Ce lundi 3 août marque l’anniversaire de la naissance de Habib Bourguiba, figure fondatrice de la Tunisie moderne, né officiellement en 1903 à Monastir. A l’occasion de cet anniversaire, il paraît utile de revenir sur les valeurs et l’œuvre de celui qui est considéré comme le bâtisseur de la Tunisie moderne, telles qu’elles sont explorées dans un ouvrage de référence publié par l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts, Beït al-Hikma.
Intitulé “Habib Bourguiba : le fondateur”, ce livre vient enrichir le paysage éditorial et historiographique national. Il se présente comme un recueil de contributions rédigées par d’éminents chercheurs et chercheuses issus de sensibilités politiques et de disciplines variées, offrant ainsi une lecture plurielle et documentée du parcours et de l’héritage du premier président tunisien, de son rôle dans la construction de l’État national et de ses choix en matière d’éducation, de statut de la femme ou de modernisation de la société tunisienne.

Loin de s’apparenter à une simple hagiographie, cette œuvre propose une plongée analytique et pluridisciplinaire dans les arcanes du pouvoir bourguibien. En effet, “Habib Bourguiba : le fondateur” ne se veut pas un ensemble de témoignages ou une exposition de conférences mais plutôt un document historique et commémoratif du parcours d’un homme hors pair. Un homme qui a su faire de son pays une exception dans le monde arabe. Bourguiba, le fondateur, est aussi un “réformateur” exceptionnel qui a réussi à métamorphoser la société tunisienne à travers des décisions et mesures révolutionnaires, notamment en matière d’égalité homme-femme, de santé, d’éducation, etc.
Ce livre, qui immortalise et approfondit les interventions enregistrées lors d’un colloque scientifique organisé les1er et 2 juin 2023 par Beït al-Hikma en collaboration avec l’Association des études bourguibiennes, revient sur la contribution de Bourguiba “à la fondation de l’Etat national tunisien et aux réalisations qui ont été accomplies par notre pays”. L’objectif étant, à travers cet ouvrage articulé sur cinq grands axes, “d’analyser les grands choix stratégiques et les décisions historiques qui ont marqué, voire scellé le destin de la Tunisie”. Les organisateurs de ce colloque, inscrit dans la commémoration du 120e anniversaire de Bourguiba et célébrant le jour du grand retour, à savoir le 1er juin 1955, se sont fixé comme objectif “d’honorer le fondateur de l’Etat national, de le sortir de l’oubli dans lequel il a été maintenu depuis des décennies et pour que ce soit la Tunisie, la terre où il est né et celle pour laquelle il a vécu, qui assume le devoir de mémoire”.
Comportant une vingtaine de contributions d’une grande rigueur scientifique, dont 3 en langue arabe, 15 en langue française, 2 en langue anglaise, cet ouvrage collectif coordonné par Mahmoud Ben Romdhane, Abdelhamid Hénia, Mohamed Kerrou et Ahmed Ounaïes, a mis la lumière sur plusieurs aspects de la personnalité de Habib Bourguiba, ainsi que sur son œuvre. Les interventions ont porté essentiellement sur le personnage de Bourguiba, ce “Méditerranéen authentique, un punico-latin, un homme d’Occident et d’Orient à la fois”, sur les différentes oppositions qu’a suscitées Bourguiba, sur sa politique étrangère, sa vision sur plusieurs causes, notamment la cause palestinienne ainsi que sur son œuvre.
“Bourguiba, le personnage”
La première section, intitulée “Bourguiba, le personnage”, rassemble les signatures d’Abdelaziz Kacem, Fethi Ben Slama, William Granara, Hassan Remaoun et James Miller, qui ont méticuleusement fouillé dans la personnalité du Combattant suprême afin de révéler plusieurs côtés cachés de la personnalité du bâtisseur de la nation. Pour l’universitaire et ancien DG de la RTT, Abdelaziz Kacem, “Bourguiba soutient la comparaison avec bien des bâtisseurs de l’antiquité ou de l’époque médiévale”, tels que Périclès, le stratège et homme d’Etat considéré comme le père de la démocratie athénienne, et al-Ma’mûn, le septième Calife de la dynastie des Abbassides qui a intégré la philosophie aristotélicienne dans la pensée arabo-musulmane. Dans cette perspective historique, Kacem est revenu sur les batailles menées par Bourguiba contre l’islamisme radical, la pauvreté ainsi que la “dégourbification des esprits”.
