Personne ne peut aujourd’hui nier que la Tunisie a connu une année pluvieuse et que sa situation hydraulique globale s’est nettement améliorée. Le cumul des précipitations en 2025 a atteint environ 8 694,7 mm sur les 26 stations principales du réseau national, soit près de 95,3% des normales saisonnières. Le taux de remplissage des barrages culminait à 60% de leur capacité totale au 30 mai 2025, un niveau inédit depuis des années. De quoi laisser croire que la situation hydraulique du pays, malgré un stress hydrique toujours présent, s’annonce désormais plus rassurante.
Sauf que sur le terrain, la réalité raconte une tout autre histoire. Le mois de juin 2026 a enregistré 423 signalements de coupures d’eau à travers le pays. Selon l’Observatoire tunisien de l’eau, 374 coupures et perturbations non annoncées ont touché la distribution d’eau potable, révélant une crise qui frappe simultanément plusieurs régions.
Des chiffres qui contrastent violemment avec la politique affichée par le gouvernement, notamment à l’issue du Conseil ministériel restreint du 30 juin, consacré au secteur de l’eau et censé renforcer l’approvisionnement et améliorer la gestion des ressources hydriques. Même les stations de dessalement installées par la SONEDE dans certaines régions ne semblent pas suffire à endiguer les dégâts.
Un paradoxe dont la clé réside moins du côté du ciel que de celui des infrastructures. La gestion de l’eau nécessite, aujourd’hui, une approche radicalement différente, tant la crise apparaît d’abord structurelle : les pertes du réseau sont estimées entre 30% et 50% selon les experts et les régions, un gâchis massif imputable à la vétusté du réseau de la SONEDE. Cette défaillance chronique se traduit par des coupures récurrentes, particulièrement marquées dans le Grand Tunis et le Sud, où la colère des habitants a récemment dégénéré en manifestations, routes bloquées et pneus brûlés, notamment à Métlaoui — signe d’une exaspération grandissante face à une crise que l’abondance des pluies ne suffit plus à masquer.