Lors de sa visite rendue à Zelinski, le premier ministre anglais dit : «Monsieur Poutine allez-vous arrêter cette guerre insensée ?»
A Netanyahu il ne demande pas s’il va mettre fin à sa guerre génocidaire. A quoi sert de lui poser la question ? Adressée à l’imbécile, elle serait inutile et futile. Autant prendre le parfait gangster pour un respectable citoyen ordinaire. Sous l’effet de la colère passagère et néanmoins exacerbée, Trump tacle Netanyahu surexcité : «Sans moi, Israël n’existerait pas».
L’aveu corroborait ce que chacun savait. Michel Aoun éclaire la raison de l’irritation : «Les frappes d’Israël sapent les efforts pour stopper la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran ». Par son aveu, pervers, le grand satan prétend s’attribuer une virginité.
Elle est délirante, indue et farfelue tant le principal cerbère avait parcouru le même itinéraire que son allié tout aussi meurtrier. Il sanctionne la CPI et, ainsi, donne à voir le criminel, condamné, pour un justicier. Pie VII, indigné, vociférait : «Comediente, tragediente». Enoncée au 18e siècle, cette formulation, devenue célèbre, saute à pieds joints jusqu’à nos jours pour venir chuter sur la trompe de Trump.
Armes et milliards livrés à Netanyahu illustrent ce propos du président américain : «Il n’y a pas sur terre une personne plus proche que moi d’Israël». Communicateur hors pair, souteneur d’une position et de son contraire, ce caméléon parvient à focaliser sur sa personne singulière l’attention de la terre entière.
Dans son “Discours sur la dignité de l’homme”, paru en l’an 1486, Jean Pic de la Mirandole écrivait : «Qui n’admirerait ce caméléon que nous sommes ?». Le caméléon-président, imprévisible, paraphe le protocole d’accord avec l’Iran, le jour où nul ne s’y attendait.
L’effet de surprise, tout aussi impressionnant qu’une mutation de coloration, atteste de l’emprise de Trump et de sa mainmise.
Sous les feux de la rampe, il appose une signature, jeudi, à Versailles, quand tous croyaient le jour J plutôt à Genève et vendredi. Le faste royal de Louis XIV aurait-il eu raison du critère calendaire ?
Comment expliquer la désinvolture de la procédure ? Un seul outrepasse la vision de tous. David Hume écrivit son avis à propos de ce charivari : « Rien n’est plus surprenant pour ceux qui considèrent les affaires humaines avec un œil philosophique que de voir la facilité avec laquelle les plus nombreux sont gouvernés par les moins nombreux… C’est donc sur l’opinion seule que le gouvernement est fondé».
L’opinion expose sa labilité. Ainsi, le dirigeant libanais perd une part de son autorité quand il se voit déconnecté de l’opinion, vu l’invasion du Sud-Liban par l’armée d’occupation. A ce propos, Trump, la girouette, ne trouve rien d’autre à dire de Netanyahu que «c’est un guerrier, il devrait être mieux apprécié en Israël.»
Sans autre forme de procès, Trump remet en cause le protocole de paix. Encouragé, Netanyahu demande qu’«un général américain supervise le désarmement du Hamas». Au vu de cette exigence, une quadrature du cercle fige la situation établie entre l’Iran, le Moyen-Orient et les États-Unis. En effet, l’Amérique ne saurait larguer Israël tant la judaïté noyaute sa direction depuis la Seconde Guerre mondiale. A son tour, Israël ne pourrait couper les ponts avec les dollars et les armes de l’oncle Sam. Quant aux pays du Golfe, ils découvrent dans les bases américaines une protection devenue incertaine mais tout à fait malaisée à congédier. Liés par la force des choses, les protagonistes ont à voir avec le propos d’Augustin d’Hippone. Né en Tunisie, il écrit : « Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n’en lisent qu’une page ». Lorsque, de nos jours, Balandier écrit que «toutes les sociétés sont interdépendantes», ce rebond de la même, idée par-dessus les siècles atteste le voyage de l’ancien et du nouveau sur le même bateau. De même, Hannah Arendt, l’amante et l’étudiante de Heidegger, internée au camp de Gurs en 1940, ne pouvait réaliser à quel point sa critique de l’hitlérisme s’applique au sionisme. Elle remet en question le propos d’un chef nazi qui évoque «une conspiration juive mondiale».