Pour sa part, Fethi Ben Slama, professeur de psychopathologie à l’université Paris-Diderot, est revenu sur les ressorts de la vie psychique de Bourguiba. Le psychanalyste franco-tunisien a considéré que l’ambition de Bourguiba “fut très grande pour lui-même et pour son pays”.
Pour comprendre la genèse de cette ambition, Ben Slama s’est référé à une interprétation s’appuyant sur “une hypothèse relative au lien entre l’ardeur de son dessein (Bourguiba) et la maladie dont il a souffert, notamment dans la dernière partie de sa vie, durant les années 1970.” Le psychanalyste est revenu sur l’avancement de la maladie psychique chez Bourguiba à travers plusieurs crises politiques telles que celles de 1969. “Pendant 17 ans, il (Bourguiba) a enduré de grandes souffrances psychiques et occasionné aussi des tourments pour son entourage, car s’occuper d’un maniaco-dépressif au caractère dur est très éprouvant”, a fait remarquer Ben Slama.
A travers son intervention, Ben Slama a voulu montrer que l’ambition de Bourguiba a pris “la forme d’un combat intérieur contre le sort d’un enfant mal venu au monde, qui parvient à devenir un héros sauveur de son peuple, puis finit par être rattrapé par le malheur de la maladie”. Il conclut par considérer que “Bourguiba est une figure tragique du destin humain passant de la gloire du héros à la descente aux enfers de la souffrance psychique”.
“Bourguiba et l’opposition”
Le deuxième volet est enrichi par les contributions de Salem Mansouri, Elyes Jouini, Sophie Bessis et Clément Henry Moore. Ce chapitre met l’accent sur le rapport de Bourguiba avec l’opposition mais également avec certaines figures politiques emblématiques telles que Ahmed Ben Salah avec qui il a tissé des liens exceptionnels. En effet, pour le chercheur en sciences sociales, Salem Mansouri, les deux hommes ont réussi ensemble, avec d’autres bien entendu, à mettre la Tunisie sur la meilleure orbite pour la réalisation du développement et du progrès. Mansouri est revenu dans son exposé sur les différentes étapes ayant réuni les deux hommes durant la lutte pour l’indépendance où Ben Salah était à la tête de la Centrale syndicale, à l’indépendance et où il a été nommé membre du gouvernement, notamment à la tête du ministère du Plan, créé au début de l’année 1961. Se référant à des témoignages de figures politiques très proches des deux hommes, à l’instar de Mohamed Sayah, alors ancien directeur du Parti socialiste destourien (PSD) et Bahi Ladgham, Premier ministre depuis novembre 1969, Chedly Klibi, ancien ministre de la Culture, Amor Chadli, l’un des plus anciens médecins de Bourguiba et Ahmed Mestiri, ancien membre du bureau politique du PSD, Mansouri a focalisé son intervention sur les zones de turbulences ayant marqué la relation des deux hommes, notamment avec l’avènement de la crise de 1969 marquée par l’échec de l’expérience du coopérativisme, déclencheur de l’animosité entre les deux hommes au point que Ahmed Ben Salah a été condamné à mort pour “haute trahison”.
