Interrogé à la télévision par une journaliste qui lui faisait remarquer que, pour lui, le football semblait être une affaire de vie ou de mort, Bill Shankly, l’une des grandes figures de l’histoire du football anglais, répondit avec ce flegme si britannique : «Certains pensent que le football est une question de vie ou de mort. Je peux vous assurer que c’est bien plus sérieux que cela !»
Cette boutade rappelle que le football n’est jamais seulement du football.
Shankly, fils d’un mineur écossais, avait parfaitement compris que, pour les classes populaires britanniques, le football représentait souvent ce qui rendait supportable une semaine de travail difficile. Le samedi après-midi devenait un moment de communion amicale et familiale, et d’espérance.
Dès lors, sa boutade signifiait que le football touche à quelque chose de plus profond que la simple survie biologique. Il touche à ce qui donne un goût à la vie.
Se pensant et agissant en arbitre du monde, le président américain Donald Trump semble considérer que le football est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux seuls footballeurs.
En intervenant auprès du président de la FIFA pour demander le réexamen de la suspension de l’attaquant américain Folarin Balogun, puis en obtenant la suspension de l’exécution de cette sanction, Donald Trump a rappelé que le football ne tournait pas toujours rond, puisqu’il est aussi un espace où s’exercent les rapports de puissance.
Au-delà de l’anecdote sportive, cet épisode révèle une évolution plus profonde : la difficulté croissante des institutions internationales à préserver leur autonomie face à des dirigeants qui considèrent la puissance comme un droit d’intervention permanent.
Même le football, longtemps présenté comme un champ régi par des règles indépendantes vis-à-vis des États, n’échappe plus à cette logique.
Ce glissement est révélateur : la force du droit cède la place au droit de la force.
Entre la colère égyptienne et la pression américaine, ce Mondial bascule dans un chaos politique total
Après l’intervention de Donald Trump, la polémique provoquée par le huitième de finale opposant l’Argentine à l’Égypte en offre une seconde illustration. Cette fois, ce n’est plus un chef d’État qui intervient directement dans la décision d’un arbitre, mais le déroulement même d’un match qui se trouve immédiatement interprété à travers les rapports de puissance du monde contemporain.
Un but égyptien annulé après intervention de la VAR, un penalty réclamé pour faute sur Mohamed Salah et non accordé, puis le but victorieux de l’Argentine. En quelques minutes, une rencontre sportive s’est transformée en controverse internationale. La Fédération égyptienne a déposé une plainte officielle auprès de la FIFA contre l’arbitrage et l’utilisation de la VAR.
Dans le même temps, plusieurs grands journaux internationaux élargissent la portée de ces événements. Au-delà des décisions contestées, cette succession de controverses révèle une crise plus profonde de la gouvernance du football mondial.
À mesure que les grandes puissances investissent le sport comme un instrument de prestige, de diplomatie et d’influence, la FIFA se trouve confrontée au même défi que les autres institutions internationales ; préserver sa légitimité et son autonomie face à des rapports de force de plus en plus visibles.
Ces deux épisodes ne constituent pas de simples polémiques liées à l’actualité de cette 23e Coupe du monde. Ils révèlent que le football apparaît désormais comme l’un des espaces d’expression des tensions et des transformations culturelles, politiques et géopolitiques du monde contemporain.
Pour comprendre cette évolution, il faut quitter le commentaire de l’actualité et revenir à l’histoire longue du football.
De l’actualité à l’histoire : le football, miroir et laboratoire du monde
Depuis plus d’un siècle, le football accompagne, reflète et souvent anticipe les grandes transformations des sociétés et des relations internationales. Il est devenu l’un des langages privilégiés par lesquels les sociétés se racontent et se représentent et où les États projettent leur puissance.
Peu de phénomènes contemporains possèdent une telle capacité à condenser les grandes mutations de leur époque.
Les historiens y lisent les constructions nationales, les anthropologues les cultures populaires, les sociologues les mobilités sociales, les économistes la mondialisation des marchés, les géopoliticiens les nouvelles formes de puissance et de compétition entre les États.
Comme l’ont montré Norbert Elias et Eric Dunning, le sport moderne accompagne le processus de civilisation. Il transforme la confrontation en compétition réglée, canalise les passions collectives et offre aux sociétés un espace où les rivalités peuvent s’exprimer sans se muer en violence.
Le football est, sans doute, l’expression la plus universelle de cette évolution.
Pendant près d’un siècle, la géographie du football international s’est organisée autour de deux grands pôles. L’Amérique du Sud en a façonné l’imaginaire, le style, la dimension populaire et artistique ; l’Europe en a construit les institutions, les clubs, les compétitions, les modèles économiques et les écoles tactiques.
L’une a fait du football une expression culturelle, l’autre une puissance organisée.
Cette dualité a structuré l’histoire de ce sport et, bien souvent, la hiérarchie des grandes compétitions internationales.
