OCI à Bagdad : Nafti plaide pour une solidarité islamique « à impact tangible » 

Devant la 52ᵉ session du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Organisation de la coopération islamique, réunie à Bagdad les 17 et 18 octobre 2026, le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti a souligné l’importance de cette session dans une conjoncture internationale et régionale d’une extrême complexité, marquée par l’aggravation des crises, la multiplication des conflits et des défis économiques, sociaux et environnementaux, qui exigent davantage de dialogue, de concertation et d’action collective.

Nafti a relevé la concomitance entre la présidence tunisienne de la 166ᵉ session du Conseil de la Ligue des États arabes et la présidence irakienne de la session de l’OCI, y voyant l’occasion d’approfondir la coordination entre les espaces arabe et islamique face aux défis communs : la cause palestinienne, la sécurité et la stabilité, et le développement. Pour lui, la solidarité arabe et islamique est un capital stratégique, à condition de traduire les positions communes en politiques et projets concrets, à impact tangible. Il a mis en avant le thème de la session, « Le dialogue et la solidarité, deux piliers fondamentaux pour le renforcement de la paix et du développement durable », et rappelé la conférence internationale accueillie par la Tunisie en novembre 2025, avec l’ICESCO et l’Alliance des civilisations des Nations unies, consacrée au dialogue entre les civilisations et à la diplomatie préventive. Il a appelé l’OCI à jouer un rôle plus actif dans la prévention et le règlement des conflits, dans le respect du droit international, de la Charte de l’ONU et de la souveraineté des États.

Sur la question palestinienne, le ministre a réitéré la position constante de la Tunisie aux côtés du peuple palestinien dans sa lutte pour ses droits nationaux inaliénables, dont un État indépendant et pleinement souverain avec Al-Qods Al-Charif pour capitale. Une paix juste et durable suppose, selon lui, la fin de l’occupation, du siège, des déplacements forcés et de la colonisation, ainsi que le rejet du fait accompli et de toute modification du statut historique et démographique des villes palestiniennes, notamment Al-Qods. Il a appelé à renforcer la coordination entre l’OCI et l’ONU pour protéger les civils et acheminer l’aide humanitaire, et à préserver le mandat de l’UNRWA jusqu’à une solution juste à la question des réfugiés.

Au plan régional, il a exprimé la préoccupation de la Tunisie face aux évolutions rapides au Moyen-Orient, appelé à la sagesse, au dialogue et aux négociations, et réaffirmé l’attachement du pays à la liberté de navigation et à la sécurité maritime, au nom de la sécurité énergétique mondiale. Il a condamné les attaques répétées contre des installations et infrastructures civiles en Arabie saoudite et exprimé la pleine solidarité de la Tunisie avec le Royaume.

Il a ensuite passé en revue plusieurs dossiers : en Libye, soutien à une solution politique consensuelle sous l’égide de l’ONU, préservant l’unité et la souveraineté du pays ; au Soudan, espoir d’une fin du conflit et d’une reconstruction ; au Yémen, aspiration à un règlement global préservant l’unité du pays ; au Liban, rejet de l’agression sioniste et appel au Conseil de sécurité pour le retrait de l’ensemble du territoire libanais ; en Syrie, attachement à l’unité et à la souveraineté du pays et condamnation des attaques sionistes. Il a enfin mis en garde contre la reconnaissance du « Somaliland », jugée dangereuse pour l’unité de la Somalie et dépourvue d’effet juridique.

Sur le volet économique, Nafti a estimé que la solidarité islamique ne doit pas se limiter à gérer les crises, mais bâtir l’avenir des peuples en s’appuyant sur les ressources du monde islamique. Il a placé le développement inclusif en tête des priorités : lutte contre la pauvreté et le chômage, sécurités alimentaire, hydrique, énergétique et pharmaceutique, protection de l’environnement, action climatique et autonomisation des jeunes et des femmes, en particulier dans les régions vulnérables. Il a plaidé pour un commerce et des investissements intra-islamiques accrus, des programmes conjoints de formation, d’entrepreneuriat et d’économie sociale et solidaire, un meilleur financement des PME et un rapprochement entre universités et centres de recherche. Il a souhaité que la résolution sur le commerce, l’investissement, le tourisme, les transports et les communications débouche sur des mécanismes opérationnels, et invité à préparer la réunion constitutive de l’Assemblée générale du Conseil islamique de l’aviation civile, dont la Tunisie abritera le siège.

Il a aussi demandé une évaluation objective des mécanismes de travail de l’Organisation et un élargissement de la coopération dans la technologie, l’innovation, l’économie numérique et l’intelligence artificielle, avec renforcement des capacités, accès au financement, transfert de technologie et usage juste et responsable de l’IA, attentif aux risques pour la pensée humaine.

Le ministre des Affaires étrangères a réitéré l’engagement de la Tunisie à poursuivre son action avec ses partenaires de l’OCI et des autres organisations, sur la base du respect de la souveraineté, de l’égalité souveraine et du respect mutuel.

Related posts

Sur le chemin de l’école, la mort : Islem, victime d’un bus qui n’aurait jamais dû rouler

Route de la Soie : la Cité de la culture Chedly Klibi et les Journées musicales de Carthage officiellement admises

« Bakma », le film d’Abdelhamid Bouchnak : face à l’inhumain