De son côté, Elyès Jouini, universitaire et membre de l’Académie, est revenu sur la relation de Bourguiba avec Mohamed Salah Mzali, dernier Grand Vizir (1954) et représentant du Makhzen, avec lequel Bourguiba avait des liens familiaux étroits. Mais face aux impératifs de la construction étatique, Bourguiba, “ met en place une stratégie de rupture totale qui s’étale de 1954 à 1966. Cette stratégie est bien illustrée par sa relation avec Mohamed Salah Mzali”. Après avoir expliqué les liens familiaux de Bourguiba avec le Makhzen, ainsi que le grand respect que Bourguiba avait affiché à son égard, Jouini est revenu sur les circonstances de la tension entre Bourguiba et l’ancien premier ministre dont l’expérience a pris fin en juin 1954, deux jours après avoir été victime d’un attentat. “Mzali a représenté une tentative pour faire évoluer parallèlement la Tunisie et le Makhzen de manière à maintenir la prééminence du second dans la gouvernance de la première. Pour Bourguiba, il faut tordre le cou à l’idée même d’une telle possibilité”, a noté Jouini. Après quoi, “l’acharnement est alors total” contre le responsable d’un gouvernement “rangé définitivement du côté des anti-nationalistes”. L’adoption d’une loi sur les biens mal acquis appliquée sur les gouvernements de Baccouche et Mzali n’a pas été suffisante pour punir Mzali après avoir été acquitté. Une nouvelle loi a défini le crime et la peine d’indignité totale. Il a fallu attendre la loi d’amnistie du 24 mai 1966 pour que Mzali soit gracié et reçu par Bourguiba.

Au lendemain de l’accès à l’indépendance et de la proclamation de la République, Bourguiba entreprend de liquider l’ancienne structure beylicale, dont Mohamed Salah Mzali qui devient l’une des cibles majeures de cette politique d’épuration
Dans une posture d’historienne critique, Sophie Bessis a mis en lumière les impasses de la fondation de l’Etat tunisien moderne. Pour Bessis, “sa construction a été une œuvre inachevée et parfois dévoyée par lui-même”. Considérant Bourguiba comme “un héritier”, Bessis a estimé qu’il a “laissé à son pays un héritage ambivalent émaillé de contradictions et qui a accouché d’une modernité tronquée, porteuse à la fois d’ouvertures et de régressions, d’où la force et la fragilité de cet ouvrage”. Bessis considère que Bourguiba a entrepris une sécularisation mais sans laïcité. Mieux encore, l’affirmation de l’ancrage religieux du nouvel Etat tunisien a fait que la Tunisie est devenue en dix ans “un pays religieusement homogène avec le départ de la quasi-totalité de ses minorités ethniques et religieuses”. Pour l’auteure, “l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques est une vieille histoire dans la trajectoire bourguibienne”, tout en insistant sur le fait qu’“en matière de religion, Bourguiba a été plus proche qu’on ne le croit d’un Mustapha Kamel dont il s’est à plusieurs reprises démarqué, critiquant la radicalité de son laïcisme”.
Le deuxième aspect où la fondation de Bourguiba aurait eu des limites est lié, selon Bessis, à la question de la femme. En effet, en dépit d’une œuvre réformatrice révolutionnaire faisant de la législation tunisienne la plus avancée du monde arabe, “Bourguiba, qui s’est voulu l’artisan de l’émancipation des femmes, s’est plus d’une fois mué en prescripteur leur indiquant les nouvelles frontières du permis et de l’interdit”.
Le troisième point que Bessis a révélé dans sa lecture critique de la fondation bourguibienne concerne ce qu’elle a qualifié de “part sombre de Bourguiba”. Pour elle, il était “un autocrate assumé”. Et de poursuivre : “Dès l’indépendance, les rouages de l’autoritarisme et de l’arbitraire sont mis en place : Cour de sûreté de l’Etat, truquage systématique des élections, parti unique à partir de 1962, etc. Sophie Bessis conclut que la “singularité tunisienne que Bourguiba s’est attaché à fonder et qu’il a nommée tunisianité a été à géométrie variable”.