La Coupe du monde 2026 marque peut-être le début de la fin de cette bipolarité historique. Non parce que l’Europe ou l’Amérique du Sud disparaîtraient du premier plan, mais parce qu’elles ne sont plus les seules à écrire l’histoire du football.
Du Maroc au Japon, du Sénégal à la Colombie, de l’Égypte à l’Ouzbékistan, de nouvelles puissances sportives s’affirment, fruit d’investissements de long terme, de politiques publiques ambitieuses, de diasporas mobilisées, de centres de formation performants et d’une circulation mondiale des savoirs et des talents footballistiques.
Cette évolution dépasse largement le cadre du sport. Elle accompagne les profondes recompositions de l’ordre international. Comme l’économie, l’innovation technologique ou la diplomatie, le football est entré dans une phase de redistribution de la puissance.
Les hiérarchies héritées du XXᵉ siècle ne disparaissent pas. Elles deviennent simplement de moins en moins exclusives.
Le terrain de football offre ainsi une représentation étonnamment fidèle du monde qui s’annonce, un monde plus ouvert, plus concurrentiel, plus diversifié et désormais résolument multipolaire.
Lire la Coupe du monde 2026 sous cet angle, c’est s’intéresser à bien davantage qu’un tournoi.
C’est observer, à travers un ballon, des sociétés, des cultures, des États et des civilisations qui redéfinissent progressivement leurs rapports de force.
Car, depuis longtemps déjà, le football ne se contente plus de refléter le monde, il en annonce souvent les transformations.
L’Amérique du Sud : le football comme producteur d’identité et rituel social
En Amérique du Sud, le football dépasse le simple sport. Il devient un langage collectif et un pilier pour les identités nationales
Nulle part ailleurs, le football n’a entretenu des liens aussi étroits avec l’identité nationale qu’en Amérique du Sud.
Ici, il n’est pas seulement un sport ni même une passion populaire, il constitue un langage collectif, une esthétique, une mémoire et, souvent, une manière de se définir face au monde.
Pour reprendre le concept forgé par Benedict Anderson, les sélections nationales donnent une expression particulièrement forte aux «communautés imaginées» que sont les nations. Pendant quatre-vingt-dix minutes, des millions d’individus se reconnaissent dans une même histoire, un même drapeau et une même émotion collective.
En Amérique du Sud plus qu’ailleurs, le football participe à cette fabrication du sentiment national. Il ne se contente pas d’exprimer l’identité des peuples, il contribue à la construire.
Les anthropologues Roberto DaMatta et Eduardo Archetti ont montré que le football dépasse largement le cadre de la compétition. Il participe autant à la fabrication des imaginaires nationaux qu’à l’expression des valeurs, des aspirations et des contradictions des sociétés qui le pratiquent.
L’histoire du football sud-américain est aussi celle d’une réappropriation culturelle. Importé d’Angleterre à la fin du XIXᵉ siècle, il cesse rapidement d’être un simple loisir des élites pour devenir un patrimoine populaire. Le continent ne se contente pas d’adopter un sport européen, il le transforme profondément.
Là où les Britanniques privilégiaient l’organisation, la discipline collective et l’efficacité, les Sud-Américains y introduisent l’improvisation, le dribble, le rythme et l’invention permanente. Ils ne changent pas les règles, ils changent le langage du football.
Le Brésil en offre sans doute l’expression la plus accomplie. Le football y est longtemps apparu comme une forme d’art populaire, au même titre que la samba, la capoeira ou le carnaval. Le jogo bonito ne désigne pas seulement une manière efficace de jouer, il exprime une certaine idée de la beauté, de la créativité et de la liberté. Le dribble, l’improvisation, le plaisir du geste juste et l’invention permanente deviennent les prolongements d’une culture qui célèbre le mouvement autant que le résultat.
Cette esthétique trouve un profond écho dans l’œuvre de Gilberto Freyre, qui voyait dans le métissage l’une des caractéristiques fondamentales de la société brésilienne. Le football apparaît alors comme l’une des expressions les plus abouties de cette synthèse culturelle, où traditions européennes, africaines et américaines donnent naissance à une manière originale de jouer, faite de créativité, de souplesse et d’invention.
Ce n’est pas un hasard si les plus grandes figures du football brésilien continuent d’être décrites comme des artistes. Pelé demeure le roi. Garrincha reste le génie insaisissable capable de transformer chaque défenseur en figurant. Zico incarne l’élégance technique. Romário fait de l’efficacité un art. L’inimitable Ronaldinho, enfin, symbolise peut-être mieux que quiconque cette joie enfantine de jouer, ce sourire permanent qui a longtemps constitué la signature du football brésilien.
Leur héritage dépasse les trophées ; ils ont contribué à façonner l’image que le Brésil se fait de lui-même.
L’Argentine raconte une autre histoire. Là où le Brésil célèbre l’invention et la danse, l’Argentine revendique un football issu du potrero, où se mêlent la nuestra, la garra, l’habileté, la ruse, le courage et la fierté. Cette culture du jeu fait du football le prolongement du quartier, de la famille, du café et de la rue. Les grandes victoires sportives s’inscrivent dans un récit national où se mêlent réussite populaire, revanche sociale et affirmation identitaire.
