La décision du ministère de la Santé de réserver la prescription du sémaglutide (Ozempic®) à un nombre limité de spécialistes (NDLR: endocrinologues, internistes, cardiologues, néphrologues et spécialistes en nutrition) continue d’alimenter la controverse dans le milieu médical tunisien. Officiellement présentée comme une mesure visant à mieux encadrer l’utilisation du traitement, elle est vécue par de nombreux médecins comme une mise à l’écart injustifiée du généraliste, pourtant en première ligne dans le suivi des personnes diabétiques.
S’exprimant au micro de Réalités Online, Dr Habib Jerbi, président de la Société Tunisienne de médecine générale et de médecine de famille (STMGF), a défendu le rôle central du médecin généraliste dans le parcours de soins. « Nous assurons le dépistage, le diagnostic, le suivi et l’ajustement des traitements », rappelle-t-il, estimant que la question ne devrait pas être “qui prescrit ?”, mais plutôt “comment prescrit-on ?”.
Pour lui, un généraliste correctement formé est tout à fait en mesure de prescrire ce type de traitement. Dans un pays où les spécialistes font défaut dans plusieurs régions, cette restriction risque surtout de compliquer davantage l’accès aux soins. Il plaide ainsi pour un encadrement plus rigoureux des prescriptions, avec des critères clairs, un meilleur suivi et davantage de traçabilité, en impliquant également les pharmaciens.
Par ailleurs, Dr Jerbi a rappelé que le sémaglutide n’est pas une nouveauté en Tunisie. Cette molécule appartient à une famille de traitements déjà connue et utilisée. Quant aux polémiques autour de son usage dans la perte de poids, il estime qu’il est réducteur de limiter le débat à cette seule dimension.
Le président de la STMGF va plus loin et qualifie cette décision d’« aberration ». Selon lui, exclure les médecins généralistes ne répond ni aux enjeux de sécurité ni aux problèmes de contrôle des prescriptions. Il souligne d’ailleurs que dans plusieurs pays européens, ce traitement peut être prescrit par différents praticiens, à condition d’être bien formés et encadrés.
Il appelle enfin les autorités sanitaires à revoir rapidement cette mesure, insistant sur le fait que l’enjeu principal reste la qualité de la prise en charge et l’accès des patientes et patients aux traitements.
Un cadre réglementaire déjà très strict
Il convient de rappeler que l’Ozempic® (sémaglutide) est officiellement disponible en Tunisie depuis ce mois de mai 2026. Ce traitement, présenté sous forme de stylo injecteur à administration hebdomadaire, est destiné aux adultes atteints de diabète de type 2. Son introduction sur le marché s’accompagne d’un encadrement strict des conditions d’utilisation : la prescription est limitée aux cas de diabète insuffisamment contrôlé et réservée à certaines spécialités médicales, notamment l’endocrinologie, la médecine interne, la cardiologie, la néphrologie et la nutrition. Le prix est estimé à environ 355 dinars pour une boîte couvrant un mois de traitement (quatre injections hebdomadaires). À ce jour, le médicament n’est pas pris en charge par la CNAM.
Notons également que dans un communiqué publié en décembre 2025, l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANMPS) a encadré de manière stricte les modalités de mise à disposition et de prescription du sémaglutide (Ozempic®) en Tunisie. Le document insiste sur la nécessité de garantir un usage rationnel et sécurisé du médicament, de prévenir tout détournement d’usage et de protéger les patients diabétiques. La prescription est ainsi réservée exclusivement à cinq spécialités médicales — endocrinologie, médecine interne, cardiologie, néphrologie et nutrition — et strictement limitée au traitement du diabète de type 2 conformément à l’autorisation de mise sur le marché (AMM). Toute utilisation hors AMM, notamment à des fins de perte de poids ou chez des patients non diabétiques, est formellement interdite.
Toute prescription hors AMM, notamment à des fins de perte de poids, de prise en charge de l’obésité ou chez des patients non diabétiques, est strictement interdite.
Le communiqué rappelle également que les pharmaciens doivent vérifier la conformité des ordonnances et respecter une durée de traitement n’excédant pas six mois, tandis que le médicament est placé sous pharmacovigilance renforcée, imposant la déclaration obligatoire de tout effet indésirable auprès du Centre national de pharmacovigilance.
À titre de comparaison, en France, l’Ozempic® (sémaglutide) est un médicament de Liste I, délivré uniquement sur ordonnance et indiqué dans le traitement du diabète de type 2. Bien que sa prescription puisse être assurée aussi bien par un médecin généraliste que par un spécialiste, notamment un endocrinologue, elle est strictement encadrée et conditionnée au respect des indications médicales. En effet, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a renforcé les contrôles afin de limiter les usages détournés, notamment pour la perte de poids chez des personnes non diabétiques.
L’usage hors autorisation de mise sur le marché (AMM), en particulier à des fins amaigrissantes sans indication médicale, est considéré comme un détournement et fait l’objet d’une vigilance accrue des autorités sanitaires.
Hajer Ben Hassen
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