Cinquante bougies, 300 millions de dinars de chiffre d’affaires et une croissance à deux chiffres : Carte Assurances termine 2025 en position de force. À sa tête, Mehdi Doghri, Directeur général, porte une vision claire : fidéliser avant de conquérir, investir dans l’humain autant que dans la technologie et faire du continent africain le prochain terrain de jeu du groupe.
Comment a été financièrement 2025 pour Carte et quelles ambitions portez-vous pour 2026 et 2027 ?
L’année 2025 aura été celle de la consolidation. Fidéliser avant de conquérir, telle est la philosophie qui guide la stratégie de Carte. Un ancrage client renforcé, de nouveaux portefeuilles gagnés et une croissance globale qui frôle les 13%, portant le chiffre d’affaires du groupe à plus de 300 millions de dinars.
L’élan se confirme également en ce début d’année. Les indicateurs sont au vert et les tendances restent dans les mêmes ordres de grandeur. Mais chez Carte, on ne se contente pas de regarder à douze mois. Le groupe pense à cinq ans, voire à dix ans.
Dans un marché tunisien qui reste la cible du groupe, mais qui demeure sous pression face à une croissance du PIB en demi-teinte, la priorité est ailleurs, mieux servir, mieux gérer, et investir massivement dans les outils technologiques et les systèmes de gestion. Sans oublier ce que le groupe considère comme son premier capital : l’humain à travers la formation des équipes et la montée en compétences des réseaux et c’est là que se joue la performance de demain.
Le marché tunisien reste votre terrain de jeu prioritaire, qu’en est-il de l’international ?
L’international, Carte y a déjà mis un pied et solidement. Depuis 2016, le groupe a franchi ses premières frontières avec le rachat d’Askia Assurances au Sénégal. Neuf ans plus tard, le bilan est éloquent : cinquième compagnie sur dix-huit et surtout, la plus rentable du marché sénégalais en termes de ratio.
Car c’est bien là que réside la fierté du groupe. L’activité compte, certes, mais la rentabilité prime. Et sur ce terrain, Carte a su faire ses preuves au-delà de la Méditerranée.
Reste désormais à aller plus loin. La vision est claire : s’imposer durablement comme un acteur incontournable en Tunisie, tout en construisant, pierre après pierre, une présence de poids sur le continent africain.
Vous affichez clairement vos ambitions sur le continent africain. Pourquoi l’Afrique plutôt qu’une autre région du monde ?
Le raisonnement est simple et assumé : Carte va là où la croissance se trouve. Les marchés européens et occidentaux sont matures, saturés et peu accessibles aux opérateurs tunisiens, du moins dans le secteur de l’assurance et l’Afrique est tout l’inverse.
Le continent offre un potentiel considérable, et le timing est jugé favorable. Mais le groupe ne mise pas sur n’importe quel marché. La stabilité politique, un cadre juridique solide, une réglementation de l’assurance fiable sont là les critères non négociables qui guident chaque décision d’implantation. Et force est de constater que de nombreux pays africains réunissent aujourd’hui ces conditions, laissant une place réelle aux opérateurs tunisiens.
La réussite sénégalaise a agi comme un déclencheur. Elle a prouvé que le modèle fonctionnait, que l’expertise de Carte pouvait s’exporter et prospérer au-delà des frontières. La conclusion s’impose désormais d’elle-même : Carte Assurance ne sera plus seulement une entreprise tunisienne, elle sera une entreprise régionale.
Quels sont les grands défis auxquels fait face aujourd’hui le secteur de l’assurance en Tunisie ?
Premier défi, et non des moindres : intégrer la technologie mais intelligemment. Chez Carte, le mot d’ordre est clair : la machine ne remplace pas l’homme, elle le sert. Une philosophie que le groupe ne fait pas que proclamer. Il la pratique depuis cinquante ans, en se positionnant systématiquement à l’avant-garde de l’innovation. Première compagnie ayant adopté la signature électronique, la souscription en ligne, l’intelligence artificielle dans la gestion des sinistres, Carte a aussi investi dans l’écosystème des startups, s’offrant ainsi une connexion directe avec la nouvelle génération d’entrepreneurs et les technologies de demain.
Deuxième défi, c’est la capacité d’adaptation. Dans un contexte international incertain et un environnement local exigeant, savoir pivoter est une nécessité vitale. Pour Carte, cette agilité se construit de l’intérieur, par la formation continue des équipes, mais aussi par un dialogue actif avec l’administration et les régulateurs. Être force de proposition, anticiper les mutations et rester en mouvement. C’est ainsi que le groupe entend tenir le cap.
Troisième pilier, peut-être le plus structurant : la responsabilité sociétale. Carte revendique une dette envers son pays. Ce que la Tunisie a permis de construire, il faut le lui rendre par exemple en matière d’accompagnement des jeunes, de soutien à la formation, au sport, à l’éducation, à la santé, autant d’engagements qui font de Carte non seulement un acteur économique, mais également un investisseur au service de la société.