Dans l’ensemble du continent, le football a également constitué un puissant instrument de mobilité sociale. Pour des millions d’enfants des quartiers populaires de Rio, Buenos Aires, Montevideo, Medellín ou Lima, il représentait bien davantage qu’un jeu : il incarnait l’une des rares possibilités d’échapper à la pauvreté.
Cette fonction explique en partie l’extraordinaire densité de talents produits par l’Amérique du Sud depuis près d’un siècle.
Cette dimension explique pourquoi les plus grands sociologues et anthropologues du continent n’ont jamais considéré le football comme un objet mineur. Le football devient ainsi un objet de connaissance autant qu’un spectacle.
L’écrivain uruguayen Eduardo Galeano écrivait que, dans les rues d’Amérique latine, le football n’est pas seulement un spectacle mais une manière d’enchanter le monde.
Sous sa plume, le ballon devient un personnage, le dribble une forme de poésie et le stade un théâtre où les peuples célèbrent leurs joies comme leurs blessures.
Peu d’écrivains auront aussi bien exprimé cette dimension existentielle du football.
L’apport de l’Amérique du Sud dépasse ainsi largement le palmarès des Coupes du monde ou la succession de ses plus grands joueurs. Le continent a montré qu’un sport importé pouvait devenir un puissant instrument de création culturelle et d’affirmation identitaire.
En transformant un jeu britannique en langage universel des émotions populaires, il a donné au football une profondeur symbolique qui explique, encore aujourd’hui, sa capacité à incarner les passions des peuples et des nations.
L’Europe : la puissance organisée
Si l’Amérique du Sud a donné au football son imaginaire, l’Europe lui a offert les instruments de sa puissance. Au cours du XXᵉ siècle, le continent a construit l’écosystème qui a fait du football une véritable industrie mondiale. Les plus grands clubs, les championnats les plus compétitifs, les centres de formation, les écoles d’entraîneurs, les compétitions continentales, les infrastructures, la médecine sportive, les sciences de la performance, l’analyse des données et, plus récemment, l’intelligence artificielle appliquée au jeu ont progressivement fait de l’Europe le principal laboratoire du football contemporain.
La véritable révolution européenne réside dans l’invention d’un modèle d’organisation capable de produire durablement de l’excellence. En faisant de la formation, de l’innovation, de la professionnalisation et de la transmission les fondements de sa réussite, l’Europe a transformé le football en un système. C’est cette capacité à institutionnaliser la performance qui constitue le cœur de sa puissance.
Cette domination ne repose pas uniquement sur des ressources financières supérieures. Elle s’est construite sur une culture de l’organisation, de l’innovation et de la transmission.
Là où l’Amérique du Sud a produit une esthétique, l’Europe a développé une méthode. Elle a transformé un art populaire en un système où chaque détail (de la détection des jeunes talents à la récupération physique, de la préparation tactique à l’analyse statistique) participe à la recherche de la performance.
Pour autant, cette montée en puissance n’a jamais effacé les identités nationales. Les études disponibles montrent que l’Europe n’a pas produit un football uniforme mais une remarquable diversité d’écoles. L’Angleterre demeure la terre de l’intensité et du rythme. L’Italie continue d’incarner l’intelligence tactique et la science de l’organisation défensive. L’Allemagne fait de la rigueur collective, de la planification et de la continuité institutionnelle les fondements de sa réussite. L’Espagne a élevé le jeu de possession au rang de philosophie. Le Portugal, longtemps considéré comme une puissance secondaire, est devenu l’un des plus remarquables producteurs de talents grâce à une politique de formation exemplaire. De Luís Figo à Cristiano Ronaldo, puis à la nouvelle génération, il a démontré qu’un pays de taille modeste pouvait s’imposer durablement parmi les grandes nations du football mondial.
Cette diversité explique que le football européen n’a jamais constitué un modèle unique, mais un espace de concurrence permanente entre des traditions nationales qui s’observent, s’influencent et s’enrichissent mutuellement sans jamais se confondre.
Cette capacité d’intégration ne concerne pas seulement les idées, mais aussi les talents. Contrairement à une représentation souvent répandue, la puissance footballistique européenne ne s’est jamais construite en vase clos. Elle s’est nourrie des migrations, des diasporas et du brassage des sociétés européennes depuis plusieurs décennies. Les meilleurs effectifs du continent racontent autant une histoire du football qu’une histoire des transformations démographiques de l’Europe.
Migrations et excellence footballistique : la France, une et plurielle
La France offre probablement l’exemple le plus abouti du pari sur la pluralité. Depuis plusieurs générations, ses plus grands joueurs incarnent cette rencontre entre excellence sportive et diversité sociale. Zidane, Henry, Vieira, Thuram, Benzema, Kanté, Pogba, Dembélé ou Mbappé ne constituent pas une succession d’exceptions, ils illustrent une caractéristique structurelle du football français contemporain.