Pour les critiques féministes contemporains, le projet de la féminisation chez Bourguiba est resté inachevé, suspendu entre l’audace réformatrice et le conservatisme d’un pouvoir patriarcal autoritaire
Toujours dans cette perspective d’analyse politique, le professeur de sciences politiques à l’Université de Texas à Austin (USA), Clement Henry Moore, s’est penché sur la tentative d’institutionnalisation de la démocratie dans le pays, prenant pour point de repère le Congrès de Monastir I (11-15 octobre 1971) qualifié de “Congrès de la réflexion et du décollage”. Pour Clement Henry Moore, le contexte de démocratisation du processus politique au sein du régime et du parti a été marqué par trois crises majeures, à savoir la vie du parti qualifiée par l’enveloppement “par l’Etat qui est devenu en fait une monarchie présidentielle”, le pouvoir personnel de Bourguiba ainsi que les excès du socialisme destourien. La montée des libéraux avec à leur tête Ahmed Mestiri a donné un nouveau souffle démocratique. Après avoir quitté le gouvernement en signe de contestation contre “la mise en place des coopératives commerciales” et avant d’être exclu du parti à cause de son opposition à Ben Salah, Mestiri était persuadé, selon Clement Henry Moore, qu’“il fallait d’abord un changement total du système”. Convaincu par la position de Mestiri, Bourguiba, en période de soins à Paris, décide de “désigner une commission qui aura pour tâche de modifier la Constitution”. Une commission qui comporte déjà le nom de Mestiri, nommé plus tard ministre de l’Intérieur au gouvernement Ladgham. Mestiri, à la tête d’un groupe de libéraux tels que Béji Caïd Essebsi, Hassib Ben Ammar, Habib Boularès et Sadok Ben Jemaâ, appelle toujours à un processus démocratique interne au sein du parti. Ce rêve démocratique a fini par être avorté puisque Bourguiba a réussi finalement à reprendre son pouvoir et à accepter, à l’issue du Congrès de Monastir II, tenu en 1974, la présidence à vie.
La politique étrangère de Bourguiba
L’axe dédié à la politique étrangère de Bourguiba a permis à Ahmed Ounaïes, membre honorifique de Beit al-Hikma, de revenir sur les grandes lignes de la diplomatie tunisienne instaurée par le président Habib Bourguiba qui “prend la mesure du rapport des forces”. En effet, sa relation avec l’Occident n’est pas purement de circonstance, car elle “n’est pas tactique, elle est profonde” reposant sur “un projet de société et sur la culture de la liberté”. L’ouverture sur le Maghreb et l’union avec la Libye étaient dans le viseur de Bourguiba qui s’est ouvertement “opposé à l’arabisme du président Abdennasser et au baâthisme de Michel Aflak”.
S’agissant de la délicate question palestinienne, Bourguiba recommande, selon Ounaïes, une “politique qui confère aux droits nationaux du peuple palestinien la force de la légitimité internationale”. Grâce à une politique extérieure “libérale” basée sur la “politique des étapes”, la raison et les principes”, la Tunisie n’a jamais eu d’ennemi. Elle n’a jamais “déclaré la guerre ni tenté de renverser des régimes”. C’est précisément grâce à cette stature internationale et à cette diplomatie pacifique que la Tunisie a accueilli des sommités politiques mondiales telles que le président américain Eisenhower (1959), le Premier ministre chinois Zhou Enlai (1964), Alexeï Kossyguine, président du Conseil des ministres de l’URSS (1975) et Indira Gandhi, Première ministre de l’Inde (1984).
Revenant spécifiquement sur les rapports légendaires entre le Général de Gaulle et Habib Bourguiba, Bertrand Legendre, professeur associé à l’Université Panthéon-Assas Paris II, estime que les deux leaders “étaient faits du même alliage”. Mieux encore, pour lui, Bourguiba est “le de Gaulle tunisien. Ce sont tous les deux des fondateurs et des sauveteurs”. En dépit de “l’admiration, la reconnaissance et quelquefois la nostalgie”, qui caractérisaient l’intimité entre les deux chefs d’Etat, leurs rapports officiels étaient fréquemment conflictuels. A l’origine de cela, deux raisons majeures subsistent, selon le conférencier : la question coloniale, englobant la guerre d’Algérie et l’occupation de la base de Bizerte, et les facteurs personnels, attendu qu’ils ont pratiquement les mêmes caractères.

Les rapports entre Habib Bourguiba et le Général Charles de Gaulle relèvent d’une fascination mutuelle teintée d’une profonde rivalité stratégique
Dans son intervention Bertrand Legendre a relaté en détail les circonstances du conflit entre les deux hommes. L’histoire de leur relation a été jalonnée d’une série de malentendus. Toutefois, les deux leaders “appartiennent au même bloc, le bloc de l’Ouest… utilisent aussi la même grammaire avec une farouche volonté d’indépendance qu’ils perpétuent à coup d’éclat… usent de la même grammaire dans leurs relations internationales avec les autres pays… et parlent la même langue, la langue française”.
