Alors qu’une chape de chaleur étouffante s’est abattue sur la Tunisie, une autre tempête, invisible mais tout aussi suffocante, secoue le pays. Depuis plusieurs jours, une vague de coupures d’électricité d’une ampleur inédite traverse notre pays, déclenchant un flot ininterrompu de colère et d’indignation chez les citoyens. Ce qui ne devait être qu’un désagrément estival s’est rapidement mué en une crise sociale et sanitaire majeure, exacerbée par un lourd silence institutionnel.
Sur le terrain, ces coupures brutales dépassent de loin le simple inconfort de l’absence de climatisation. Pour les plus fragiles, elles constituent une menace vitale directe. C’est notamment le cas des malades chroniques soignés à domicile, dont les concentrateurs d’oxygène dépendent entièrement du réseau électrique ; privés d’énergie, plusieurs d’entre eux ont frôlé l’asphyxie, imposant des transferts d’urgence vers des hôpitaux déjà saturés. Parallèlement, le tissu économique local vacille. Petits commerces et ateliers de production se retrouvent paralysés au milieu de leurs journées de travail. Pour aggraver une situation déjà critique, le retour du courant s’opère souvent sans avertissement et avec une violence électrique telle qu’elle grille les équipements électroménagers, laissant des ménages aux budgets déjà serrés face à des pertes financières sèches qu’ils ne peuvent supporter.
Sur les réseaux sociaux, la contestation gronde et s’organise. Les témoignages de détresse se mêlent aux appels à l’indemnisation et à la reddition de comptes. Pourtant, face à ce désarroi, la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG) s’enferme dans un mutisme qui ne fait qu’alimenter la rancœur publique.
Pourtant, d’un point de vue purement technique, la réalité est plus complexe qu’une simple défaillance logistique. Les experts s’accordent à dire que ces coupures s’inscrivent dans une stratégie de délestage électrique programmé, une mesure d’urgence indispensable et pratiquée à travers le monde lorsque la demande globale surpasse de manière critique les capacités de production. En période de canicule, la surconsommation liée à la climatisation pousse le réseau national dans ses retranchements les plus extrêmes. Sans ces interruptions ciblées et rotatives, le système risquerait un effondrement thermique et technique total : un black-out généralisé qui plongerait le pays entier dans le noir et paralyserait l’ensemble des infrastructures vitales pendant plusieurs jours.