Leur réussite témoigne de la capacité d’un pays à faire de trajectoires familiales venues d’horizons différents une aventure nationale commune.
L’identité française s’est construite par strates successives. Les Gaulois furent intégrés à l’Empire romain ; les Francs, peuple germanique, donnèrent leur nom au royaume ; la monarchie incorpora ensuite des populations très diverses ; enfin, la France contemporaine s’est enrichie de plusieurs vagues d’immigration. L’idée d’une identité nationale immobile et homogène résiste mal à l’examen de l’histoire.
Cette histoire réserve d’ailleurs quelques paradoxes. Jean-Marie Le Pen est issu d’une famille bretonne. Jordan Bardella revendique ses racines italiennes et des recherches généalogiques ont également mis en lumière une ascendance familiale algérienne. Éric Zemmour est le fils d’une famille juive berbère venue d’Algérie. L’histoire nationale se montre parfois moins soucieuse des catégories simplificatrices que certains débats contemporains.
Les plus grands ambassadeurs de la France sont souvent ceux qui illustrent cette histoire longue. Les buts de Zidane, Henry, Benzema, Kanté, Dembélé ou Mbappé ont sans doute davantage contribué au prestige international de la France que bien des campagnes officielles de promotion. Ils ont projeté l’image d’une nation talentueuse, ouverte, sûre d’elle-même et fidèle à une tradition universaliste qui demeure l’une des principales sources de son influence.
Ce phénomène dépasse largement le cas français. L’Allemagne a vu émerger des joueurs comme Miroslav Klose ou Mesut Özil. Les Pays-Bas ont longtemps fait de leur diversité culturelle l’une des composantes de leur identité footballistique. La Belgique s’est affirmée grâce à une génération issue d’une société profondément plurielle.
Partout en Europe, le football rappelle que les circulations humaines n’ont pas seulement transformé les sociétés, elles ont également transformé leur manière de jouer.
Cette évolution permet de comprendre que la puissance footballistique ne se réduit plus au nombre de trophées remportés. Elle résulte d’une combinaison beaucoup plus large : qualité de la formation, solidité des institutions, capacité d’innovation, attractivité des championnats, circulation des savoirs, intégration des diasporas et aptitude à faire de la diversité un avantage compétitif.
À cet égard, l’Europe a longtemps constitué le modèle auquel le reste du monde cherchait à se mesurer. Mais c’est précisément au moment où ce modèle semblait atteindre son plein accomplissement qu’il a commencé à être reproduit ailleurs. Les académies européennes ont inspiré de nouveaux centres de formation en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient.
Les méthodes se sont mondialisées, les entraîneurs ont circulé, les diasporas sont devenues des ressources stratégiques et les États ont compris que le football pouvait être un instrument de puissance, de cohésion nationale et de rayonnement international.
L’Europe n’a pas perdu sa puissance, elle en a diffusé les conditions d’exercice. En exportant ses méthodes, ses institutions et son savoir-faire, elle a progressivement rendu possible l’émergence de nouveaux centres d’excellence.
Ce paradoxe est au cœur de la Coupe du monde 2026 : l’Europe demeure la principale référence du football mondial, mais c’est précisément parce que son modèle s’est mondialisé que son monopole s’est progressivement desserré.
Cette diffusion annonce une nouvelle géographie du football mondial. La Coupe du monde 2026 apparaît comme l’aboutissement logique d’une transformation engagée depuis plusieurs décennies : l’entrée du football dans une véritable ère multipolaire.
La Coupe du monde 2026 : le football entre dans l’ère multipolaire
La Coupe du monde 2026 n’est pas seulement un tournoi plus vaste que les précédents. Elle marque l’aboutissement d’une transformation engagée depuis plusieurs décennies : la mondialisation des compétences footballistiques. Ce qui constituait autrefois l’avantage de quelques grandes nations (formation, préparation physique, analyse tactique, détection des talents, médecine sportive ou gouvernance des fédérations) est désormais accessible à un nombre croissant de pays.
L’élargissement de la compétition à quarante-huit équipes répond certes à des objectifs économiques et politiques. Mais il accompagne aussi une évolution plus profonde : les fédérations africaines, asiatiques, nord-américaines ou moyen-orientales ne revendiquent plus seulement une représentation plus équitable, elles revendiquent une place conforme à leur niveau réel.
L’une des conséquences les plus révélatrices de cette réalité est la disparition progressive de l’expression «petites équipes». Le Japon s’est imposé comme une référence en matière de formation. Le Maroc, l’Égypte, le Sénégal, la Colombie, l’Ouzbékistan ou encore le Cap-Vert démontrent que le talent, l’organisation et l’ambition ne sont plus l’apanage des nations historiques. Les surprises ne relèvent plus uniquement de l’exploit ponctuel, elles traduisent la montée en puissance de nouveaux acteurs durablement installés au plus haut niveau.