Bourguiba, l’homme et l’œuvre
Le dernier grand chapitre portant sur l’œuvre bourguibienne comporte des témoignages précieux sur plusieurs aspects fondamentaux de la modernité tunisienne. Pour la professeure de psychiatrie à la Faculté de médecine de Tunis, Saïda Douki Dedieu, en matière de féminisme, Bourguiba n’était pas seulement un fondateur mais aussi “un visionnaire et un précurseur de génie”. Saïda Douki Dedieu a mis en lumière le Code du statut personnel qui représente un élément crucial dans le vaste projet bourguibien de la modernisation de la société, basé sur la “destruction des fondements idéologiques de l’inégalité pour garantir la solidité et la pérennité de l’égalité”. Pour l’oratrice, Bourguiba a œuvré pour faire de la femme “un être humain à part entière, un humain complet et non un simple complément”. Mais l’œuvre bourguibienne est restée “inachevée quand il quitta le pouvoir et bien des discriminations ont persisté dont la plus emblématique concerne l’héritage”, regrette profondément Saïda Douki Dedieu.
Cette dialectique profonde entre le féminisme et l’islam a été au cœur des débats sur l’œuvre sociologique de Bourguiba. En effet, la professeure de droit, Kalthoum Meziou Douraï, a mis en question la volonté de Bourguiba de séparer la religion des textes régissant les lois. Pour elle, même dans le CSP, “la religion, l’islam, la charia ne sont jamais évoqués mais ils planent sur l’ensemble du texte”. Elle avance ce qui a été inscrit dans le livre “Le droit tunisien de la famille entre l’islam et la modernité” de Mohamed Charfi indiquant que le CSP est “un modèle d’adaptation du droit musulman aux réalités du moment, une heureuse conjonction entre l’héritage musulman et les impératifs de la modernité”. Pour elle, il est “certes délicat, voire impossible de cerner un personnage complexe comme Bourguiba et de se prononcer sur son rapport à la religion”. Plusieurs autres réformes législatives en faveur de la femme ont clairement montré que “le féminisme de Bourguiba n’est pas nécessairement limité aux règles religieuses”, il se traduit plutôt dans “les textes, modelés, façonnés par la perception qu’il a lui-même de l’opinion publique et du degré de réceptivité par le corps social du changement”. Bourguiba, homme politique de terrain et féministe convaincu, “a choisi de tenir compte du sentiment religieux des Tunisiens… Il a usé de tous les ressorts possibles pour améliorer le statut des femmes dans les limites qu’il s’était lui-même données”.
Analysant l’essence même de la pensée bourguibienne, le directeur de rédaction du journal Al-Maghreb, Zied Krichen, est revenu sur la structure idéologique bourguibienne avec beaucoup d’exhaustivité, notamment à travers l’examen des écrits et de ses discours élaborés durant toute sa carrière d’avocat et de président de la République. Pour Krichen, “Bourguiba n’est ni un théoricien ni un idéologue. Il n’a jamais écrit de texte théorique au sens propre du terme”. Il a estimé que les idées auxquelles Bourguiba croit “doivent être toujours au service de l’action : nationaliste d’abord, et réformiste ensuite”. La pensée bourguibienne est structurellement fondée sur “deux pôles fondamentaux toujours en tension dialectique : la nation et le progrès. La primauté allant d’abord à la nation, ensuite au progrès”, souligne Krichen. Pour argumenter cette théorie, il s’appuie sur des articles écrits par Bourguiba où il démontre de manière limpide que “la pensée de Bourguiba est plutôt une pensée postcoloniale que décoloniale. Bourguiba ne rejette pas l’universalité des valeurs prônées par les Lumières”. Pour Krichen, la “Nation chez Bourguiba, comme chez Renan, n’est pas la somme des intérêts individuels égoïstes, mais une âme et une force morale qui poussent les individus à se sacrifier pour le groupe”.
S’agissant du progrès considéré philosophiquement comme “le grand jihad”, Krichen a souligné que Bourguiba, qui voulait impérativement amener son peuple vers la voie du progrès et de la civilité des peuples avancés en civilisation, en ciblant notamment les nations de l’Occident, “avait une vision historiciste du progrès”. Cependant, le chemin vers cette émancipation a été semé d’embûches, à savoir “la réticence des Tunisiens à prendre des libertés avec la religion tant sur le plan dogmatique que dans la pratique des rituels”.
