Le coup d’envoi des ttraveaux du THE BRIDGE AI & Healthcare B2B Summit 2026 a été donné ce lundi 8 juin 2026 à Tunis. Organisé sous la tutelle du ministère de la Santé et à l’initiative de l’Association des Médecins Tunisiens dans le Monde (AMTM) et de l’Organisation Nationale des Entrepreneurs (ONE), l’événement a réuni des médecins, chercheurs, entrepreneurs, investisseurs, universitaires, étudiants et décideurs publics.
La cérémonie officielle d’ouverture a été marquée par les allocutions du Dr Marouen Garrab, président de l’Association des Médecins Tunisiens dans le Monde, de Yassine Gouiaa, président de l’Organisation Nationale des Entrepreneurs, ainsi que de Walid Naija, directeur général de la Santé au ministère de la Santé. Le sommet a été l’occasion d’annoncer le renforcement du partenariat entre les deux organisations et d’annoncer la signature de nouveaux partenariats avec d’autres entités dont l’objectif principal est de soutenir l’écosystème HealthTech tunisien.
Durant toute la journée, experts nationaux et internationaux explorent les multiples facettes de la révolution technologique en cours à travers une série de panels stratégiques et scientifiques. Les débats ont notamment porté sur l’entrepreneuriat à l’ère de l’intelligence artificielle, l’impact de l’IA dans les sciences génomiques et les technologies « Omics », les applications cliniques de l’intelligence artificielle en santé ainsi que les enjeux stratégiques liés à l’intégration de ces technologies dans les systèmes de soins.
Une stratégie nationale axée sur l’innovation et les startups
S’exprimant lors de la cérémonie d’ouverture au nom du ministère de la Santé, Walid Naïja a rappelé que la Tunisie œuvre sur l’accélération de la transformation numérique du secteur de la santé. Il a rappelé que les défis actuels à savoir l’accès équitable aux soins, réduction des délais de diagnostic et meilleure gestion des ressources hospitalières imposent des réponses innovantes. Dans ce cadre, l’intelligence artificielle, les biotechnologies et les technologies médicales ne sont plus de simples perspectives, mais des outils déjà au cœur de la transformation du système de santé.
Le responsable a mis en avant la contribution des startups tunisiennes innovantes, qu’il considère comme un levier essentiel pour structurer une filière d’excellence capable d’améliorer la qualité des soins et de renforcer la présence de la Tunisie à l’international, notamment en Afrique.
Il a réaffirmé l’engagement du ministère à soutenir cette dynamique, en encourageant l’innovation et les partenariats entre acteurs publics, privés et chercheurs. Il a également insisté sur l’approche « One Health », jugée indispensable face aux risques sanitaires globaux comme les pandémies zoonotiques ou la résistance aux antimicrobiens.
Pour sa part, le Dr Marouen Garrab, chirurgien, urologue et sexologue exerçant en France, en sa qualité de président et fondateur de l’Association des Médecins Tunisiens dans le Monde (AMTM), a exposé le bilan et les orientations de l’organisation. Fondée il y a cinq ans, cette structure se repose sur un réseau en forte croissance qui regroupe actuellement 1 600 médecins et plus de 700 donateurs. Le Dr Garrab a mis en avant le travail intensif mené depuis la fondation de l’association pour franchir une nouvelle étape majeure au service de l’écosystème médical national.
Il est revenu sur l’un des projets phares de l’association à savoir la mise en place d’un incubateur et d’un accélérateur spécifiquement dédiés aux startups du secteur de la santé. Ce mécanisme d’accompagnement est conçu pour offrir aux jeunes entreprises un encadrement permanent, associant l’expertise clinique d’un groupe de médecins à l’appui stratégique d’investisseurs. Selon le président de l’AMTM, cette synergie vise à rompre l’isolement des entrepreneurs, à soutenir la commercialisation de leurs produits sur le marché tunisien, et à leur fournir un cadre de protection indispensable à leur déploiement vers les marchés internationaux.
Pour formaliser cette dynamique, trois conventions de partenariat ont été officiellement conclues lors du sommet. Le premier accord a été signé entre l’AMTM et l’Organisation Nationale des Entrepreneurs (ONE), et le deuxième lie l’AMTM à l’Association des Tunisiens des Grandes Écoles (ATUGE), posant ainsi les bases opérationnelles de la future structure d’incubation et d’accélération. Enfin, le troisième protocole a été paraphé entre l’AMTM et la Pristini School of AI (Pristini School of AI | Intelligence artificielle), première université spécialisée en intelligence artificielle en Tunisie.
Ce partenariat académique constitue le pivot d’une transformation sectorielle que l’AMTM souhaite élargir à l’ensemble des facultés de médecine tunisiennes, qu’elles soient publiques ou privées. L’objectif est d’intégrer l’entrepreneuriat et les technologies numériques au cœur de la formation des praticiens. À travers les concepts de « médecin augmenté » et de « médecin opérateur », l’initiative ambitionne de doter la nouvelle génération de professionnels d’une véritable culture de l’intelligence artificielle. Ce profil de médecin sera ainsi apte à collaborer directement avec les entreprises technologiques pour concevoir, optimiser et soutenir le niveau d’exploitation et de compétitivité de la médecine tunisienne à l’échelle internationale.
Un pont entre la diaspora et les startups pour dynamiser le système de santé
S’exprimant au micro de Réalités Online, Mohamed Ben Hamida, vice-président de la Société Tunisienne de Télémédecine et e-Santé (STTeS), a mis en avant la portée stratégique de ce sommet, qui a permis de connecter la diaspora des médecins tunisiens à travers le monde avec les entrepreneurs et les startups locales. Selon lui, cette synergie, matérialisée par la collaboration avec l’ONE, vise à s’appuyer sur l’intelligence artificielle et les technologies émergentes pour moderniser le système de santé national. Cette initiative jette ainsi un pont durable entre les deux rives afin de générer une valeur ajoutée concrète pour l’écosystème tunisien.
L’événement a également constitué une plateforme de dialogue entre les professionnels de terrain et les décideurs politiques, marquée notamment par la participation du président de la commission de la santé à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Ben Hamida a relevé à cet égard un décalage entre le cadre législatif existant et la publication des décrets d’application nécessaires à sa mise en œuvre. Des engagements ont toutefois été formulés durant le sommet pour accélérer le tempo législatif et garantir la parution de ces textes réglementaires dans les plus brefs délais afin de ne pas freiner l’élan technologique.
Le volet de la viabilité financière était également à l’ordre du jour lors de sessions impliquant des institutions publiques et privées, à l’instar de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) et de Smart Capital. Les discussions ont pivoté autour des mécanismes de financement sectoriels et de l’importance des partenariats public-privé (PPP) comme leviers de capitalisation pour les jeunes pousses.
Hajer Ben Hassen