Jeanine Hennis-Plasschaert, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour la Libye et cheffe de la mission d’assistance de l’ONU dans ce pays, a annoncé que la Tunisie a officiellement entamé, en coordination avec la Libye, les préparatifs pour la construction d’un point de passage terrestre à la frontière continentale. Ce projet vise à relier la Méditerranée aux marchés d’Afrique subsaharienne. Samir Abid, ministre tunisien du Commerce et du Développement des exportations, a confirmé cette information en marge du Forum d’affaires tuniso-nigérien qu’il a coprésidé avec son homologue nigérien Abdoulaye Saidou. Les travaux débuteront au poste frontière de Ras Jedir avec la Libye. Par ailleurs, ce corridor logistique est destiné à desservir le Niger, le Tchad, le Mali, le Burkina Faso et la République centrafricaine. L’objectif consiste à réduire les coûts et les délais d’exportation. En plus, ce projet entend favoriser l’intégration économique continentale. Selon Samir Abid, l’ouverture aux marchés subsahariens représente un défi stratégique pour la Tunisie. D’autre part, le pays a choisi d’implanter son économie en Afrique par le biais de la Zone de libre-échange continentale africaine. À ce jour, les entreprises tunisiennes ont réalisé près de 400 transactions d’exportation dans ce cadre. Elles se concentrent sur des secteurs à forte valeur ajoutée tels que les composants mécaniques et électroniques, le textile et l’industrie agroalimentaire.
En 2025, les échanges commerciaux entre la Tunisie et le Niger ont atteint une valeur totale de 23,6 millions de dinars, soit environ 7,1 millions d’euros. Cette somme témoigne d’une relation économique croissante. Par conséquent, elle reste encore limitée par rapport à son potentiel. Les données présentées lors du forum indiquent que les exportations tunisiennes sont principalement concentrées dans les secteurs agroalimentaire, mécanique, industriel et des services. Qui plus est, le Centre de promotion des exportations estime le potentiel d’exportation inexploité vers Niamey à environ 6,7 millions de dollars, ce qui équivaut à 6,2 millions d’euros. La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine est considérée comme un levier stratégique pour renforcer davantage les flux commerciaux. En sus, plus de 600 réunions bilatérales ont été organisées entre 125 entreprises tunisiennes et la délégation nigérienne. Bien que le volume des échanges entre Tunis et Niamey demeure modeste, le ministre a souligné l’important potentiel de croissance offert par l’expertise industrielle tunisienne et les besoins du marché nigérien.
Plus généralement, les échanges commerciaux de la Tunisie avec le continent africain ont connu une évolution contrastée au cours de l’année écoulée. Les partenaires nord-africains demeurent le principal débouché régional. D’après les données de l’Institut national de la statistique, la Libye est restée le premier partenaire commercial de la Tunisie en Afrique, avec des exportations dépassant 2 469 milliards de dinars, soit environ 740 millions d’euros. L’Algérie et le Maroc ont fait preuve d’une plus grande résilience que les marchés européens en déclin, tels que l’Italie et l’Espagne. À cela s’ajoute que le pays a clôturé l’année avec un déficit commercial estimé à environ 17,1 milliards de dinars, ce qui représente environ 5,1 milliards d’euros. Ce déficit est fortement impacté par le secteur de l’énergie. Cependant, hors énergie, des signes d’amélioration sont apparus. Dans ce contexte, la Tunisie escompte le renforcement de sa position de plaque tournante pour l’Afrique subsaharienne afin de diversifier ses marchés au-delà de l’Union européenne, qui représente encore environ 70 % de ses exportations. La visite officielle du ministre nigérien Saidou, qui s’achève demain, s’inscrit dans cette stratégie. Le Forum, organisé par le Centre de promotion des exportations, vise à évaluer les relations bilatérales actuelles et à encourager les partenariats industriels et les investissements mutuels, en tirant parti du cadre juridique de la Zone de libre-échange continentale africaine pour diversifier les flux commerciaux entre les deux pays.