Technovation Smoke-Free by PMI 2026: l’Afrique du Nord face au défi de la réduction des risques

Alors que les professionnels de santé préconisent une mutation radicale vers la science en matière de lutte contre le tabagisme et privilégient donc les solutions innovantes les moins nocives à savoir les alternatives sans combustion, les défis sociétaux et réglementaires en Afrique du Nord prolongent relativement les délais d’adoption de ces technologies, maintenant ainsi une stabilité préoccupante du volume global de fumeurs de cigarettes conventionnelles. Tel est l’un des constats majeurs mis en lumière lors de l’édition 2026 du sommet « Technovation », organisée par Philip Morris International (PMI) mercredi 24 juin à Rabat, au Maroc.

Malgré des décennies de lutte contre le tabagisme, la planète compte toujours environ 1 milliard de fumeurs actifs, un volume global que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) voit stagner depuis une décennie. L’urgence est d’autant plus locale et structurelle que 80 % de ce milliard de consommateurs se concentrent désormais dans les pays émergents et les économies en développement. L’Afrique du Nord, et plus largement le continent africain, se situent aujourd’hui à la croisée des chemins en matière de politiques de santé publique. En effet, si les décideurs publics, les communautés scientifiques et les acteurs de la santé de la région reconnaissent de plus en plus le rôle de l’innovation dans la lutte contre ce fléau mondial, le déploiement opérationnel se heurte à une série de défis dont notamment des freins sociétaux et l’absence de cadres réglementaires adaptés, prolongeant le fossé entre la disponibilité de solutions scientifiques et l’accès effectif des consommateurs à des produits innovants à risque réduit.

Faisant appel à des exemples de l’histoire industrielle, Tommaso Di Giovanni, vice-president Communications and Engagement de PMI a évoqué une ressemblance entre la résistance actuelle face aux alternatives nicotiniques et l’introduction de la ceinture de sécurité en 1958. Bien que cette invention ait par la suite sauvé plus d’un million de vies selon les données statistiques américaines, sa mise en œuvre s’est heurtée à une opposition farouche centrée sur les libertés individuelles et la suspicion technique. Il aura fallu attendre près de 30 ans pour que des pays comme la Suisse (via un référendum en 1981) ou les États-Unis (1985) généralisent son usage. Selon le responsable, la transition vers le sans-fumée subit le même décalage temporel critique, alors même que les outils de réduction des méfaits sont scientifiquement validés. Ce décalage de tempo ne décourage pas pour autant PMI de continuer à investir lourdement dans sa vision.

16 milliards $ investis, 43 millions d’utilisateurs et 98 pays conquis par les alternatives sans combustion

Revenant sur la feuille de route financière et humaine de la transformation structurelle de PMI amorcée il y a près de vingt ans, Tommaso Di Giovanni a noté que la rupture historique s’est matérialisée en 2008 lors de la séparation d’Altria, engageant l’entité internationale vers le concept du « Beyond Cigarette » (Au-delà de la cigarette). Depuis cette date, le groupe a investi 16 milliards de dollars dans la recherche, le développement et la commercialisation de ses alternatives sans fumée.

L’effort de réallocation des ressources est particulièrement visible au niveau budgétaire : la recherche sur la cigarette traditionnelle ne capte plus désormais que 0,3 % de l’enveloppe de développement, tandis que 99,7 % du budget de R&D mondiale est alloué aux alternatives. Ce capital scientifique s’appuie sur une structure de 1600 scientifiques, ingénieurs etc à plein temps. En outre, plus des trois quarts (75 %) des efforts de force de vente et d’infrastructure commerciale mondiale sont aujourd’hui réorientés vers les dispositifs sans combustion.

Les indicateurs comparatifs exposés par le responsable illustrent l’accélération industrielle enregistrée entre l’amorçage commercial de 2016 et les résultats consolidés de l’exercice 2026. En dix ans, la présence géographique du groupe sur ce segment est passée de 9 à 98 pays, tandis que le volume d’utilisateurs des solutions alternatives a bondi de 1,4 million à 43 millions. Ce changement d’échelle se traduit directement dans la structure financière de la multinationale : quasi nulle au départ, la part des produits sans fumée représente désormais 43 % de ses revenus mondiaux.

