Des recherches menées à Henchir El Matria, l’antique Numluli, au nord de Téboursouk dans le gouvernorat de Béja, ont permis de retrouver de nouveaux indices archéologiques de la présence vandale dans le nord tunisien. L’Institut national du patrimoine a annoncé la découverte. Celle-ci porte sur une basilique chrétienne édifiée au milieu du Ve siècle ainsi que sur plusieurs panneaux de mosaïque comportant des inscriptions. Pour les archéologues, ces éléments rattachent l’ensemble à la période du royaume vandale en Afrique du Nord.
La campagne, conduite par l’INP avec l’Université de Sassari, s’est déroulée du 6 septembre au 4 octobre. Elle a porté sur deux zones principales de la cité antique. Dans la première, qui remonte à l’époque romaine, les chercheurs ont examiné le Capitole construit en 170 de notre ère. Ils y ont mis au jour le pavage de la place publique, une fontaine, des colonnes, des chapiteaux, des fragments de statues et des ornements architecturaux. D’autre part, la seconde zone abrite une basilique élevée vers le milieu du Ve siècle. Les découvertes y sont jugées importantes. L’édifice comprend des tombeaux attribués à des personnalités chrétiennes, différentes pièces et structures murales, ainsi que des jarres funéraires et de grands récipients verticaux destinés à conserver les aliments.
Les fouilles ont aussi révélé des panneaux de mosaïque que l’INP considère comme utiles pour reconstituer la vie urbaine à la fin de l’Antiquité. Moheddine Chaouali, directeur de la recherche historique et archéologique à l’INP et codirecteur des fouilles, a expliqué que certaines mosaïques du Ve siècle portent une formule latine évoquant le « salut des rois ». En outre, les noms des souverains n’apparaissent pas dans les inscriptions. Toutefois, les chercheurs lisent dans cette formulation une allusion aux rois vandales. Par conséquent, elle apporte un témoignage précieux sur leur présence dans la région de Téboursouk et de Béja. Jusqu’à présent, les traces archéologiques de la domination vandale étaient surtout documentées à Carthage, à Haidra et dans la région de Sousse. Elles restaient beaucoup plus rares aux alentours de Dougga et dans le nord occidental du pays.
Le site de Numluli fait l’objet d’un programme conjoint entre la Tunisie et l’Italie depuis plusieurs années. Les fouilles sont dirigées par Chaouali pour l’INP et par Alessandro Teatini, de l’Université de Sassari, avec la participation de l’épigraphiste Antonio Ibba. Qui plus est, l’université sarde avait déjà mis en avant, ces derniers mois, l’intérêt des inscriptions retrouvées dans la basilique. Celles-ci sont considérées comme un témoignage direct et rare des réalités politiques et religieuses de l’Afrique du Nord à l’époque vandale. En sus, la nouvelle campagne renforce la place de Numluli comme site clé pour reconstituer la transformation des villes romaines africaines entre l’époque impériale, le royaume vandale et l’Antiquité tardive chrétienne. À cela s’ajoute que ces travaux éclairent davantage l’histoire urbaine et religieuse de la région.
MBY