Depuis le début du mois de septembre, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) semble vouloir peser sur la scène syndicale tout en réactivant son initiative de dialogue national déjà envisagée il y a quelques années puis renvoyée aux calendes grecques en l’absence de réaction des pouvoirs publics.
Côté syndical, malgré quelques remous internes, une ligne semble se dessiner en faveur de mobilisations à venir comme en témoignent les déclarations de plusieurs unions régionales du travail à travers le pays, notamment à Tunis et Sfax.
De même, plusieurs mouvements ont ponctué les dernières semaines avec, en particulier, une mobilisation nationale à l’initiative de la Fédération de l’électricité et du gaz après la mort d’un agent à Mateur. Par ailleurs, une grève de trois jours a mobilisé les agents et cadres de la Compagnie des phosphates de Gafsa du 1er au 3 septembre afin de revendiquer plus de sécurité et de meilleures conditions de travail.
Sur le plan de l’initiative d’un cadre commun de coordination entre plusieurs organisations nationales, les consultations se poursuivent avec l’Ordre national des avocats de Tunisie et la Ligue tunisienne des droits de l’homme qui ont rejoint ce projet de manière officielle alors que d’autres contacts sont actuellement en cours.
Que retenir de la Commission administrative nationale de l’UGTT ?
C’est dans ce contexte que la Commission administrative nationale de l’Union générale tunisienne du travail s’est réunie mercredi 9 septembre au siège de la Centrale syndicale à Tunis. Cette réunion était consacrée à l’examen de la situation syndicale ainsi qu’à plusieurs questions liées à la situation nationale. Elle intervient dans un contexte marqué par des tensions autour de l’exercice syndical et par la multiplication des revendications des structures régionales et sectorielles.
L’ordre du jour portait notamment sur l’évolution de la situation syndicale et sur plusieurs dossiers relevant de l’actualité nationale. À ce stade, aucune décision précise n’a été officiellement annoncée concernant d’éventuels mouvements sociaux.
Cette réunion constitue un rendez-vous important pour la direction syndicale, alors que plusieurs structures de l’UGTT ont récemment exprimé leurs préoccupations concernant les conditions de travail, les droits syndicaux et la situation sociale. La réunion intervient quelques jours après la prise de position de la Commission administrative régionale de Tunis, qui a appelé au dialogue et évoqué plusieurs dossiers concernant des syndicalistes licenciés ou faisant l’objet de procédures judiciaires. La Commission régionale a également insisté sur les questions liées au pouvoir d’achat, aux prix, à l’approvisionnement et au fonctionnement de certains services publics.
Le 4 septembre, cette instance régionale a également appelé à l’activation de la décision de grève générale, illustrant le niveau de tension atteint sur le front syndical. Le 9 septembre, les travaux de l’instance nationale ont permis à la Centrale syndicale de préciser de manière très relative ses prochaines orientations face à ces différents dossiers. L’enjeu aujourd’hui est de savoir si l’UGTT privilégiera la poursuite du dialogue et des négociations ou si elle décidera de renforcer la mobilisation syndicale.
Un discours et quelques pistes
Quelques pistes sont d’ores et déjà données lors de l’ouverture de cette réunion du 9 septembre par les déclarations du secrétaire général de l’UGTT, Slaheddine Selmi, qui a estimé que la situation en Tunisie était devenue « tendue », affirmant que « toutes les portes sont fermées ».
Le secrétaire général de l’UGTT a par ailleurs annoncé que les consultations avec les composantes de la société civile se poursuivraient afin de coordonner les positions. Il a également appelé à l’unité des organisations et associations indépendantes. Sur le plan syndical, Slaheddine Selmi a affirmé que « toutes les formes de lutte » étaient envisageables et que « toutes les options » restaient ouvertes. Parmi celles-ci figure une grève générale, pour laquelle il a appelé les structures syndicales à se préparer à travers des réunions aux niveaux régional, local et sectoriel.
