La Tunisie à l’ONU : un plaidoyer pour la réforme du multilatéralisme et la cause palestinienne

Devant la 81ème Assemblée générale des Nations Unies, la Tunisie a livré un message articulé autour d’un constat central : la confiance dans les institutions multilatérales ne se décrète pas, elle se construit par des actes. La délégation tunisienne, présidée par le ministre des Affaires étrangères, de la migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, a posé les termes du débat qui l’anime — comment restaurer une confiance érodée avant même d’envisager la transformation promise par le thème de cette session.
Sa réponse tient en deux exigences. D’abord, que les États cessent de traiter le droit international à géométrie variable et honorent réellement leurs engagements. Ensuite, que l’ONU se réforme en profondeur, en particulier dans ses instances de décision, pour refléter un monde plus équilibré. L’initiative « ONU80 » y trouve un accueil prudent : bienvenue comme point de départ, elle ne saurait suffire à elle seule, d’autant que la crise financière de l’Organisation ne doit pas se payer au prix d’un désengagement envers les pays du Sud.
C’est toutefois la cause palestinienne qui occupe la place centrale du discours. La Tunisie y dénonce sans détour le sort réservé à Gaza et à la Cisjordanie, s’appuyant sur l’avis de la Cour internationale de justice de 2024 pour rappeler l’illégalité de l’occupation. Elle met en garde contre toute tentative d’affaiblir l’UNRWA ou de modifier le statut d’Al-Qods, et renouvelle un soutien constant à un État palestinien souverain, capitale à l’appui.
Le tour d’horizon régional qui suit égrène les dossiers sensibles : une Libye appelée à trouver une solution par elle-même, un Liban soutenu face aux atteintes au cessez-le-feu, une Syrie dont l’intégrité territoriale est défendue, un Soudan enjoint à sortir de la guerre, un Yémen invité à la table des négociations. Sur le continent africain, la Tunisie mise sur l’appropriation locale des solutions, appuyée par une Union africaine réformée et une intégration économique renforcée.
Le discours s’étend ensuite à des thématiques plus globales — migration abordée sous l’angle des causes profondes plutôt que de la seule sécurité, climat pensé en termes de justice historique, intelligence artificielle encadrée pour ne pas creuser la fracture numérique — avant de revenir sur la trajectoire nationale : la poursuite du processus engagé depuis juillet 2021, l’attention portée aux droits de l’homme, aux femmes et à la jeunesse, ainsi qu’un salut appuyé à la diaspora tunisienne.
Sur le maintien de la paix, enfin, la Tunisie plaide pour une vision qui dépasse la gestion des crises, capitalisant sur son expérience de contributeur historique et sur la conférence qu’elle a accueillie en 2025 sur la protection des civils. Le discours se referme sur une image : celle d’une Organisation des Nations Unies conçue comme le foyer de la légalité internationale, à qui il revient de porter l’espoir d’un ordre mondial plus juste, dans l’esprit de l’Agenda 2030.

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