Reprise du dialogue franco-algérien : l’ambassadeur français à Alger signe « son grand retour »

À l’occasion des commémorations des massacres de Sétif du 8 mai 1945, Emmanuel Macron cherche à relancer le dialogue avec l’Algérie après plus d’un an de tensions diplomatiques.

L’Élysée a décidé le retour à Alger de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, afin qu’il reprenne ses activités dans le pays et « restaure un dialogue efficace ». Il avait été rappelé à Paris en avril 2025 dans un contexte de crise diplomatique.

Dans cette dynamique, la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, est attendue aujourd’hui en Algérie à la demande d’Emmanuel Macron pour participer aux commémorations des événements tragiques du 8 mai 1945. Cette date renvoie aux massacres perpétrés par l’armée française lors de la répression des manifestations en faveur de l’indépendance.

81 ans auparavant, alors que la France célébrait la capitulation de l’Allemagne nazie, des manifestations indépendantistes ont eu lieu à Sétif, Guelma et Kherrata. Pour la première fois, le drapeau algérien vert et blanc apparaît aux côtés du drapeau français. À Sétif, un jeune manifestant, Bouzid Saâl, est abattu par la police après avoir refusé de baisser l’emblème algérien. Sa mort déclenche des émeutes auxquelles les autorités françaises répondent par une répression massive. Le bilan humain est estimé à 45 000 morts par les autorités algériennes, tandis que les manuels scolaires français évoquent entre 15 000 et 20 000 victimes. Environ 4 000 personnes sont arrêtées et 99 condamnées à mort.

L’Élysée a choisi cette commémoration pour adresser un message d’apaisement à Alger. La présidence française a déclaré : « C’est la vérité de notre histoire et c’est l’honneur de la France de la regarder en face. La lucidité avec laquelle la France regarde l’histoire doit aujourd’hui permettre de nouer des relations confiantes et prometteuses pour l’avenir, dans l’intérêt des peuples français et algérien. »

La ministre Alice Rufo doit être reçue par les autorités algériennes afin d’évoquer « les prochaines étapes de la consolidation des relations bilatérales », selon l’Élysée.

L’ambassadeur en Algérie aura également « une attention prioritaire au retour en France de Christophe Gleizes », a indiqué la présidence française. Le journaliste sportif français de 37 ans, condamné à sept ans de prison en Algérie pour « apologie du terrorisme », est détenu depuis près d’un an. Il avait été arrêté en Kabylie alors qu’il réalisait un reportage sur le club de football de la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK). Il est accusé par la justice algérienne d’avoir entretenu des contacts avec des personnes liées au MAK, le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, classé organisation terroriste par Alger.

Après avoir fait appel en décembre 2025, il a finalement renoncé à un pourvoi en cassation. Mi-décembre, sa mère avait adressé une demande officielle au président algérien Abdelmadjid Tebboune. Plusieurs organisations de défense de la presse et soutiens du journaliste continuent également d’appeler à sa libération.

Sa condamnation intervient dans un contexte de tensions diplomatiques entre Paris et Alger, marqué notamment par le rappel des ambassadeurs des deux pays et des expulsions croisées de diplomates. Les relations bilatérales semblent toutefois connaître un début d’apaisement depuis la grâce présidentielle et la libération par l’Algérie de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal en novembre 2025. L’auteur avait été emprisonné après ses propos tenus dans la revue Frontières en octobre 2024 concernant l’appartenance de l’Ouest algérien au Maroc.

Photo d’illustration : publication du 20 juillet 2023 sur X de Stéphane Romatet.

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