Sidi Bouzid : deux ouvrières agricoles meurent dans le renversement d’un camion, le drame des « ouvrières de l’ombre » se répète

Un nouveau drame est venu endeuiller la région de Sidi Bouzid. Deux ouvrières agricoles ont trouvé la mort et dix autres ont été blessées, dont certaines grièvement, dans un accident de la route survenu ce vendredi 12 juin dans la matinée entre les localités de Mazzouna et Regueb.

Selon les premiers éléments dont nous disposons, un camion transportant une vingtaine de travailleuses agricoles s’est renversé alors qu’il les conduisait vers leur lieu de travail. Le bilan est particulièrement lourd : deux décès ont été enregistrés sur place, tandis que plusieurs blessées ont été transférées vers les établissements hospitaliers de la région. Parmi elles figure une victime ayant subi une amputation au niveau de la main, alors que d’autres souffrent de fractures et de blessures de gravité variable.

L’accident ravive une fois de plus le débat sur les conditions de transport des ouvrières agricoles en Tunisie. Depuis des années, les mêmes scènes se répètent : des femmes entassées à l’arrière de camions ou de véhicules non adaptés, parcourant quotidiennement des dizaines de kilomètres dans des conditions précaires pour gagner leur vie. Le nombre d’ouvrières agricoles ayant perdu la vie ou ayant été grièvement blessées dans des accidents de la route similaires se compte par dizaines, voire par centaines, au cours des dernières années.

Sur les réseaux sociaux, la colère a rapidement succédé au choc. De nombreux habitants de la région ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une « fatalité fabriquée », estimant que les autorités n’ont toujours pas apporté de réponses concrètes à un problème pourtant connu de tous.

En effet, ces ouvrières agricoles n’empruntent pas ces moyens de transport dangereux par choix. L’absence d’alternatives sûres et le coût élevé des solutions de transport réglementaires les poussent à accepter des conditions mettant quotidiennement leur vie en danger. Plusieurs témoignages convergent vers le même constat : pour ces femmes, souvent issues de milieux modestes, chaque dinar économisé est essentiel à la survie du foyer.

D’autres voix ont exprimé leur indignation face à la répétition des accidents mortels dans la région, estimant que la sécurité routière, l’état des infrastructures et le manque d’investissements dans les zones de l’intérieur continuent d’exposer les habitants à des risques permanents. Plusieurs parmi les habitants de Mazzouna ont ainsi déploré un sentiment d’abandon et de marginalisation, soulignant que la mort semble devenir un compagnon quotidien des populations locales, que ce soit sur les routes, à travers les accidents ou en raison de l’insuffisance des équipements publics.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs publications ont rendu hommage à ces femmes décrites comme des « combattantes du quotidien », parties chercher leur subsistance au prix de sacrifices considérables. Des internautes ont évoqué le sort de ces travailleuses qui quittent leur domicile avant l’aube pour rejoindre les exploitations agricoles, affrontant chaque jour les dangers de la route pour assurer les besoins de leurs familles.

En attendant les conclusions de l’enquête ouverte pour déterminer les circonstances exactes de l’accident, la région de Mazzouna est plongée dans le deuil. Derrière les chiffres et les bilans, ce sont surtout des vies brisées, des familles endeuillées et une nouvelle alerte sur la situation des ouvrières agricoles qui résonnent aujourd’hui dans tout le pays.

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