Vous avez évoqué l’intelligence artificielle comme levier de transformation. Concrètement, comment l’IA sert-elle aujourd’hui Carte et ses clients ?
L’IA n’est pas une révolution en soi, c’est une technologie. Et comme toute technologie, sa valeur se mesure à l’usage qu’on en fait.
En interne, elle sert d’abord à fluidifier. Automatiser les tâches répétitives, optimiser les processus, libérer les collaborateurs des contraintes manuelles, autant de gains qui se traduisent directement par plus de confort pour les équipes et plus de rapidité pour les clients.
L’IA est aussi un accélérateur de décision. Elle permet d’aller plus vite, de réagir plus vite et d’innover plus vite. Demain, c’est une communication radicalement plus fluide qui se dessine avec les clients, les partenaires et l’ensemble des intervenants de l’écosystème.
Chez Carte, l’intelligence artificielle n’est donc pas une fin en soi, elle est un levier. Celui d’une entreprise qui veut toujours aller plus loin, plus vite et mieux servir.
Quelle place la responsabilité sociétale occupe-t-elle aujourd’hui dans la stratégie de Carte ?
Chez Carte, la responsabilité sociétale n’est pas une case à cocher. C’est une mentalité, une valeur chevillée au corps de l’entreprise depuis ses origines. Bien avant que la réglementation ne l’y invite, le groupe s’est engagé sur le terrain social discrètement. Non par modestie calculée, mais par conviction profonde : on agit parce qu’on y croit, pas pour en faire la publicité.
La Tunisie a beaucoup donné à Carte. Et Carte entend le lui rendre. Formation, éducation, sport, santé, art, culture sont autant de domaines où le groupe investit, à différentes échelles, avec une ambition claire : accompagner le développement du pays à son niveau.
Si la nouvelle réglementation oblige aujourd’hui les entreprises à communiquer davantage sur leurs actions RSE, Carte y voit une bonne nouvelle. Non pas pour se mettre en avant, mais parce que cela permet enfin de mettre en lumière un travail de fond, mené dans l’ombre depuis des années.
Et ce n’est qu’un début. Dans les mois et les années à venir, les engagements du groupe sur ce terrain sont appelés à se renforcer encore. Carte veut être bien plus qu’un acteur économique, une entreprise qui compte, au sens le plus humain du terme.
Carte souffle aujourd’hui ses 50 bougies. Quels sont les moments qui ont le plus marqué cette belle aventure ?
Cinquante ans. C’est à la fois un aboutissement et un point de départ. Pour Carte, cet anniversaire n’est pas une célébration nostalgique. C’est plutôt un socle, une rampe de lancement vers les décennies à venir.
L’histoire commence en 1976, dans la discrétion. Carte était alors la plus petite compagnie du marché tunisien de l’assurance. Aujourd’hui, elle en est la cinquième. Un demi-siècle de progression méthodique, de paris audacieux et de transformations profondes.
Le groupe a su, au fil des années, se réinventer et se diversifier. La création de Carte Vie, filiale dédiée à l’assurance vie, a marqué un tournant décisif, affirmant le leadership du groupe sur le segment de la bancassurance. Puis est venu le temps des grandes conquêtes : l’acquisition d’Askia Assurances au Sénégal en 2016, premier pas vers l’Afrique, suivie en 2021 du rachat d’actions de l’UBCI, banque française implantée en Tunisie. Autant d’opérations qui témoignent d’une ambition assumée : contribuer à la tunisification de l’économie nationale.
Mais la fierté de Carte ne se mesure pas qu’en chiffres ou en acquisitions. Elle se loge aussi dans les choix de rupture comme celui d’investir tôt et massivement dans les startups, convaincus que les jeunes entrepreneurs d’aujourd’hui sont les enseignants technologiques de demain.
Et puis, il y a ce qui ne fait pas la une, mais qui fait l’âme de l’entreprise : chaque nouveau collaborateur qui pousse la porte de Carte. Pour le groupe, chaque recrutement est un fait majeur. Une conviction qui en dit long sur ce qui, au fond, a fait la force de Carte pendant cinquante ans.
Carte a connu une expérience boursière avant de s’en retirer. Un retour à la cote est-il envisageable ?
Un retour à la cote ? La réflexion est en cours, mais aucun projet officiel n’est sur la table pour l’instant.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que Carte entretient avec la bourse une histoire singulière. En 1994, le groupe écrivait une première page historique en devenant la toute première compagnie d’assurance tunisienne à s’introduire en bourse. L’engouement était tel que les investisseurs faisaient la queue devant les locaux de Carte pour s’inscrire à l’opération. Un succès populaire, presque symbolique.
Puis le groupe a fait le choix de se retirer, pour des raisons stratégiques.
Propos recueillis par Khadija Taboubi