Le drame survenu à Meknasy (gouvernorat de Sidi Bouzid), ayant entraîné la mort de deux personnes et l’hospitalisation de sept autres membres d’une même famille, a trouvé son explication scientifique. L’Instance nationale de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (INSSPA) a confirmé que cette intoxication majeure est due à l’ingestion accidentelle de Nicotiana glauca.
Voici ce que l’on sait de cette plante sauvage, de sa toxicité et des raisons de ce drame.
Une plante invasive importée au XIXe siècle
Appartenant à la famille des Solanacées (comme la tomate, la pomme de terre mais aussi la datura), Nicotiana glauca est communément appelée tabac sauvage, tabac en arbre ou « Tabac des russes ».
Bien qu’elle soit originaire d’Amérique du Sud, cette plante a été introduite en Tunisie aux alentours de 1830. Particulièrement robuste, elle s’est parfaitement acclimatée aux régions arides et semi-arides. On la retrouve aujourd’hui en abondance à l’état sauvage au bord des routes, dans les terrains vagues, les oueds asséchés et les décharges, sous forme d’un arbuste pouvant atteindre plusieurs mètres de haut.
Le piège de la ressemblance : la confusion en cuisine
L’enquête de l’INSSPA a révélé que les feuilles de cette plante ont été récoltées par mégarde dans la nature puis intégrées à la préparation du repas familial (le bouillon, le couscous et principalement la garniture du Osban).
Le danger majeur de Nicotiana glauca réside dans sa ressemblance trompeuse avec des légumes-feuilles comestibles, en particulier :
- Les blettes
- Les épinards
Lorsqu’elle est jeune ou coupée, ses feuilles épaisses, de couleur vert bleuâtre et légèrement caoutchouteuses, peuvent facilement tromper une personne non avertie lors d’une cueillette sauvage.
L’Anabasine : un poison foudroyant
Contrairement au tabac classique cultivé qui tire sa toxicité de la nicotine, Nicotiana glauca contient un autre alcaloïde encore plus dangereux : l’anabasine.
Les analyses de laboratoire menées sur les restes du repas à Meknassy ont détecté une concentration maximale de cette substance dans l’Osban, ainsi que des traces dans le bouillon dues à la diffusion de la toxine lors de la cuisson.
L’anabasine agit comme un puissant agoniste des récepteurs nicotiniques du système nerveux. C’est un poison violent qui provoque un syndrome de blocage neuromusculaire :
- Symptômes rapides (quelques minutes à 3 heures après l’ingestion) : Vomissements, vertiges violents, sueurs, tachycardie et faiblesse musculaire extrême.
- Risque mortel : Dans les cas graves, la toxine paralyse les muscles respiratoires. L’insuffisance respiratoire aiguë et l’arrêt cardiaque sont les causes directes des décès constatés.
- Prise en charge : Il n’existe aucun antidote spécifique. Le traitement repose uniquement sur une assistance respiratoire d’urgence en réanimation, le temps que l’organisme élimine la toxine (ce qui explique le transfert d’un des patients vers un service de soins intensifs à Tunis).