Le Maroc : un modèle de puissance footballistique construite
L’ascension footballistique du Maroc prouve que l’excellence sportive se construit durablement par une politique publique stratégique, des infrastructures modernes et une formation solide
Le Maroc constitue, à cet égard, un véritable cas d’école. Son ascension ne relève ni du hasard ni de l’émergence spontanée d’une génération exceptionnelle. Elle résulte d’une politique publique cohérente associant investissements dans les infrastructures, modernisation de la formation, professionnalisation de la fédération, mobilisation de la diaspora et vision stratégique de long terme.
Cette réussite montre que la performance sportive n’est plus seulement un héritage. Elle peut être construite. Lorsqu’un État investit durablement dans la formation, les infrastructures, la gouvernance et la détection des talents, il crée les conditions de l’excellence.
Ce modèle se retrouve désormais, sous des formes diverses, sur plusieurs continents. Les diasporas deviennent des ressources stratégiques, les académies nationales se multiplient et les méthodes circulent d’un pays à l’autre. Le football mondial ne fonctionne plus selon une opposition entre un centre qui produit et une périphérie qui imite, mais comme un réseau où les savoirs, les talents et les innovations circulent dans toutes les directions.
La puissance footballistique, nouvel instrument de pouvoir local et international
Cette situation conduit à redéfinir la notion même de puissance footballistique. Elle repose sur la capacité d’un pays à former des joueurs, attirer des talents, exporter son savoir-faire, accueillir de grandes compétitions, mobiliser sa diaspora, développer un championnat crédible et faire du football un levier de rayonnement international.
La puissance footballistique devient ainsi l’une des dimensions de la puissance nationale. Elle ne résulte plus uniquement des performances obtenues sur le terrain, mais de la capacité à construire un véritable écosystème associant institutions, formation, innovation, attractivité et influence.
La Coupe du monde 2026 pourrait bien marquer l’entrée du football dans une véritable ère multipolaire. Les anciennes puissances demeurent des références, mais elles ne disposent plus du monopole de l’excellence. Comme dans l’économie, la recherche, les technologies ou la diplomatie, plusieurs centres de puissance coexistent désormais. En ce sens, la Coupe du monde 2026 révèle moins une rupture qu’une nouvelle géographie de la puissance mondiale.
Longtemps considéré comme un simple divertissement populaire, le football est progressivement devenu un instrument de politique publique. Les États n’investissent plus dans ce sport uniquement pour remporter des compétitions. Ils y voient un moyen de renforcer leur influence, d’accroître leur attractivité, de soutenir leur diplomatie, de développer leur économie et de projeter une image favorable d’eux-mêmes. Le football est ainsi devenu un levier stratégique de la puissance contemporaine.
Cette évolution est relativement récente. Pendant une grande partie du XXᵉ siècle, les performances sportives étaient avant tout perçues comme le reflet de la puissance économique, démographique ou politique d’un pays. Aujourd’hui, la relation s’est en partie inversée. Le football ne se contente plus de traduire la puissance, il contribue lui-même à la produire.
Organiser une Coupe du monde, bâtir un championnat attractif, exporter des entraîneurs, former des joueurs ou posséder des clubs prestigieux constituent désormais autant de leviers d’influence comparables à ceux des grands événements culturels, des politiques d’innovation ou de la diplomatie d’influence.
Les États-Unis l’ont parfaitement compris en accueillant successivement la Coupe du monde des clubs, la Coupe du monde 2026 puis les Jeux olympiques de Los Angeles. L’objectif est de conforter leur leadership événementiel et de rappeler leur capacité à demeurer l’un des principaux centres de la mondialisation.
Les monarchies du Golfe poursuivent une stratégie comparable. Le Qatar a utilisé la Coupe du monde 2022 pour affirmer son soft power sur la scène internationale. L’Arabie saoudite investit massivement dans les compétitions, les clubs, les infrastructures et les grands joueurs afin d’accompagner la transformation économique et diplomatique engagée dans le cadre de la Vision 2030.
Les Émirats arabes unis suivent une logique similaire à travers leurs investissements dans plusieurs grands clubs européens. Le football devient ainsi un langage universel de la puissance.
L’Europe demeure le principal centre sportif de cette économie mondialisée, mais elle n’en détient plus l’exclusivité financière.
La propriété de nombreux clubs a profondément changé. Capitaux américains, qataris, émiratis ou saoudiens redessinent progressivement la carte du football professionnel.
Les joueurs continuent de converger vers l’Europe ; les capitaux proviennent désormais du monde entier.
Les diasporas constituent un autre élément majeur de cette nouvelle géopolitique du football. Pendant longtemps, elles étaient analysées principalement sous l’angle migratoire. Elles apparaissent aujourd’hui comme des ressources stratégiques. Elles permettent aux sélections nationales de mobiliser des joueurs formés dans les meilleurs championnats, de créer des passerelles entre plusieurs cultures footballistiques et d’accélérer la diffusion des savoir-faire.
