Une trentaine de services numériques ont été lancés au premier semestre 2026, dans le cadre d’un vaste programme de transformation digitale piloté par le gouvernement tunisien. Parmi les avancées les plus marquantes figurent la mise en place de la Plateforme nationale de l’investisseur, la numérisation intégrale des transactions du Registre national des entreprises, ainsi que le déploiement de nouveaux services citoyens : renouvellement du passeport à distance pour les Tunisiens résidant à l’étranger, traduction en ligne des documents d’état civil, généralisation du timbre fiscal électronique, ou encore le démarrage du portail « Taamir » dédié à la numérisation des permis de construire dans plusieurs municipalités.
Le programme de proximité numérique s’est également concrétisé avec l’installation de 34 maisons de services numériques réparties sur 21 gouvernorats, ainsi que le lancement du portail unifié de la vie scolaire (viescolaire.education.tn), destiné aux élèves, parents et personnel éducatif. S’y ajoutent la mise en service du système national de suivi des projets publics, la « Patente en ligne » pour les entreprises et porteurs de projets, ainsi que la généralisation progressive des caisses enregistreuses connectées.
Sur le plan administratif, la première phase du portail unifié des services administratifs (khadamet.gov.tn) a été achevée et enrichie de nouveaux services, tandis que les services de « l’Hôpital numérique » ont été étendus pour offrir davantage de prestations médicales en ligne. Plusieurs plateformes sectorielles ont par ailleurs vu le jour, notamment celles dédiées à l’enregistrement des exportateurs étrangers, à la gestion des autorisations liées au domaine public hydraulique, aux données en temps réel des systèmes hydrauliques, et à la commercialisation des produits des femmes rurales.
Autre annonce majeure : le lancement prochain de l’application mobile « Khadamet », qui permettra d’accéder à plus de 40 services administratifs via l’identité numérique, avec des options de paiement électronique diversifiées (cartes bancaires, postales, portefeuilles électroniques).
114 projets en cours, dont plusieurs à un stade avancé
Au-delà des projets achevés, 114 initiatives sont actuellement en cours de réalisation, certaines ayant dépassé les 90 % d’avancement. Parmi elles : la demande à distance de certificat de résidence, le paiement électronique des taxes municipales, l’échange numérique des actes d’état civil entre consulats et municipalités, la plateforme du programme de logement social, le registre national de l’identifiant sanitaire, l’extension du système de vaccination Evax, le projet Tuneps e-Payment, ou encore le renouvellement à distance du permis de conduire et de la carte d’identité nationale. La modernisation des systèmes informatiques de la douane et de l’assurance maladie figure également parmi les chantiers prioritaires.
Le gouvernement poursuit par ailleurs le déploiement de la fibre optique, l’extension de la couverture réseau aux zones blanches, ainsi que le renforcement de la connexion internationale à internet via les câbles sous-marins. En matière d’inclusion financière, l’accent est mis sur la généralisation des portefeuilles électroniques pour les populations non bancarisées, l’encouragement des opérateurs télécoms à investir le secteur de la fintech, et la diversification des usages du paiement électronique au quotidien (petits achats, stationnement, transport).
Sur le volet cybersécurité, une stratégie nationale est en cours de mise en œuvre, incluant un programme d’audit de la sécurité informatique des espaces publics internet et des mécanismes de protection de l’enfance dans le cyberespace. Le cadre juridique de l’économie numérique fait également l’objet d’un travail de développement.
Une stratégie nationale pour l’intelligence artificielle (2026-2030)
Le ministre des Technologies de la communication, Sofien Hemissi, a présenté les grands axes de la stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle pour la période 2026-2030, fondée sur un usage respectueux des droits constitutionnels et de la vie privée des citoyens. La Tunisie se classe actuellement au 29ᵉ rang mondial en matière de publications scientifiques dans le domaine de l’IA, et s’appuie sur des compétences académiques et techniques reconnues à l’international, ainsi que sur un cadre légal pionnier — le Startup Act — favorable à l’innovation et à l’attraction des investissements technologiques. Sa position géographique stratégique, entre l’Europe, l’Afrique et le monde arabe, la positionne comme un pôle régional potentiel pour l’exportation de solutions numériques.
C’est dans le cadre d’un Conseil ministériel restreint consacré au suivi de la transformation numérique que ce bilan a été présenté, ce samedi 15 août 2026 au Palais du gouvernement à la Kasbah, sous la présidence de la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzeri. Cette dernière a rappelé que la transformation numérique constitue un pilier essentiel de la vision nationale de développement, un levier de réforme administrative et économique, et un outil de transparence, de lutte contre la corruption et de réduction des disparités régionales, conformément aux orientations du Président de la République, Kaïs Saïed.
Elle a insisté sur la nécessité d’un suivi rigoureux fondé sur des indicateurs de performance mesurables, appelant à une meilleure coordination entre les structures publiques et à une accélération des projets structurants, avec une priorité absolue accordée à ceux ayant un impact direct sur le citoyen. Elle a enfin souligné que la transformation numérique dépasse la simple digitalisation des procédures administratives pour constituer un véritable projet national de refonte des processus de l’État.