Le complexe culturel d’El Menzah 6 a accueilli hier vendredi 19 juin 2026 le vernissage de l’exposition de Camélia Mathlouthi. Une immersion lumineuse où l’engagement citoyen de longue date, la quête profonde de sérénité et un amour indéfectible pour le patrimoine tunisien se mêlent sur la toile.
Ceux qui ont eu le privilège de côtoyer Camélia Mathlouthi connaissent la profonde authenticité qui émane de cette femme d’exception. Enseignante de langue allemande dans le secondaire, ayant également dispensé des cours de français et d’anglais, elle partage aujourd’hui sa vie entre la Tunisie et les États-Unis. Mais peu importe la distance ou les rivages qu’elle habite, son amour éternel pour sa patrie reste sans faille, ancré dans ses gènes et désormais projeté avec éclat sur les murs du Complexe Culturel d’El Menzah 6.
Du militantisme vert à la pureté de la toile
Pour les fidèles lecteurs de Réalités Online, Camélia Mathlouthi est une figure familière de la société civile. Nous avons été présents à maintes reprises pour couvrir ses actions sur le terrain, notamment sous l’égide du mouvement citoyen « Pour une Tunisie Propre et Verte » qu’elle avait fondé et présidé avec ferveur en 2012. Pionnière de la cause environnementale, elle a su rassembler autour d’elle des âmes issues d’univers totalement différents, unies par un seul et même objectif : préserver la propreté du pays et raviver sa verdure.
Des campagnes mémorables telles que « Ye Tounes Ras Melek Jamelek », « Ainek Ala Bahrek » ou encore l’initiative nationale « CleanUpPlastic » témoignent de sa capacité à transformer l’indignation en action collective sur les plages et dans les espaces publics. Aujourd’hui, cette longue lutte pour la pureté de son environnement trouve un prolongement naturel et poétique dans son œuvre picturale. Les tableaux auxquels elle donne naissance renvoient tous, de manière viscérale, vers cette authenticité, cette verdure et cette propreté pour lesquelles elle a tant milité.
L’art comme refuge et acte de résistance
Pourtant, le chemin vers cette exposition baptisée « Colours of Life » trouve sa source dans une fêlure secrète, une réaction émotive face à la brutalité de l’actualité internationale. L’artiste confie avoir traversé une période de profond surmenage, submergée par la douleur des conflits au Moyen-Orient qui nourrissaient ses cauchemars et faisaient naître en elle un sentiment de révolte face aux injustices planétaires.
« Face à cette détresse, j’ai choisi de m’arrêter et de prendre soin de mon être pour chasser cette amertume. Je me suis souvenue de mon refuge : la peinture, ma passion de toujours. J’ai repris les pinceaux sur de petites toiles au format 10×10. Sans projet prédéfini, mon esprit s’est naturellement tourné vers la nature. C’est ainsi que sont nés ces champs, ces fleurs et cette invitation à l’évasion. » a affirmé Camélia Mathlouthi au micro de Réalités Online.
Cette transition de la douleur vers la lumière a profondément ému ses proches et les premiers admirateurs de ses œuvres. L’une de ses amies intimes résume magnifiquement ce voyage intérieur : « On ressent dans chacune de ses œuvres cette recherche de sérénité après la tempête. Ce qui est particulièrement beau, c’est qu’elle a réussi à transformer une douleur bien réelle, nourrie par l’actualité et les injustices du monde, en quelque chose de lumineux et d’apaisant. Ces champs, ces fleurs, ces paysages et ces couchers de soleil ne sont pas seulement de jolies peintures, ils sont une invitation à reprendre souffle, à retrouver un peu d’espoir et de beauté dans un monde qui en manque parfois cruellement. Son exposition est la preuve que l’art peut être un refuge, mais aussi un acte de résistance face à la noirceur. »
Une ode picturale au patrimoine tunisien
Sur les toiles de Camélia, les scènes représentées ne sont jamais anodines. Elles capturent l’essence d’une Tunisie intemporelle et sereine. Le visiteur est immédiatement frappé par la présence des majestueuses portes cloutées des vieilles villes, gardiennes de l’histoire de la Médina de Tunis. À travers un jeu subtil d’ombres et de lumières, on devine le passage de silhouettes d’hommes vêtus de l’habit traditionnel du Tunisien el Beldi, arborant fièrement le grand barnous et la chéchia rouge écarlate.
Plus loin, le regard s’évade vers le Sud et les paysages côtiers. On y admire de petites habitations simplistes aux murs blanchis à la chaux, rehaussés par des fenêtres et des portes d’un bleu azur éclatant, rappelant l’architecture singulière qui domine l’île de Djerba. Les palmiers vigoureux, les oasis suspendues et les rivières serpentant en pleine verdure complètent cette fresque nationale, délicatement encadrée par une explosion de fleurs et de couchers de soleil flamboyants.
Un vernissage empreint de chaleur et de complicité
La cérémonie de vernissage, qui s’est tenue dans les espaces du Complexe Culturel de Menzah 6, a reflété fidèlement la personnalité de l’artiste : chaleureuse, fédératrice et profondément humaine. L’événement a réuni une foule d’ami(e)s venus de divers horizons professionnels et associatifs, tous témoins de sa ferveur citoyenne.
Au premier rang de ses soutiens, son époux de nationalité américaine, pilier indéfectible qui l’accompagne et l’épaules dans chacune de ses initiatives, qu’elles soient écologiques ou artistiques. À ses côtés se trouvaient également ses proches, ses cousins, ainsi que sa sœur aînée, figure bienveillante qui, aujourd’hui encore, continue de guider Camélia de ses précieux conseils dans toutes les actions qu’elle entreprend. Ce cercle familial et amical a donné au vernissage des airs de grande réunion de famille, où l’émotion était tangible.
L’exposition « Colours of Life » est une invitation à suspendre le temps, à s’extraire de la noirceur du monde pour se reconnecter à la beauté brute de la nature et à la richesse de notre patrimoine. Une halte salutaire à ne pas manquer.