Cette réalité a conduit à une redéfinition de la souveraineté sportive. Les académies nationales, les centres de formation, les écoles d’entraîneurs ou les instituts de médecine sportive deviennent des infrastructures stratégiques comparables, à leur échelle, aux universités, aux centres de recherche ou aux grands établissements de formation. Ils produisent des compétences, attirent des talents et renforcent l’influence internationale des États qui les développent.
Dans ce nouvel environnement, la FIFA n’est plus seulement l’organisatrice des compétitions internationales. Elle exerce une fonction de gouvernance dont les effets dépassent largement le cadre sportif. Le choix des pays hôtes, les critères d’organisation des compétitions, les règles de gouvernance, les mécanismes de solidarité ou les décisions réglementaires influencent désormais les stratégies des États, les investissements, les politiques d’infrastructures et l’image internationale des pays candidats.
Située à l’intersection du sport, de l’économie, de la diplomatie et de la politique internationale, la FIFA est devenue un acteur majeur de la gouvernance du football mondial.
Le football révèle ainsi une transformation plus générale des rapports de puissance. L’influence ne repose plus uniquement sur la richesse, la force militaire ou la taille démographique. Elle dépend aussi de la capacité à produire des imaginaires collectifs, à attirer des talents, à susciter l’admiration et à créer des réseaux mondiaux.
C’est pourquoi la Coupe du monde 2026 dépasse largement le cadre sportif. Elle ne raconte pas seulement une nouvelle hiérarchie du football, elle raconte aussi une nouvelle hiérarchie du monde.
Derrière les buts, les dribbles et les trophées se dessinent des stratégies nationales, des investissements de long terme, des politiques publiques et des ambitions géopolitiques. Le ballon rond est devenu l’un des terrains où se joue une partie de la compétition mondiale.
Au fond, le football est peut-être la première langue véritablement universelle. Les langues, les religions, les idéologies ou les cultures continuent de séparer les peuples.
Un dribble, un but décisif, une prouesse ou une parade sont compris instantanément sur tous les continents.
Bien avant que les géopoliticiens ne parlent de mondialisation ou de multipolarité, le football en exprimait déjà les mécanismes. Il ne se contente plus de refléter le XXIᵉ siècle, il en est devenu l’un des laboratoires les plus fascinants.
Le football, une institution globale
La véritable singularité du football tient peut-être à ce qu’il est devenu bien davantage qu’un sport mondial. Il constitue désormais une véritable institution globale. Rares sont les phénomènes contemporains qui traversent simultanément autant de dimensions de la vie collective.
Le football est à la fois une pratique culturelle, un fait social, une industrie économique, un espace d’innovation, un instrument diplomatique, un levier de puissance publique, un vecteur d’identité nationale et un enjeu géopolitique.
Il relie les individus aux peuples, les émotions aux stratégies, les stades aux champs de bataille, les quartiers populaires aux grandes transformations de l’ordre international.
C’est précisément cette capacité à articuler des réalités que l’on croyait séparées qui explique la place singulière qu’il occupe désormais dans le monde contemporain.
La Coupe du monde 2026 restera sans doute comme un tournant dans l’histoire du football. Non parce qu’elle aura réuni quarante-huit équipes ou été organisée sur trois pays, mais parce qu’elle marque l’entrée de ce sport dans une nouvelle phase de son développement. Le temps où quelques nations concentraient l’essentiel du talent, des savoir-faire et des victoires paraît progressivement s’éloigner.
Un monde plus multipolaire, plus concurrentiel et plus diversifié est en train d’émerger.
Cette transformation ne signifie pas la fin des grandes traditions. L’Amérique du Sud continuera d’offrir au football son imaginaire, son sens du jeu et sa créativité. L’Europe demeurera un foyer majeur de formation, d’innovation et d’organisation. Mais leur monopole est désormais en train de s’assouplir.
Les méthodes circulent, les talents voyagent, les diasporas relient les continents et les États investissent dans le football comme ils investissent dans la recherche, les infrastructures ou les nouvelles technologies.
Le football montre ainsi comment la mondialisation redistribue les cartes sans effacer les héritages et comment de nouvelles puissances émergent sans nécessairement remplacer les anciennes.
C’est aussi ce qui explique la place singulière qu’occupe aujourd’hui le football dans les relations internationales. Il est devenu un instrument de rayonnement, un levier de politique publique, un facteur d’attractivité économique, un outil diplomatique et un puissant vecteur d’identité collective.
Aucun autre sport ne possède une telle capacité à relier l’intime et le géopolitique, la rue et les États, les émotions populaires et les stratégies de puissance.
Au fond, le football n’est peut-être pas seulement le miroir du monde contemporain, il en est souvent le précurseur.