Cette accélération à l’échelle globale trouve un écho stratégique direct sur le continent africain, où la reconfiguration des modèles de santé publique s’impose comme un enjeu de terrain. Intervenu durant la session intitulée « D’une vision ambitieuse à des progrès concrets », Taylan Süer, Directeur Général Maghreb de PMI, a dressé le bilan de la dynamique régionale au cours de la dernière décennie. Selon le responsable régional, le paradigme a profondément changé en dix ans : alors que le débat sur la réduction des risques et l’innovation était autrefois confiné à un cercle très restreint de scientifiques, d’experts et d’industriels, la conversation s’est aujourd’hui élargie aux gouvernements, au corps médical, aux médias et aux consommateurs.

Pour structurer cette approche, Taylan Süer a rappelé que l’élaboration des politiques de santé publique en la matière doit s’articuler autour de trois niveaux complémentaires à savoir la prévention étant l’option idéale qui consiste à ne jamais commencer à fumer, l’arrêt complet du tabac pour les consommateurs actuels et enfin la réduction des risques à travers l’accès à de meilleures alternatives scientifiquement validées pour les millions de fumeurs qui, malgré les efforts, continuent de fumer au Maroc, en Tunisie ou en Libye.

S’agissant de la résistance et de l’éventuel désintérêt d’une partie des consommateurs africains par les solutions alternatives et la nouveauté, le responsable a écarté cette hypothèse considérant que l’essor rapide du commerce électronique et des solutions de santé numérique au Maroc et en Tunisie constitue une preuve quant à la forte capacité d’adoption dès lors que l’information est claire.

Toutefois, le tableau régional reste contrasté et l’élan actuel insuffisant. Taylan Süer a pointé du doigt plusieurs barrières persistantes : un accès encore inéquitable aux produits innovants, un déficit de sensibilisation généralisée et un rythme de réglementation très hétérogène d’un pays à l’autre. Pour accélérer l’impact sur la santé publique, il a plaidé pour le maintien d’un dialogue ouvert et contradictoire entre toutes les parties prenantes, affirmant que la confrontation des opinions et la remise en question des idées reçues sont les seuls leviers capables de faire faiblir les résistances réglementaires et culturelles au fil du temps.

Déconstruire les dogmes : Le débat médical autour de la nicotine

Au delà de la présentation des technologies, les travaux de cette édition ont permis de remettre à plat un postulat médical majeur: la distinction fondamentale entre la nicotine, molécule addictive mais non directement responsable des pathologies lourdes, et la combustion. »

Animée par le Professeur en oncologie David Khayat, ancien président de l’Institut national du cancer (France) et modérée par Dr Tomoko Iida, Directrice des Affaires Scientifiques de PMI pour la région Asie du Sud-Est, Afrique et Moyen-Orient, la session « Conversation sur la compréhension de la nicotine », s’est attaquée aux idées reçues qui obscurcissent le débat sur la santé publique.

Rappelant que le cancer est désormais la première cause de mortalité mondiale, Pr Khayat a estimé que ceci constitue un défi de santé publique intenable dont aucun pays ne pourra assumer le coût financier à long terme en raison du prix exorbitant des thérapies modernes. Face à cette situation, il considère que la prévention est la seule arme efficace puisque seuls 5 % des cancers sont d’origine génétique, tandis que les 95 % restants découlent directement des modes de vie et de l’exposition à des facteurs de risque.

Au premier rang de ces facteurs délétères se trouve le tabagisme, qui demeure invariablement la cause majeure de mortalité par cancer. En effet, le tabagisme se maintient à la première place du classement, tant en 1990 qu’en 2023. Pour le professeur, ce constat consacre l’échec des politiques de taxation outrancière et de prohibition, qui n’aboutissent qu’à des rechutes massives à cause de la puissance de l’addiction ou au développement du commerce illicite.

Afin de surmonter cette impasse, le cancérologue insiste sur la nécessité absolue de dissocier la nicotine de la combustion. Il rappelle que la nicotine, bien qu’elle soit la substance addictive recherchée par le fumeur, n’est en aucun cas cancérigène, ce que prouve la prescription médicale de substituts nicotiniques en toute sécurité depuis quarante ans. Le véritable danger réside exclusivement dans la combustion du tabac qui libère des milliers de substances toxiques et carcinogènes. Considérant que l’addiction est si forte que 64 % des patients diagnostiqués d’un cancer continuent de fumer jusqu’à leur mort, l’adoption de technologies alternatives sans combustion s’impose alors comme une stratégie de réduction des risques vitale et scientifiquement validée pour sauver des vies.

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