Le président de la République, Kaïs Saïed, a effectué ce soir une visite de terrain inopinée dans la région de Chott Essalem, dans la ville de Gabès. À cette occasion, il s’est enquis, d’après la Radio Tunisienne, de l’état de la plage à proximité du point de rejet du phosphogypse.
Pour rappel, Gabès souffre depuis plus de cinquante ans de la pollution générée par le complexe chimique tunisien, installé en 1972 dans la zone de Chott Essalem, à quelques kilomètres du centre-ville. Ce site traite le phosphate extrait du bassin minier de Gafsa, un processus qui génère d’importantes quantités de phosphogypse, un résidu industriel toxique déversé quotidiennement dans la mer — environ 13 500 tonnes par jour selon les estimations.
Les conséquences de cette pollution sont visibles et documentées depuis des années. Sur le plan environnemental, la mer a noirci par endroits et de nombreuses espèces marines, poissons et tortues notamment, s’échouent mortes sur le rivage. L’oasis maritime de Gabès, autrefois unique en Méditerranée par la coexistence de la mer, du désert et de la palmeraie, a perdu une grande partie de sa richesse naturelle, entraînant un effondrement de la pêche et de l’agriculture qui faisaient vivre des milliers de familles. Sur le plan sanitaire, les habitants de la région rapportent une forte prévalence de cancers, de maladies respiratoires et de troubles osseux qu’ils attribuent à une exposition chronique aux émissions chimiques. En septembre 2025, plusieurs élèves d’un collège avaient même été asphyxiés par des émanations gazeuses provenant du complexe, un épisode qui avait ravivé la colère populaire.
Cette situation a nourri une mobilisation sociale récurrente, avec des manifestations organisées à Chott Essalem ainsi que devant le siège du complexe à Tunis, réclamant le démantèlement pur et simple des unités polluantes. Une décision de justice ayant écarté la responsabilité du complexe dans la catastrophe environnementale avait toutefois douché les espoirs des militants, provoquant un essoufflement temporaire du mouvement avant qu’il ne reprenne.
Face à cette crise, le président Kaïs Saïed a multiplié depuis octobre 2025 les prises de parole et les réunions sur ce dossier, qu’il présente comme une véritable guerre contre la pollution, appelant à des solutions urgentes et immédiates. De son côté, le ministère de l’Environnement a également effectué des visites sur le terrain, avec des engagements pour interdire le rejet du phosphogypse en mer et le valoriser plutôt dans le bâtiment ou l’agriculture. Malgré ces annonces répétées, aucune solution définitive n’a pour l’instant été mise en œuvre, et la pollution continue de peser lourdement sur la santé et l’environnement de la région.