Zied Krichen a conclu que “Bourguiba admire le progrès et la civilisation des nations européennes, mais il est aussi un fervent nationaliste, croyant profondément en la personnalité tunisienne, sans jamais nier ses dimensions arabe, musulmane et africaine”.
Clôturant la série d’interventions, Mahmoud Ben Romdhane, alors président de Beït al-Hikma, est revenu sur la place exacte de la démocratie chez Bourguiba et sur la Révolution tunisienne, perçue comme un prolongement ou l’“aboutissement d’une longue œuvre modernisatrice”. Son analyse part d’une interrogation fondamentale : “sans Bourguiba et cette œuvre, la Tunisie aurait-elle pu connaître une révolution ouvrant la voie à la démocratie comme horizon de vie?” Pour répondre méthodiquement à cette problématique, Ben Romdhane articule sa réflexion autour de trois thèses fondamentales.
Premièrement : “Bourguiba a combiné la réalisation de ces deux processus (modernisation-individuation) d’une des manières les plus rapides et les plus hardies de l’histoire du XXe siècle et probablement dans l’histoire moderne.”
Deuxièmement : « Ce sont ces processus structurels profonds de modernisation qui ont rendu sociologiquement possible la révolution tunisienne comme transition démocratique, érigée en tant qu’horizon de vie ».
Troisièmement : “A notre insu, l’œuvre de Bourguiba se poursuit avec presque autant de force aujourd’hui que de son vivant et vient renforcer l’édifice de la révolution tunisienne même si, par ailleurs, une œuvre de destruction massive a été engagée et même si des vents contraires soufflent”.
Après une analyse sociologique approfondie de l’œuvre bourguibienne de modernisation et d’individuation, Ben Romdhane conclut que cette œuvre “marquante dans l’histoire, sous son temps de pleine conscience accomplie, est celle qui a rendu l’avènement d’une révolution démocratique possible”.
En abordant la trajectoire du Combattant suprême sous un angle critique et pluriel, les coordinateurs de ce volume ont veillé à respecter une stricte honnêteté intellectuelle. Cette œuvre, qui ne se veut en aucun cas “ni l’apologie de Bourguiba ni l’occultation de ses limites et de ses dérives”, se propose d’examiner le bourguibisme dans toute sa complexité, en mettant en lumière aussi bien les avancées sociétales majeures que les impasses démocratiques de l’État-parti. Par cette approche sans concession, le texte transcende le simple hommage commémoratif et reste une source bien riche pour les chercheurs et amateurs de l’histoire de la Tunisie contemporaine pour s’informer sur une personnalité ayant suscité l’intérêt des plus grands spécialistes mondiaux. Il constitue un miroir indispensable pour les jeunes générations désireuses de comprendre les racines historiques des tiraillements politiques et culturels qui traversent encore la société tunisienne contemporaine.
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*Prix de certaines voitures Volkswagen :
Golf 1 – 5 000 TND
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Golf 3 – 10 000 TND
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Jetta – 10 000 TND
Passat – 10 000 TND
Peugeot – de 20 000 à 100 000 TND
LEXUS ES300 – 20 000 TND
LEXUS ES330 – 30 000 TND
LEXUS ES350 : 80 000 TND
LEXUS RX300 : 25 000 TND
LEXUS RX330 : 50 000 TND
LEXUS RX350 : 80 000 TND
LEXUS RX400 : 55 000 TND
LEXUS GX460 : 100 000 TND
LEXUS GX470 : 100 000 TND
Mercedes-Benz Classe C : 30 000 TND
Mercedes-Benz Classe E : 40 000 TND
Mercedes-Benz Classe G : 35 000 TND Mercedes-Benz GLK : 100 000 TND Mercedes-Benz ML : 80 000 TND Mercedes-Benz Classe C : 30 000 TND Audi : de 10 000 TND à 100 000 TND
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Les acheteurs intéressés sont priés de contacter M. Gabriel Eshiemomoh au +2348067399090 pour plus d’informations. La distance n’est pas un obstacle.
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