Ainsi, depuis le mois de juillet, les épisodes de tension se succèdent sans répit dans les domaines de l’eau et de l’électricité mais aussi ceux des incendies dont les derniers en date ont été heureusement maîtrisés dans les gouvernorats de Jendouba et Siliana. Les conséquences de la canicule sur les hôpitaux et les prisons ont également préoccupé l’opinion publique endeuillée par le tragique naufrage au large de Zarzis d’une embarcation chargée de migrants tentant une traversée vers les rivages européens.
Cet été qui s’achève, alors que la canicule persiste, a été relativement heurté et ponctué par des mouvements de protestation qui, selon l’Observatoire social tunisien, ont atteint 1101 mouvements pour le mois de juillet dont 60% étaient liés aux coupures d’eau et d’électricité. En ce sens, à l’instar du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, plusieurs instances de la société civile ont appelé à des mesures urgentes pour prendre la mesure de ces coupures répétitives et veiller à éviter une aggravation de cette crise qui concerne des besoins essentiels.
Dernière année de législature avant les prochaines élections
L’une des conséquences les plus remarquables de cette situation de crise réside dans l’initiative prise par un groupe d’une cinquantaine de parlementaires décidés à interpeller le gouvernement et demander des éclaircissements. Ces députés de l’Assemblée des représentants du peuple ont ainsi appelé à une session parlementaire extraordinaire et annoncé qu’ils déposeraient début septembre les documents nécessaires au bureau d’ordre du Parlement.
Cette initiative intervient alors que, prenant la mesure du mécontentement de l’opinion, plusieurs députés avaient, durant l’été, exprimé aussi bien leurs préoccupations que leurs critiques. Les prochains jours verront ce qu’il adviendra de cette initiative : l’ARP se réunira-t-elle en session extraordinaire pour questionner le gouvernement sur la gestion des différentes crises et les causes de la dégradation des services essentiels ? Le Parlement attendra-t-il plutôt le mois d’octobre pour reprendre ses travaux en session ordinaire ?
Au-delà de cette initiative proprement dite, ce qui retient l’attention des observateurs consiste en un point fondamental : nous entrons dans la dernière année de la législature de cette assemblée qui ne va plus tarder à entrer dans le processus des prochaines élections législatives. Dès lors, il est possible que les députés veuillent tenter d’imprimer une accélération aux travaux du Parlement. Il est de notoriété que plusieurs grandes réformes attendent à l’image du Code des investissements ou du Code des changes. Il est tout aussi notoire que plusieurs projets de loi, portés par la représentation parlementaire, n’ont pas retenu l’attention des instances gouvernementales. Au point que certains textes adoptés n’ont pas bénéficié du suivi nécessaire et n’ont pas été suivis de décrets d’application.
Est-ce à dire que les députés de la nation chercheraient à rebondir, voire à gagner en visibilité ? Le fait est que cette dernière année de législature pourrait être plus animée avec une activité encore plus soutenue de la part des députés.
L’activisme de l’Union générale tunisienne du travail
Sur un autre plan, l’UGTT a pris, ces derniers jours, plusieurs initiatives qui méritent d’être passées en revue. Surpris par le débrayage surprise des conducteurs de camion de carburant, le bureau exécutif de la Centrale syndicale a vite fait de reprendre la main et pousser à la discipline. Par conséquent, les revendications des conducteurs seront portées par un mouvement de grève dûment annoncé pour les 23 et 24 septembre. Entre-temps, plusieurs rounds de négociations pourront avoir lieu pour aplanir la situation et trouver une issue à cette crise spécifique.
De manière plus générale, Slaheddine Selmi, le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail, a apporté un soutien total aux syndicats de base engagés dans des mobilisations, notamment à la Compagnie des phosphates de Gafsa. Outre les aspects purement sociaux, l’UGTT a également réitéré son inquiétude quant au pouvoir d’achat des Tunisiens et la détérioration du service public dans plusieurs domaines essentiels.
De plus, après avoir eu des entretiens avec les responsables de plusieurs organisations dont l’Ordre national des avocats de Tunisie et la Ligue tunisienne des droits de l’homme, Slaheddine Selmi a évoqué des concertations devant mener à un « mouvement national «. Cette annonce faite le 29 août dernier se référe-t-elle à des convergences avec la société civile dans sa diversité ? Ou bien serait-elle susceptible d’aller plus loin en prenant la mesure d’initiatives à l’image de la plateforme “Nafas” ? Cette notion de « mouvement national « est-elle enfin inspirée par le « dialogue national « auquel l’UGTT avait appelé sans succès il y a quelques années ?
Ce levier « national « pour une concertation plus vaste a-t-il des chances de voir le jour ? Il est difficile de répondre à cette question car si la Centrale syndicale présente un front uni et garde son statut historique et militant, sa situation matérielle n’est plus ce qu’elle était depuis qu’elle n’a plus les mêmes facilités administratives pour collecter les contributions de ses adhérents. Aujourd’hui, l’UGTT est engagée dans le renforcement de ses structures, ce qui constitue un chantier prioritaire pour les syndicalistes. Dans cette optique, même si les mobilisations des travailleurs donnent un poids évident à la place M’hamed Ali, le bureau exécutif sera-t-il tenté de jouer une partition plus politique ?
Les partis politiques en ordre dispersé
La rentrée sera enfin celle des partis politiques – qui, pour la plupart, sont inaudibles — dans leur diversité et leur manque de prise sur la société. Quel que soit leur alignement idéologique ou leur assise humaine, ces partis donnent l’impression d’être laminés et souvent incapables de se faire entendre. Dans quelques semaines, les 3 et 4 octobre, le Parti destourien libre organisera son congrès de la Fidélité avec la perspective d’un renouvellement de son Bureau politique. Autrement, les nouvelles sont plutôt rares sur la scène partisane. Alors que des crises polyformes ont marqué l’été qui s’achève, peu d’activités partisanes ont pu être relevées, contrairement à un dynamisme plus marqué de la société civile.
Par ailleurs, le professionnalisme de plusieurs corps de métiers est à saluer car au plus fort des coupures tournantes, des pénuries et des incendies, les pompiers, les médecins, les ingénieurs, les agents de la sûreté étaient à leurs postes, assurant la continuité du service public et faisant preuve d’un dévouement qui nous honore.