À l’occasion de leur départ pour le Mexique pour disputer la Coupe du monde 2026, les joueurs de la sélection tunisienne de football ont dévoilé leur nouvelle tenue officielle. Conçu par la marque Mazzaro Milano, cet ensemble se détache des standards des précédentes éditions en intégrant plusieurs références explicites à l’artisanat et à l’identité vestimentaire tunisienne. Ce choix suscite de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, où les internautes saluent majoritairement une initiative plus ancrée dans le patrimoine national.
Une réinterprétation des codes traditionnels par une enseigne locale
Derrière la consonance italienne de la marque Mazzaro Milano se cache une entreprise 100 % tunisienne, retenue comme habilleur officiel pour cette campagne internationale. Pour ce Mondial, on a réellement l’impression que le designer a choisi d’exploiter la visibilité médiatique de l’équipe pour en faire un vecteur de diplomatie culturelle.
Cette réinterprétation s’appuie d’abord sur des pièces maîtresses de l’identité vestimentaire locale, à commencer par la chéchia. Ce couvre-chef national en laine feutrée rouge remplace les codes habituels de la coiffure occidentale, imposant une signature visuelle immédiate dès le premier regard. Dans la même logique, l’ensemble délaisse les lainages classiques pour un tissu directement inspiré du dengri, le bleu de travail historique tunisien. La veste et le pantalon en reprennent la texture caractéristique et la nuance bleu-azur, ici réadaptées dans une coupe moderne et ajustée.
Le soin apporté aux détails se prolonge sur la chemise blanche, qui abandonne le col rabattu traditionnel au profit d’un col officier, évocation épurée de l’ouverture de la jebba tunisienne. Sur le torse, le mot « تونس » (Tunisie) est discrètement intégré via une fine broderie en calligraphie arabe. Enfin, l’ensemble est complété par une pochette glissée dans la poche poitrine : un carré de tissu fleuri reprenant les motifs des foulards traditionnels des régions, pensé comme un hommage au travail des artisanes et à la femme tunisienne.
De l’uniforme anonyme à l’affirmation culturelle
Cette orientation esthétique marque une rupture avec la stratégie de communication vestimentaire adoptée par la Fédération tunisienne de football (FTF) au cours du dernier cycle de compétitions internationales. Jusqu’ici, la sélection oscillait entre un conformisme institutionnel très strict et une modernité décontractée mais standardisée, sans jamais véritablement exploiter le vêtement comme un support d’identité culturelle.
Lors de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2019 en Égypte, puis de la Coupe du monde 2022 au Qatar, la ligne directrice reposait sur un classicisme rigide. La délégation se présentait dans des costumes sombres, noirs ou bleu marine très denses, associés à une cravate rouge et une chemise blanche réglementaires. Si ce choix garantissait une allure formelle et la discipline visuelle propre aux représentations officielles, il manquait de singularité. Sur les clichés d’avant-compétition, la tenue s’apparentait à un uniforme globalisé et neutre, interchangeable avec celui de n’importe quelle autre nation ou délégation d’affaires.
Le premier pas vers un assouplissement des codes a eu lieu lors de la CAN 2025 au Maroc. Les joueurs arboraient alors un ensemble bleu ciel plus léger, troquant la cravate pour un t-shirt blanc épuré et des baskets blanches. Cette option s’inscrivait dans la tendance contemporaine du sportswear chic, cherchant à projeter l’image d’une équipe jeune et dynamique. Pourtant, malgré son efficacité visuelle, cette tenue laissait encore de côté l’ancrage territorial, s’alignant sur des codes de mode internationaux sans marqueur spécifique.
La proposition de 2026 pour le Mexique vient combler ce vide en opérant une synthèse entre la rigueur de la coupe et l’affirmation identitaire. En réintroduisant des éléments textiles populaires et historiques, la FTF répond à une attente latente du public et des observateurs des médias. La tenue officielle n’est plus seulement perçue comme une obligation protocolaire de voyage, mais comme un outil de communication à part entière, estimant qu’une phase finale de Coupe du monde est l’occasion idéale pour valoriser le savoir-faire local.