Selon une analyse publiée par Courrier international le 9 juin 2026, les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, totalisaient 550 cas confirmés d’infection par le virus Ebola au 6 juin 2026. Par ailleurs, 101 décès ont été enregistrés dans ces mêmes régions. En sus de ces données, 27 nouveaux cas confirmés ont été rapportés en l’espace de vingt-quatre heures. Qui plus est, 283 patients se trouvaient hospitalisés ou placés en isolement à cette date.
Depuis la première épidémie survenue en 1976, les flambées d’Ebola sont de plus en plus meurtrières, plus longues et couvrent un territoire sans cesse élargi. La journaliste d’investigation américaine Sonia Shah apporte un éclairage sur ce phénomène dans le journal britannique The Guardian, comme le rapporte Courrier international. Selon elle, la réponse est à chercher du côté de la demande mondiale de minerais rares plutôt que du seul déplacement des populations.
D’après l’article de Courrier international, le cœur de la crise se situe dans les zones minières de la province de l’Ituri, notamment autour de la ville de Mongbwalu. La demande mondiale croissante d’or et de minéraux destinés à l’industrie technologique a attiré des milliers de travailleurs vers des régions forestières reculées. La RDC est riche en minerais rares nécessaires à la fabrication des semi-conducteurs et des smartphones. La Chine et les États-Unis se disputent l’accès à ces ressources. Sur le terrain, cette concurrence se traduit par une déforestation intense et la multiplication des mines, dont certaines sont clandestines.
L’exploitation minière artisanale emploie environ 2 millions de personnes en RDC. À cela s’ajoutent plus de 380 000 travailleurs dans l’est du pays, soit exactement l’épicentre de l’épidémie actuelle. Un reportage du New York Times, cité par Courrier international, décrit Mongbwalu comme un lieu où l’exploitation de l’or alimente un flux de travailleurs, de commerçants, de prostituées et de contrebandiers venus du Congo et des pays voisins. Par conséquent, ce brassage humain constitue un terrain favorable à la propagation du virus. Pourtant, malgré la multiplication des mines, la majeure partie des ressources minérales congolaises reste encore inexploitée. D’autre part, la demande mondiale de minerais dits « 3TG » (tungstène, étain, tantale et or) devrait tripler dans les prochaines années, selon le Guardian, toujours d’après l’analyse de Courrier international.
Cette exploitation attire également des acteurs étrangers aux intérêts variés, dont certains sont régulièrement pointés du doigt pour leurs méthodes. En effet, les liens entre Israël et le secteur minier de la RDC sont principalement marqués par l’influence de magnats d’affaires israéliens, notamment Dan Gertler, et par des accords diplomatiques et de sécurité bilatéraux. Pendant de nombreuses années, Dan Gertler a occupé une place centrale dans le secteur minier congolais, en particulier dans le cuivre, le cobalt et les diamants. Il a été au centre de controverses et d’enquêtes internationales, accusé d’avoir utilisé ses liens politiques pour acquérir des droits d’exploitation lucratifs au détriment de l’État congolais. Il a notamment fait l’objet de sanctions américaines pour corruption présumée avant d’être au cœur d’accords et d’arbitrages juridiques complexes. Bien qu’Israël ne dispose pas de gisements miniers sur son propre territoire, ce pays est un exportateur majeur de diamants à l’échelle mondiale. Une partie importante des diamants bruts taillés en Israël provient des pays africains, dont la RDC, souvent facilitée par l’intermédiaire d’hommes d’affaires israéliens. En sus de ces aspects commerciaux, les relations entre les deux pays s’étendent au-delà des mines pour inclure des partenariats stratégiques dans le domaine de la défense. Des entreprises de sécurité privées israéliennes ont été engagées pour fournir des équipements, des drones et de la formation à l’armée congolaise, en particulier dans un contexte de crise sécuritaire dans l’est de la RDC, région riche en minerais tels que le coltan, l’or et le lithium.
Un autre élément explique la durée des épidémies : la destruction de la forêt. Celle-ci, provoquée par la quête de minerais, a bouleversé les équilibres écologiques. La RDC abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde. En 2014, l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest a été précédée par la disparition de 85 % du couvert forestier dans le sud-ouest de la Guinée. Pour l’épidémie actuelle, le même schéma se répète : elle a été précédée par une perte de 607 000 hectares de forêt tropicale dans le bassin du Congo en 2024, selon les données rapportées par Courrier international.
Les données disponibles indiquent que chaque point de pourcentage d’augmentation de la déforestation en Afrique centrale entraîne une hausse de 20 % à 40 % de l’incidence du paludisme et du virus Ebola. Courrier international met en lumière le rôle spécifique des chauves-souris dans ces épidémies répétées. La destruction de leur habitat forestier pousse ces animaux porteurs du virus à se réfugier dans les arbres abattus, à proximité des habitations humaines. Ce rapprochement augmente la probabilité de contagion, les êtres humains se trouvant davantage en contact avec le sang, la salive et les excréments de ces animaux.