La STEG s’explique : pourquoi les coupures, et comment se faire rembourser

La Tunisie traverse depuis plusieurs jours l’une des vagues de chaleur les plus sévères de son histoire récente, avec des températures dépassant régulièrement les 45 degrés dans de nombreuses régions. Cette canicule exceptionnelle, conjuguée à une consommation électrique en forte hausse, a provoqué une série de coupures de courant qui touchent toutes les régions du pays.

Sur les réseaux sociaux, l’exaspération des citoyens est palpable : appareils électroménagers endommagés, climatiseurs à l’arrêt en pleine canicule, quartiers entiers plongés dans le noir parfois dès les premières heures de la matinée. Face à cette situation, beaucoup peinent à comprendre la logique qui préside à ces délestages, et s’interrogent sur les responsabilités de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG).
Pour apporter des éclaircissements sur cette crise énergétique estivale, nous avons interrogé Hend Ennaifer, directrice commerciale et marketing de la STEG, qui a accepté de détailler, sans détour, les rouages d’une situation devenue structurelle.

Un déséquilibre entre l’offre et la demande
D’emblée, la responsable pose le diagnostic : la Tunisie traverse une vague de chaleur exceptionnelle et sans précédent, qui exerce une pression considérable sur le réseau de distribution, dans toutes les régions sans exception. La cause réelle, explique-t-elle, tient au fait que la demande en électricité dépasse désormais la capacité de production des unités et des stations de la STEG. Cette capacité disponible avoisine actuellement les 5000 mégawatts. Or, lorsque la demande franchit ce seuil, la société se retrouve face à deux solutions.
Le premier facteur explicatif, selon elle, réside dans l’usage intensif des climatiseurs, particulièrement aux heures de pointe estivales, situées actuellement entre 13h et 17h. C’est pourquoi la STEG appelle constamment les citoyens à rationaliser leur consommation et à éviter, autant que possible, l’utilisation des appareils électroménagers en dehors de ces créneaux, la demande y dépassant systématiquement la production. L’objectif est d’éviter une coupure générale du courant à l’échelle nationale — un « blackout » — dont le rétablissement, une fois le réseau effondré, exigerait un temps considérable pour remettre en marche transformateurs et stations.

Le choix du délestage tournant
C’est pour cette raison que la STEG privilégie un système de délestage tournant plutôt qu’un effondrement généralisé. Ces coupures ne sont pas annoncées à l’avance, précise Hend Ennaifer, car il est impossible de prévenir les citoyens et de fixer un calendrier précis pour chaque région. Elle insiste sur un point : ce délestage touche pratiquement toutes les régions sans exception, et il est faux de prétendre qu’il existerait des zones privilégiées épargnées par les coupures. Le centre de contrôle de la société réagit dès qu’il détecte une demande excessive, ce qui garantit, selon elle, une certaine équité même dans la répartition des coupures. La durée maximale de ces délestages varie entre 30 minutes et une heure, l’objectif étant de préserver la continuité de l’approvisionnement et de protéger le réseau d’un effondrement dû à la surcharge.
La seconde solution mobilisée par la STEG consiste à recourir en permanence aux importations depuis la Libye et l’Algérie. Le problème, note-t-elle, c’est que les heures de pointe de ces pays coïncident quasiment avec celles de la Tunisie, entre 13h et 17h, ce qui oblige la société à ajuster en permanence l’équilibre entre les importations et le délestage tournant appliqué sur l’ensemble du territoire.

Coupures programmées ou pannes techniques ?
Interrogée sur l’électricité qui était coupée dès le matin, en dehors des heures de pointe, dans certaines régions, la responsable est catégorique : lorsqu’une coupure dépasse une heure, il s’agit d’un incident technique survenu sur le réseau à cause de la forte demande, et non d’un délestage programmé. Ce type de panne nécessite une intervention de maintenance sur le terrain. Elle tient à saluer à cette occasion les agents et techniciens de la société, mobilisés depuis dimanche dernier sous une chaleur accablante — une situation que la météo annonce devoir se prolonger jusqu’à vendredi — et qui s’efforcent de rétablir le courant dans les meilleurs délais.

Des appareils endommagés : quelle indemnisation ?
Face aux nombreuses plaintes concernant des appareils électroménagers endommagés, largement relayées sur les réseaux sociaux, Hend Ennaifer confirme que ce type de dommage peut effectivement survenir. Elle rappelle qu’une procédure d’indemnisation existe de longue date : en cas de panne reconnue par la STEG comme relevant d’une coupure non programmée, l’abonné concerné peut déposer les documents nécessaires — factures de réparation et devis — dans un délai de 48 heures après l’incident. La société vérifie alors, à partir du numéro de référence de l’abonné, qu’une coupure a bien eu lieu à ce moment précis, avant que la procédure d’assurance ne suive son cours. Le processus, reconnaît-elle, prend du temps, mais le citoyen finit par obtenir son indemnisation s’il prouve que le dommage résulte d’une panne imputable à la société. Ces démarches, précise-t-elle, s’appliquent également aux coupures actuelles. Elle nuance toutefois : le délestage tournant, dans la majorité des cas, n’affecte pas les appareils électriques ; le problème vient surtout des appareils anciens, dépourvus de systèmes de protection, contrairement aux appareils récents équipés de disjoncteurs qui coupent automatiquement le courant.

Chutes de tension et projets de renforcement
Au-delà de la crise conjoncturelle, plusieurs régions souffrent de baisses de tension sévères. La responsable évoque un programme de renforcement des lignes de haute et moyenne tension ainsi que des transformateurs, mené actuellement dans les régions du Centre et du Sud, un phénomène qui touche, selon elle, l’ensemble du pays et non la seule région de Sousse.

Vers une nouvelle centrale électrique
S’agissant des perspectives d’amélioration, Hend Ennaifer évoque des études en cours avec le ministère de l’Énergie, et juge nécessaire la construction d’une nouvelle centrale de production au vu de la demande de consommation qui augmentant chaque année de 5 à 6 %. Un projet colossal, estimé à environ 800 millions de dinars et nécessitant deux ans de réalisation, actuellement à l’étude malgré la situation financière difficile de la société.

Le compteur intelligent, un chantier en cours
Enfin, la responsable fait le point sur le déploiement du compteur intelligent : environ 150 000 compteurs ont été installés chez les abonnés basse tension, et 4000 chez les gros consommateurs industriels, sur un objectif de 450 000 à 500 000 pour cette première phase, qui doit s’achever fin 2026. Le projet, lancé en 2024 dans des zones pilotes — le Grand Tunis (Kram), Béja, Sousse, Sidi Bouzid, Sfax et l’île de Kerkennah — sera ensuite évalué avant d’être généralisé aux 5 millions d’abonnés de la STEG, via de nouveaux appels d’offres.

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