Bien avant que les économistes ne décrivent la mondialisation, il faisait déjà circuler les talents d’un continent à l’autre. Bien avant que les géopoliticiens ne parlent de multipolarité, il voyait émerger de nouvelles puissances capables de rivaliser avec les nations établies. Bien avant que les États ne redécouvrent le rôle stratégique des diasporas, les sélections nationales s’appuyaient déjà sur ces histoires familiales dispersées entre plusieurs pays. Bien avant, enfin, que les sociétés ne s’interrogent sur les identités plurielles, le football les avait déjà transformées en une richesse collective.
C’est sans doute ce qui explique sa force singulière. Derrière l’apparente simplicité d’un jeu se cache un extraordinaire révélateur des transformations du monde. Le football ne raconte pas seulement notre époque ; il en annonce souvent les évolutions.
En ce sens, la Coupe du monde 2026 marque l’entrée progressive du football dans une nouvelle ère multipolaire, celle d’un monde où la puissance se diffuse, où les centres d’excellence se multiplient et où l’histoire cesse de s’écrire à partir d’un seul foyer. Le football n’est donc plus seulement le miroir du XXIᵉ siècle, il en est l’une des plus précoces anticipations.
Gaza : le football sous les bombes
L’homme qui organisait la projection des matchs a été tué par une frappe israélienne
Quelques minutes avant le coup d’envoi du huitième de finale de la Coupe du monde opposant l’Égypte à l’Argentine, une frappe israélienne tue Mohamed Fawaz al-Wahidi, l’homme qui avait organisé la retransmission du match sur écran géant à Gaza. Deux enfants âgés de huit et dix ans sont également assassinés, ainsi que le conducteur du véhicule.
Quelques instants plus tôt, un écran géant avait été dressé au milieu des ruines. Autour, des centaines de Palestiniens s’apprêtaient à suivre la rencontre. Les immeubles éventrés, les amas de gravats et les carcasses de béton dessinaient un paysage qui semblait sortir d’une œuvre de Banksy. Dans une ville dévastée par des mois de bombardements, des familles tentaient simplement de préserver un instant de vie parmi les décombres. Pendant quatre-vingt-dix minutes, le football devait offrir une parenthèse à la guerre.
La mort de Mohamed Fawaz al-Wahidi transforme cette retransmission interrompue en un symbole. Au moment même où des Palestiniens cherchaient à partager un rare moment de répit, la mort les rattrapait une nouvelle fois. Le football, censé suspendre les souffrances, devenait le témoin d’une tragédie.Cette scène prend une résonance particulière au regard de l’affiche elle-même. Sur le terrain, s’affrontent une Égypte devenue un puissant marqueur d’identité dans le monde arabe et une Argentine dont le président Javier Milei affiche un alignement exceptionnel sur Israël, allant jusqu’à annoncer le transfert de l’ambassade argentine à Jérusalem. Dans le même temps, Lionel Messi, une nouvelle fois favori numéro 1 de la FIFA pour le Ballon d’or, occupe en Israël une place singulière. Le Jerusalem Post l’a récemment présenté comme une personnalité capable de rassembler le pays.
Dans ce contexte, le match dépassait largement le cadre sportif. Pour une population palestinienne confrontée quotidiennement à la guerre, il portait une charge émotionnelle, identitaire et politique particulière. La disparition de celui qui avait voulu offrir ce moment de partage lui confère une dimension encore plus tragique.
Au fond, cette scène résume à elle seule l’une des contradictions de notre époque. Alors que la Coupe du monde se présente comme une célébration pacifique universelle du football, un homme meurt pour avoir voulu la partager avec les siens.
L’écran géant dressé parmi les ruines restera comme l’une des images les plus bouleversantes de cette Coupe du monde : un peuple qui continue de chercher des raisons d’espérer, et auquel la guerre refuse jusqu’au droit de vivre, ensemble, quatre-vingt-dix minutes de football.
La FIFA, juge et partie : miroir des relations internationales
On nous répète que le football est le plus universel des sports. Cette Coupe du monde 2026 invite pourtant à paraphraser George Orwell : sur le terrain, toutes les équipes et tous les joueurs sont égaux ; mais certains sont plus égaux que d’autres.
Il faut, d’abord, être né du bon côté des frontières.
Le premier arbitre somalien de l’histoire d’une Coupe du monde, Omar Abdulkadir Artan, en a fait l’expérience amère. Accrédité par la FIFA, titulaire d’un visa américain et d’un passeport diplomatique, il est retenu à son arrivée à Miami, interrogé pendant des heures puis expulsé. Washington évoque de supposés liens avec des personnes soupçonnées de terrorisme, sans produire la moindre preuve. L’accusation clôt le débat pour ne pas ouvrir la frontière.
Refoulé des États-Unis, la FIFA aurait pu l’envoyer officier au Canada ou au Mexique. Elle s’est contentée de régler son indemnité, comme si l’argent suffisait à payer une humiliation.
Quelques jours plus tard, la délégation iranienne découvre le même arbitraire. Plusieurs responsables restent sans visa. Les joueurs obtiennent leurs autorisations au dernier moment et installent leur camp de base au Mexique. Les supporters, eux, se heurtent aux restrictions imposées à leur nationalité. La FIFA regarde faire. Son silence ressemble à une caution.
