La Banque mondiale a approuvé un financement additionnel de 90 millions de dollars destiné à la Tunisie afin de renforcer le système de protection sociale et d’étendre le soutien aux familles les plus vulnérables. Cette décision, annoncée par l’institution financière elle-même, concerne le projet rebaptisé « Projet de soutien à la promotion du développement social de la Tunisie ». Ce nouveau montant s’inscrit dans la continuité d’un programme déjà financé à hauteur de 700 millions de dollars au cours des cinq dernières années.
Durant cette période, les fonds mobilisés ont permis de fournir des transferts monétaires d’urgence à plus de 895 000 familles. Par ailleurs, le programme public Amen a étendu ses transferts permanents à plus de 386 000 ménages bénéficiaires. En sus, des allocations familiales ont été versées à plus de 150 000 enfants âgés de 0 à 5 ans.
La nouvelle tranche de financement, d’un montant de 90 millions de dollars, vise à étendre les prestations familiales à environ 450 000 enfants et jeunes âgés de 6 à 18 ans issus de familles pauvres ou à faibles revenus. L’objectif affiché est de réduire les obstacles économiques à l’éducation et de lutter contre le décrochage scolaire. D’autre part, le projet prévoit un soutien à la création d’un fonds national pour les personnes handicapées, destiné à simplifier l’accès aux services et à instaurer des transferts spécifiques pour cette catégorie de la population.
À cela s’ajoute une accélération de la numérisation du système de protection sociale tunisien. Cette transformation repose sur la mise en place d’un registre intégré des bénéficiaires ainsi que sur une utilisation plus large des outils de paiement numérique. En complément, des initiatives pilotes d’inclusion économique sont envisagées, ciblant à la fois le travail indépendant et l’emploi salarié, afin de mieux articuler l’aide sociale et les opportunités d’emploi.
Cette initiative intervient dans un contexte économique marqué par une reprise modérée. Selon les données disponibles, après une croissance de 0,2 % en 2023, le produit intérieur brut a progressé de 1,6 % en 2024 puis de 2,5 % en 2025. Par conséquent, la marge de manœuvre budgétaire reste limitée. Qui plus est, le taux de chômage s’élevait à 15 % à la fin de l’année dernière, tandis que la dette publique demeurait à un niveau élevé de 84,5 % du PIB en 2024, ce qui rend la viabilité des dépenses sociales particulièrement délicate.
Le nouveau prêt met en lumière une double priorité. D’une part, il s’agit de soutenir la résilience des familles les plus vulnérables, notamment celles ayant des enfants d’âge scolaire. D’autre part, l’objectif est d’accompagner la Tunisie vers un système de protection sociale plus intégré, numérisé et sélectif. Ce projet sera prolongé jusqu’au 31 mars 2030 et couvrira l’ensemble du territoire, soit les 24 gouvernorats.
Dans un contexte de faible croissance, de disparités territoriales persistantes et de marges budgétaires restreintes, le soutien aux groupes de revenus les plus vulnérables constitue l’un des rares outils disponibles pour atténuer les effets sociaux de la stagnation. Son efficacité dépendra toutefois de la capacité du gouvernement tunisien à transformer cette aide en un levier d’inclusion sans aggraver les déséquilibres des finances publiques.