Réunis à Tunis pour la deuxième édition de l’Ifriqiya Energy Hub (IEH), les professionnels et les décideurs du secteur énergétique ont insisté sur une même nécessité : renforcer la coopération à l’échelle africaine et méditerranéenne pour favoriser les investissements et l’aboutissement de projets, dans un contexte de pression sur les coûts de l’énergie.
Organisée par la Tunisia Energy Society (TENS), en partenariat notamment avec l’ETAP (Entreprise Tunisienne des Activités Pétrolières) et l’ANME (Agence Nationale pour la Maîtrise de l’Énergie), la rencontre qui se poursuivra demain jeudi réunit plus de 200 participants issus de pays africains, européens et du bassin méditerranéen. Les échanges lors de la conférence couvrent l’ensemble des composantes du secteur de l’énergie : hydrocarbures, énergies renouvelables, efficacité énergétique, nouvelles technologies, financement et coopération africaine.
Se tenant du 23 au 24 septembre, l’IEH entend créer un espace d’ouverture où les acteurs du secteur peuvent partager leurs expertises, s’inspirer les uns des autres et surtout faire émerger des partenariats susceptibles de déboucher sur des projets concrets.
La vulnérabilité énergétique : un enjeu de souveraineté
La conférence intervient dans un environnement énergétique mondial fortement perturbé. Le président de TENS, Hichem Mansour, a en effet insisté, lors d’une déclaration accordée à Réalités Online, sur l’évolution rapide du contexte géopolitique, notamment au Moyen-Orient, et ses conséquences sur les marchés du pétrole et du gaz, et de l’énergie plus globalement.
Pour les pays dépendants des importations, cette volatilité des prix conduit inévitablement à une augmentation de la facture énergétique.
Les importations mondiales ont augmenté de 330 milliards de dollars entre mars et août 2026, précise-t-il. À l’échelle africaine, cette hausse équivaut à 21 milliards de dollars, dont 1 milliard en Tunisie.
Pour Ouael Chouchene, secrétaire d’État chargé de la Transition énergétique au ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, la première énergie à économiser reste celle qui n’est pas consommée.
« Dans un contexte de contraintes budgétaires et de pression sur les coûts de l’énergie, l’efficacité énergétique représente l’un des moyens les plus immédiats pour réduire notre dépendance énergétique », souligne-t-il dans son discours d’ouverture.
La coopération comme levier concret
« Notre continent est la région la plus vulnérable aux changements climatiques. Toutefois, il dispose d’un potentiel considérable en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique », a déclaré Nafaa Baccari, directeur général de l’ANME.
Pour le responsable, il importe désormais aux pays africains de valoriser ce potentiel afin de créer de nouvelles opportunités de développement, d’investissement et d’emploi.
L’expertise devient stratégique. La capacité à structurer un projet, à en démontrer sa faisabilité et à identifier ses risques et ses forces permet de créer un climat de confiance entre les porteurs de projet, les institutions et les investisseurs, et facilite son financement.
L’IEH se positionne précisément sur ce terrain : créer un espace de dialogue entre les différents acteurs du secteur énergétique, afin d’échanger les expertises de chacun, d’attirer des investissements et des partenariats et, surtout, d’aboutir à des projets servant la résilience énergétique du continent.
La Tunisie : un pont entre l’Afrique et la Méditerranée
La position de la Tunisie, située entre l’Afrique et la Méditerranée, a plusieurs fois été désignée comme étant un atout lors de la conférence. Par exemple, le projet d’interconnexion électrique ELMED avec l’Italie traduit les nouvelles dynamiques à l’œuvre. Cette liaison doit renforcer les échanges électriques entre les deux rives de la Méditerranée et accompagner le développement des énergies renouvelables.
Le projet illustre surtout la logique défendue à l’IEH : la réponse à la vulnérabilité énergétique ne peut pas être uniquement nationale. Elle passe par la coopération africaine et internationale, et la capacité à s’inspirer des uns des autres pour donner lieu à des projets concrets.
L.B (Stagiaire)