Dans les tribunes, la sélection ne se fait plus seulement par le passeport, mais aussi par l’argent. Billets hors de prix, hôtels inabordables, restauration chère, déplacements interminables, fouilles, contrôle des téléphones et parfois des réseaux sociaux… Le sport le plus populaire du monde devient un spectacle réservé à ceux qui en ont les moyens, le temps… et le bon document de voyage. Les autres admireront l’universalité du football depuis leur canapé.
Cette réserve disparaît dès que le président Donald Trump décroche son téléphone pour demander, et obtenir, la suspension de la décision d›un arbitre concernant un joueur américain.
La FIFA assure que son comité disciplinaire a statué en toute indépendance. Une indépendance qui, par un heureux hasard, épouse exactement la volonté du président américain.
Lorsqu’un arbitre africain est expulsé, la FIFA ne peut rien. Lorsqu’une délégation iranienne est entravée, elle ne peut rien. Lorsqu’un président américain réclame l’annulation d’une sanction, le règlement se découvre soudain des articulations.
Cette proximité n’avait rien de secret. Quelques mois plus tôt, Gianni Infantino remettait à Donald Trump le «Prix de la paix» de la FIFA. On savait l’institution experte en hors-jeu, en cartons rouges et en transferts. On découvre qu’elle s’estime également compétente pour distinguer les artisans de la paix mondiale !
Restent les controverses arbitrales.
Face à l’Argentine, l’Égypte voit un but refusé, un penalty pour faute sur Salah rejeté.
La Norvège conteste l’égalisation anglaise, affirmant que le ballon a heurté le câble de la caméra aérienne avant l’action.
Dans les deux cas, la FIFA valide les décisions prises sous son autorité.
Dès lors, la question n’est plus seulement de savoir si l’arbitre s’est trompé. Elle est de savoir qui arbitre les arbitres.
Les arbitres sont désignés par la FIFA, la VAR dépend de la FIFA, les protocoles sont écrits par la FIFA, les recours sont examinés par la FIFA et Pierluigi Collina, responsable de l’arbitrage de la FIFA, conclut que la FIFA a correctement agi.
La FIFA est mise en cause, instruit le dossier, rend son verdict… et conclut qu’elle a bien agi. Ailleurs, on appellerait cela un conflit d’intérêts. Dans le football mondial, cela s’appelle une procédure.
La FIFA choisit les pays hôtes, organise les compétitions, désigne les arbitres, contrôle la technologie, interprète les images, juge les recours et produit le récit officiel de ses propres décisions. Elle concentre des pouvoirs que les démocraties modernes ont précisément appris à séparer.
Le parallèle avec les relations internationales apparaît alors avec évidence. Tous les États sont proclamés égaux. Tous ont un drapeau, un hymne et une voix. Pourtant, certains parlent directement au sommet tandis que d’autres déposent une plainte. Les puissants obtiennent gain de cause ; les autres reçoivent au mieux un accusé de réception.
La FIFA prétend protéger l’universalité du football. Cette Coupe du monde montre surtout qu’elle s’accommode des hiérarchies du monde. Comme les relations internationales, elle proclame l’égalité des acteurs tout en vivant au rythme des inégalités.
L’Afrique, une puissance émergente du football mondial
La Coupe du monde 2026 constitue un tournant dans l’histoire du football africain. Pour la première fois, dix sélections représentent le continent, contre cinq seulement en 2022. Ce changement quantitatif s’accompagne d’une évolution qualitative : neuf équipes sur dix franchissent la phase de groupes, démontrant que l’Afrique ne participe plus au Mondial comme simple invitée, mais comme un acteur majeur de la compétition.
Le Maroc confirme que son exploit de 2022 n’était pas une exception. En atteignant une nouvelle fois les quarts de finale, il devient la première nation africaine à réaliser cette performance lors de deux Coupes du monde consécutives. Le Cap-Vert, pour sa première participation, impressionne en terminant devant l’Uruguay dans son groupe et ne s’incline face à l’Argentine qu’après prolongation. La RD Congo retrouve la Coupe du monde après cinquante-deux ans d’absence et atteint les seizièmes de finale, tandis que le Sénégal, le Ghana, l’Algérie, la Côte d’Ivoire et l’Afrique du Sud confirment la densité croissante du football africain.
Le bilan de ce Mondial est donc contrasté. L’Afrique confirme son ascension sportive et s’impose désormais comme la troisième force du football mondial derrière l’Europe et l’Amérique du Sud. Mais le parcours de l’Égypte rappelle également que la conquête d’une pleine reconnaissance ne dépend pas uniquement des performances sur le terrain. Elle se joue aussi dans les rapports de pouvoir qui structurent les institutions du football international.
C’est précisément cette inadéquation entre progrès sportif et asymétrie institutionnelle qui interroge la Coupe du monde 2026.