Par notre partenaire presse UFFP UNITED FASHION FOR PEACE WEBZINE Fériel Berraies Guigny
À l’occasion de la parution, dans la collection « Contemporains », de « Je te revois, père » (130 pages, 21 euros), récit écrit par le poète Tahar Bekri, nous sommes allés à la rencontre du poète franco-tunisien pour parler de ce bel hommage rendu à son père défunt.
Un clin d’œil, voire un hommage émouvant au père disparu, et un dialogue entre père et fils, avec tous ses non-dits, ses blocages, ses frustrations et surtout cet amour bien souvent tu et refoulé (du vivant d’un père trop strict et austère).
Tout ce tourbillon de sentiments refait surface. En prenant de l’âge, Tahar Bekri est pris de ce besoin impérieux de mettre en mots certains maux : l’exil, l’absence, la carence affective de l’expatrié, le souvenir et la nostalgie de la terre perdue. La nostalgie de l’étreinte qui a cruellement manqué, la recherche de dialogue et de compréhension entre deux générations qui ne se rejoignent pas toujours.
Avec la distanciation nécessaire, Tahar Bekri confronte l’image du père, souvent sacralisé, pour lui dire à travers ses mots, ses vers, ce qu’il n’a pas pu dire de son vivant.
Un dialogue entre le père et le fils où les langues se délient.
Le recueil rassemble trois récits : « Ô Mère ! », « Conte de l’oiseau vert » et « Je te revois, père ».
« Après l’évocation douloureuse du décès de ma mère, alors que je n’avais que dix ans », nous confie-t-il, est venu le besoin de parler à son père, de lui dire une parole qui a manqué depuis son départ en exil, ne l’ayant plus revu jusqu’à sa mort.
Oui, un hommage, certes bouleversant, au disparu, et le besoin d’écrire le contraste, le non-dit, la douleur, la différence dans la conception du monde, un mélange intense de luttes intérieures et d’affections complexes, un va-et-vient entre la reconnaissance et le reproche, l’éducation sévère et l’exigence éthique et morale.
Pour Tahar Bekri, c’est comme si l’on essayait de rattraper la perte et l’oubli en brodant, par ses mots, un cri d’amour pour renouer le fil brisé par le temps.
Tahar Bekri règle ses « démons » et, en somme, nous offre une lettre d’amour sublime à lire, mais surtout un « coming out » qui tente d’apaiser la tristesse, d’offrir un dépassement de soi et de la vie pour comprendre les incompréhensions.
« C’est un livre qui m’est devenu nécessaire à écrire, comme un poids dont je devais m’alléger. Une parole libératrice », nous confie-t-il.
L’image du père qui hante
L’adulte en lui comprend mieux les choses. L’expérience de la vie rend les jugements plus souples, plus proches des vérités, et permet de mieux saisir les difficultés de l’autre, ainsi que ses propres difficultés. La charge du patriarche était lourde et sa vie bien difficile ; son combat quotidien était méritoire. Le jeune Tahar Bekri ne le saisissait pas aussi facilement. Aujourd’hui, si, mais il n’est plus là. « Entre nous deux, il y a toujours eu plus de silence que de parole, de la méfiance même. »
Dans ce texte en trois parties, le Tunisien Tahar Bekri revient notamment sur un père sévère qui aurait aimé faire des études agricoles (…). Étudiant talentueux, le futur poète lit Maspero, Fanon, Nazim Hikmet, Darwich. Il se mêle de politique à la faculté, écope d’un an de prison et doit s’exiler. Alors ce père, dont l’autorité déstabilisait son fils même à distance, le serra dans ses bras avant de lui dire : « Il vaut mieux quitter le pays, ici, ton avenir est bien compromis. »
Un écrit plein de sentiments et de poésie impérieuse
Entre écriture autobiographique, fiction et conte, le poète donne à lire des récits émouvants sur les rapports au père, à la mère trop tôt disparue, l’hommage à la palmeraie de l’enfance, Gabès. La mémoire intime s’écrit dans un contexte collectif, entre pays natal et exil. Un retour aux sources, à l’évocation testamentaire.
Voix intérieure, quête profonde de repères, résonance historique s’entremêlent dans une prose largement poétique où le poète met son cœur à nu.
Le livre, dont la couverture reproduit une calligraphie de Hassan Massoudy, est sorti en librairie le 1er février 2026.
Je te revois, père Tahar Bekri Edern editions 27 Janvier 2026
Résumé
Dans ce récit en trois parties, dédiées au père, à la palmeraie natale et à la mère trop tôt disparue, Tahar Bekri nous livre une bouleversante évocation de sa jeunesse dans le sud tunisien, avant son exil en Europe et à Paris. Devoir de mémoire, évocation testamentaire, c’est aussi un retour aux origines qu’amorce le poète de « Le Pays, la braise et la brûlure » dans ce récit plein de tendresse et d’émotion.
Tahar Bekri est un poète tunisien né à Gabès en 1951. Il écrit en arabe comme en français. Son œuvre est traduite dans plusieurs langues. Il a obtenu le Prix du rayonnement de la langue et de la littérature de l’Académie française en 2019. Il est maître de conférences honoraire de l’Université de Nanterre. « Je te revois, père » est son second livre publié chez Edern Éditions.