Chassé-croisé

Trump, frauduleux, ordonne à l’armée de tirer sur des pétroliers iraniens. Les Houthis frappent l’Arabie saoudite. A ce propos, Al Sissi reçoit Ben Salmane. Ce chassé-croisé indique la configuration de l’échiquier géostratégique. L’alliance israélo-américaine oppose un axe unique à une pluralité où collaborent le Yemen, l’Inde, l’Indonésie, la Russie, la Chine, l’Iran et le Pakistan. Quel souci les unit ? «Un ami certain se reconnaît dans les situations incertaines», écrivait le poète latin Ennius (239-169 avant Jc).

Entre les pays des Brics, une solidarité multinationale tisse le filet susceptible d’être lancé par-dessus les deux satans associés.

Pourquoi n’est-il pas projeté ? La potentialité a ses raisons qu’ignore l’actualité. En effet, maintenant, les rapports de force placent l’armée israélo-yankee par-dessus la mêlée. Mais comme plusieurs puissances disposent de l’arme nucléaire, la dissuasion fige la situation. Dans ces conditions peu propices à la confrontation de haute intensité, les États-Unis recourent au sabotage de l’économie iranienne et Israël utilise la faim en guise d’arme guerrière. L’éternisation du conflit avec la destruction de pétroliers renchérit le coût de l’énergie et l’envolée des prix retentit sur l’irritation des populations à l’orée d’élections.

Résilients, les ennemis jurés du grand et du petit satan attendent sans trop passer à l’action. Cette patience forcée illustre la fonction de l’attente lovée dans l’itinéraire politique de la dynamique historique. Le potentiel hante le réel et donne sens à l’espérance. Elle est imbriquée au cœur de la durée lors des conjonctures bloquées.

En attendant, les moins disposés à guerroyer, vu le danger de l’inégalité, vont se contenter d’espérer. En 1952, dans “Syllogismes de l’amertume”, Emil Cioran posait la question : «Comment aurais-je pu espérer ?» Pour Churchil, espérer défaire Hitler excluait le triomphe du nazisme.

Deux alternatives s’opposaient et l’une d’elles rejoignait l’historicité. Que faire durant le temps de l’espérance ? Pour Épictète, il s’agit de «gagner du temps pour être plus facilement maître de soi»

L’espoir imprègne l’air du temps. Trump espère, malgré tout, obtenir le prix Nobel de la paix sans cesser de bombarder. Le président iranien réplique : “Le Moyen-Orient n’a pas besoin de gardien américain”.

L’Arabie saoudite espère se passer du parapluie des États-Unis et pour cette raison, elle conforte son armement et peaufine la formation. Sans tambour ni trompette le ressentiment éprouvé envers les deux plus grands brigands motive leur progressif encerclement. Ils voient progresser le danger. Parmi les prémices de cette vision, figure l’actuel militarisme allemand. Depuis la débâcle hitlérienne, il est loin d’être demeuré les bras croisés. Dans l’ouvrage titré “La colère de Burt Brundo”, Gérard Cambri étudie le transfert du gigantesque trésor nazi au Brésil et au Paraguay où les innombrables rescapés allemands de la grande guerre s’implantèrent.

Cet argent fut entreposé, entre autres, dans trois banques de Sâo Paulo. L’argent est le nerf de la guerre et l’accumuler trahit l’espoir de lutter. Pour l’instant, le ni guerre ni paix entre les Brics et les deux satans n’arrange ni les pacifistes ni les bellicistes. Les seconds préconisent un saut en avant et les premiers préfèrent un bond esquissé vers l’arrière.

A ceux qui tiennent à en découdre avec nos deux charmants satans, Kant adresse une prescription morale : «Tu dois, donc tu peux».

Fichte parle du «moralisme» de Kant, et Hegel évoque sa «vision morale du monde».

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