Le vote rétribué : Trump ou le réalisme cru

Tel Jupiter, Trump souffle, continûment, le chaud et le froid. À l’évidence, il s’embourbe dans le détroit d’Hormuz. Comme ce fut le cas de deux de ses prédécesseurs, Lyndon Johnson (1908-1973) et Richard Nixon (1913-1994), dans le détroit du Mékong.

Dans sa guerre déclarée intempestivement contre la Perse, le néo-byzantin cherche apparemment la parade.

Des conseils avisés de ses généraux, il n’en a cure.

Comme disait le général de Gaulle (1890-1970), « la guerre est une chose trop importante pour la laisser entre les mains des militaires ». Mais lui, il parlait d’une guerre de libération et non d’une guerre déclenchée par un hurluberlu manipulé par le maître de Judée, effrayé de voir l’Iran posséder ce que lui possède depuis belle lurette : l’arme atomique.

En bon gendarme de la région, il se met au combat pour, croit-il, l’intrépide, rendre cette éventualité irréalisable.

Or, à notre va-t-en-guerre, a échappé un détail : les maîtres de Téhéran ont entre les mains une arme aussi redoutable que le nucléaire. Ils tiennent en tenaille le sort d’une part non négligeable du commerce international. Ils peuvent faire mal à la Bourse de l’Oncle Sam. Les citoyens US le ressentent déjà. Et ce n’est guère joyeux pour celui qui se vantait, avec son MAGA, d’améliorer les conditions de vie des Américains et de booster leur suprématie.

Il leur faisait miroiter que, contrairement aux présidents précédents, il allait épargner aux USA les guerres de longue durée. Or, il se trouve, à son corps défendant, dans une mauvaise posture. D’autant plus que les élections de mi-mandat pointent à l’horizon.

Que faire ? En ne réussissant sur aucun tableau — pilonnage, boycott, appel à la solidarité européenne —, il ne reste plus au locataire de la Maison-Blanche que ce qu’il manie le mieux : des paroles et des promesses.

Il faut dire, pour sa gouverne, que, contrairement à beaucoup de ses pairs, il n’a pas la langue dans la bouche. Il dit tout cru ce que les autres enveloppent dans une doxa diplomatique. Point de gants ! Pourquoi aller de midi à quatorze heures quand on est soi-même maître des horloges ?

C’est à lui, le timonier des temps modernes, de fixer les échéances. Ainsi, la guerre contre l’Iran prendra fin, comme par enchantement, au lendemain des prochaines élections. À condition, décrète-t-il, qu’elles lui soient favorables.

Pour intéresser les indécis parmi les électeurs, il n’hésite pas à déclarer, sans vergogne, payer rubis sur l’ongle, cinq mille dollars la voix. En voilà une figure tonnante du réalisme à l’état brut.

Le vote rétribué : voici le credo de l’illibéralisme de ce quart de siècle annonciateur de régression démocratique. Souvenons-nous de la foule des ouailles du milliardaire parties en assaut vers le Capitole le 6 janvier 2021, lors de l’investiture de son rival victorieux, Joe Biden, qu’il graciera d’ailleurs aussitôt revenu aux affaires en 2025.

Nonobstant ces litanies, la guerre en cours prendra un jour fin. Mais, entre-temps, que de nuages sombres !

Maximo Torero, l’économiste en chef de la FAO, avertit : « Cette guerre est en train de déclencher l’un des plus douloureux chocs, avec notamment des complications pour la sécurité alimentaire. »

Notre compatriote Mohamed Larbi Bouguerra, chimiste de renommée universelle, renchérit. Dans un article publié récemment à la une du journal Le Monde diplomatique de septembre 2026, il alerte sur les conséquences de cette guerre subies par l’agriculture mondiale. Il intitule son texte d’un titre grave et cruel : « La faim qui vient ». Assurément, l’humanité surfe ces temps-ci sur des vagues qui risquent, si l’on n’y prend garde, d’échouer dans une mer de ténèbres.

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