Lancement à Tunis de la deuxième édition du programme « Cardiologie pour l’Afrique »

La deuxième édition du programme de formation triangulaire « Cardiologie pour l’Afrique » s’est ouverte hier mercredi 17 juin 2026 à Tunis. Cette initiative, fruit d’une coopération entre le ministère tunisien de la Santé et l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), réunit dix-sept cardiologues issus de dix pays africains, tant francophones qu’anglophones : Cameroun, Éthiopie, Ghana, Kenya, Mauritanie, Nigeria, Ouganda, Sénégal, Soudan et Tanzanie.
Un programme alliant théorie, pratique et simulation
Intervenant lors de la cérémonie d’ouverture, le Professeur Mustapha Ferjani, ministre de la Santé, a rappelé les contours de cette collaboration structurante : « Le ministère de la santé publique a signé une coopération sur trois ans avec la partie japonaise pour la formation de cardiologues interventionnels, dans le cadre de la dilatation mitrale percutanée par ballon Inoue et de la formation à l’angioplastie complexe de l’occlusion chronique. » Il a souligné le choix stratégique du Japon comme partenaire : « Le Japon est le concepteur du ballon Inoue et également l’un des grands concepteurs du matériel pour l’occlusion chronique, avec un savoir-faire mondialement reconnu. »
Le Dr Mohamed Sami Mourali, chef du service de cardiologie à l’hôpital Rabta et coordinateur tunisien de la formation, a détaillé le contenu pédagogique de ces trois journées intensives : « Nous allons mener des formations théoriques, mais surtout des formations sur des cas cliniques avec des ‘live in the box’ depuis l’hôpital La Rabta pour tout ce qui concerne la dilatation mitrale, et des ‘live in the box’ depuis Kamakura au Japon avec le professeur Saito, qui est une référence mondiale dans le traitement de l’occlusion chronique. » Il a également évoqué l’utilisation de simulateurs : « Une formation est prévue sur simulateurs, aussi bien pour le screening des patients par échographie transthoracique et transœsophagienne que pour l’utilisation du ballon Inoue et les différentes étapes de la procédure. »
Tisser un réseau panafricain de compétences cardiologiques
Le Dr Mourali a souligné la dimension fédératrice de cette initiative : « Cette manifestation regroupe cette fois dix pays anglophones. L’année dernière, c’étaient treize pays francophones. Petit à petit, nous tissons un réseau de formation pour l’acquisition de ces techniques, qui bénéficieront aux populations d’Afrique, amélioreront l’expertise des collègues africains et assureront le rayonnement de la médecine tunisienne et de la coopération tuniso-japonaise. » Il a fixé les perspectives : « La troisième session est prévue pour l’année prochaine, mais nous allons essayer de toucher le maximum de médecins, car au moins 800 millions de personnes en Afrique n’ont pas accès aux soins ni à l’expertise. Nous allons travailler beaucoup avec les pays développés pour aider à traiter une partie de cette population. »
Un participant, représentant l’un des pays anglophones, a témoigné de l’importance de cette dynamique : « Nous sommes venus dans le cadre de cette coopération triangulaire entre le Japon et la Tunisie, une coopération étendue au reste de l’Afrique à partir de la Tunisie, qui a été choisie comme centre d’excellence en cardiologie pour la promotion de techniques avancées telles que la cardiologie interventionnelle. Nous sommes venus approfondir nos connaissances et enrichir nos expériences. »

Il a souligné la particularité de cette session : « Sur les premières éditions, nous avons partagé nos expériences essentiellement entre le Japon, la Tunisie et des pays d’Afrique francophone. Cette session est particulière car elle s’est étendue à plusieurs pays anglophones d’Afrique centrale, d’Afrique de l’Est et d’Afrique de l’Ouest. Elle est représentative de ce qu’est l’Afrique. » Tout en reconnaissant les progrès accomplis, il a insisté sur les besoins persistants : « Il y a des progrès certes, mais il y a encore un besoin immense en équipement, en dispositifs biomédicaux, mais également en partage d’expérience et en formation. Nous nous sommes tous enrichis. L’essentiel, et c’est là l’apport de l’expertise tunisienne, est de savoir comment contextualiser et faire en sorte que nous puissions, dans nos pays respectifs, travailler au mieux avec nos ressources parfois limitées. »

Ce programme s’inscrit dans le prolongement des engagements pris lors de la TICAD8, organisée en Tunisie en 2022, et fait écho aux initiatives de la TICAD9, tenue au Japon en août 2026. L’appui du Groupe médical Tokushukai, l’un des plus grands réseaux hospitaliers du Japon, ainsi que le soutien logistique de la Cité des Sciences de Tunis, ont été déterminants pour la réalisation de cette session. Une troisième édition est d’ores et déjà programmée en 2027. L’objectif final est de renforcer durablement les capacités médicales en cardiologie sur le continent, tout en favorisant l’émergence d’un réseau professionnel interafricain et tuniso-japonais dédié à l’amélioration des soins cardiaques en Afrique.


Réalisation et montage: Riadh Sahli
MBY


Related posts

 Le capital humain le mieux gardé de Tunisie

Un accord tuniso-japonais pour soutenir la recherche et l’innovation à l’Institut Pasteur de Tunis

L’avenir de l’optique : regards croisés d’opticiens, assureurs et régulateurs.