La décision de la Société nationale des chemins de fer tunisiens (SNCFT) de refuser le renouvellement des abonnements (mensuels) sur la ligne Tunis-Sousse marque un tournant critique dans la gestion des transports publics. Confirmée ce lundi 31 août par le député de Sousse Youssef Toumi, particulièrement au fait de cette crise, cette mesure révèle l’ampleur des difficultés structurelles auxquelles fait face la compagnie nationale.

En réalité, la crise couve depuis un mois déjà. Sans communication transparente ni publication de note officielle, la direction a discrètement donné pour instruction aux guichetiers des gares concernées de rejeter toutes les demandes de renouvellement. Cet aveu d’impuissance découle directement de la vétusté avancée du parc roulant. Incapable d’assurer la maintenance de ses rames et confrontée à des pannes récurrentes, la SNCFT s’apprête à supprimer plusieurs liaisons et préfère rompre ses engagements contractuels plutôt que de subir les contestations d’usagers exaspérés par les annulations répétées.
Ce recul sur les abonnements s’inscrit d’ailleurs dans une détérioration progressive des avantages accordés aux usagers. Il y a quelque temps déjà, la compagnie avait entamé cette politique de restriction en supprimant le ticket aller-retour, une option qui permettait pourtant aux clients de réaliser une économie appréciable sur leurs trajets.
Contactés par Réalités, plusieurs abonnés ont exprimé leur vive gronde face à cette succession de décisions pénalisantes. Déterminés à ne pas subir cette injustice de plein fouet, ils ont affirmé leur décision irrévocable de militer par tous les moyens légaux et militants possibles pour récupérer ce droit fondamental, garanti aussi bien par la loi que par la Constitution : le droit à un transport public accessible et digne. Une pétition est d’ailleurs en cours de signature afin d’être adressée directement aux services compétents, notamment au ministère du Transport, à la Présidence du Gouvernement et à la Présidence de la République.
Pourtant, les répercussions sociales de cette nouvelle décision unilatérale sont considérables. Des dizaines de travailleurs résidant à Sousse ou à Nabeul et même à Monastir et Mahdia, font quotidiennement la navette vers la capitale pour exercer leur activité professionnelle. Pour ces navetteurs, l’abonnement ferroviaire représentait le dernier moyen financier et logistique viable de maintenir cet équilibre. Privés de ce titre de transport abordable après avoir déjà perdu la réduction de l’aller-retour, ils se trouvent aujourd’hui contraints de supporter le coût prohibitif des transports privatifs ou d’acheter des billets simples au tarif fort. Ces surcoûts et les retards répétés mettent ainsi directement en péril la pérennité de leur emploi.
Cette situation illustre le décalage entre la gestion d’urgence d’une entreprise publique et les besoins vitaux des citoyens. Au lieu d’opter pour cette solution de facilité au détriment direct des intérêts des usagers, la SNCFT doit impérativement chercher des alternatives concrètes. La priorité absolue de la compagnie devrait être le renouvellement et la modernisation urgente de sa flotte par l’achat de nouvelles rames adaptées. En attendant la concrétisation de ces investissements stratégiques, des solutions provisoires auraient dû être déployées, comme la mise en place de bus de substitution aux mêmes tarifs pour les abonnés. En faisant porter le poids de son imprévoyance sur les épaules des travailleurs, la compagnie manque à sa mission fondamentale de service public.