effondrés, en particulier à La Guaira, ville côtière voisine de Caracas. Il s’agit des séismes les plus dévastateurs enregistrés au Venezuela depuis 1900. Depuis, plus de 300 répliques ont été signalées, et les secousses ont été ressenties jusqu’en Colombie et au Brésil.
A La Guaira, épicentre humain du drame, des habitants fouillent les décombres à mains nues, réclamant des machines spécialisées pour couper les barres d’acier ou déplacer les blocs de béton. Marlon Ochoa, survivant de l’effondrement d’un immeuble, témoigne : « Je cherche ma mère, ma femme et mon fils. Nous avons besoin d’aide, il y a des gens vivants, et on ne nous donne pas d’outils. » Les hôpitaux sont débordés : une habitante, Yessica Mendoza, raconte avoir emmené sa fille directement à la morgue, car à l’hôpital de Catia la Mar, « les morts gisaient à même le sol ». Au milieu de ce chaos, une lueur d’espoir : un nouveau-né a été secouru des décombres 32 heures après les séismes, sorti sous les applaudissements par des sauveteurs travaillant à la lumière des projecteurs.
Des équipes de recherche et de sauvetage venues d’au moins 17 pays ont commencé à intervenir. Les États-Unis ont annoncé le déploiement d’une équipe de 250 personnes, proposé une aide de 150 millions de dollars et envoyé deux navires de guerre, des avions de transport et des hélicoptères. Au total, quelque 1 600 secouristes étrangers participent désormais aux opérations, même si les secours ont été ralentis par un chaos routier important, des milliers de Vénézuéliens s’étant élancés vers la zone sinistrée pour apporter leur aide, bloquant les ambulances pendant plusieurs heures.
Les Nations unies estiment que jusqu’à 6,76 millions de personnes pourraient avoir été touchées, dont deux millions rien qu’à Caracas, et les dommages sont évalués à près de 7 milliards de dollars, soit environ 6 % du PIB du pays. La présidente par intérim Delcy Rodriguez a annoncé le déploiement de 14 000 militaires et policiers dans l’État de La Guaira pour garantir la sécurité, après que des pillages ont été signalés dans les zones sinistrées. Parmi les victimes figurent des ressortissants de nombreux pays : au moins 28 personnes de nationalité ou d’origine portugaise, sept Chinois, cinq Espagnols, deux Brésiliens, un Chilien et un Italo-Vénézuélien. Le Venezuela, déjà fragilisé par une crise économique et sanitaire profonde, fait face à l’une des catastrophes les plus meurtrières de son histoire moderne.