Cette position intervient alors que l’UGTT avait déjà durci son discours au cours des dernières semaines. Le 27 août, Selmi avait indiqué que toutes les options seraient discutées lors de la Commission administrative nationale. L’éventualité d’une grève générale a également été évoquée avant la réunion du 9 septembre, puisque le congrès de Monastir avait adopté ce principe sans en préciser les modalités. À ce stade, il ne s’agit donc que d’une option mise sur la table par la direction de l’UGTT, avec un appel aux structures syndicales à se préparer à cette éventualité.
Une coordination en quête de dialogue
Sur un autre plan et parallèlement au travail syndical strictement dit, l’Union générale tunisienne du travail, l’Ordre national des avocats de Tunisie et la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) ont officiellement annoncé la création d’un cadre de coordination permanent et commun. Dans une déclaration conjointe publiée le 3 septembre 2026, les trois organisations appellent à un « dialogue sociétal » et précisent que cette structure sera ouverte aux forces démocratiques partageant leurs objectifs.
Cette annonce marque une nouvelle étape dans le rapprochement engagé depuis plusieurs mois entre les trois organisations nationales et se situe dans la continuité d’initiatives similaires antérieures. Ainsi, en novembre 2025, l’UGTT, l’ONAT et la LTDH avaient déjà engagé des concertations autour de la situation nationale et de la nécessité d’un dialogue. La déclaration du 3 septembre 2026 formalise désormais cette coopération à travers la mise en place d’un cadre commun permanent et revient sous une forme différente à un projet plus ancien initié sans concrétisation il y a quelques années. De même, la plateforme rassemblant les trois organisations semble constituer, dans une moindre mesure, un retour à l’esprit du Quartet récompensé par le prix Nobel de la paix.
Pour le moment, avec ce rapprochement, les trois organisations entendent dépasser le stade des consultations ponctuelles pour installer un mécanisme de coordination appelé à travailler sur les grandes questions nationales.
Dans leur déclaration conjointe, elles mettent en avant la nécessité d’un dialogue sociétal autour de la situation du pays tout en laissant le nouveau cadre commun ouvert à d’autres composantes de la société qui partagent les objectifs définis par les trois organisations signataires.
Les prochaines étapes concrètes de cette initiative devraient permettre de préciser la composition élargie du cadre, son mode de fonctionnement ainsi que les thèmes qui seront retenus dans le cadre du dialogue envisagé.
Diverses déclarations ont, depuis, apporté des précisions quant à ce mécanisme qui ne concernerait pas les partis politiques mais chercherait plutôt l’adhésion d’organisations de la société civile et de structures socio-professionnelles. Ainsi, l’élargissement éventuel de la plateforme concernerait principalement le champ associatif et professionnel. Enfin, pour le moment, les prochaines actions n’ont pas encore été arrêtées alors que les différentes modalités de travail de cette coordination restent encore floues. Seule évidence : la naissance de cette coordination intervient dans un contexte marqué par des appels répétés au dialogue autour des enjeux politiques, sociaux et économiques.
Difficultés à l’UGTT
Faisant face à de nombreuses difficultés d’ordre matériel, l’Union générale tunisienne du travail connaît actuellement des contestations émanant de certaines de ses unions régionales. Ainsi, l’Union régionale du travail de Gafsa a introduit une affaire en référé en vue de l’annulation des résultats du congrès régional. Le verdict est attendu le 24 septembre.
Par ailleurs, l’Union régionale du travail de Kasserine aurait récemment appelé à l’organisation d’un congrès régional après le gel de l’activité de certains de ses membres. Pour mémoire, l’UGTT passe par des difficultés de trésorerie à cause des nouvelles conditions de collecte des adhésions.
Timeline
– 3 septembre 2026 : création d’un cadre de coordination permanent entre l’Union générale tunisienne du travail, l’Ordre national des avocats de Tunisie et la Ligue tunisienne des droits de l’homme
– 4 septembre 2026 : réunion de la Commission administrative régionale de Tunis de l’UGTT
– 9 septembre 2026 : réunion de la Commission administrative nationale de l’UGTT