Tunisie : La BAD mise gros sur l’avenir


Présente en Tunisie depuis plus de 60 ans en tant que partenaire financier, ce qui en fait l’un des soutiens historiques au développement du pays, la Banque africaine de développement (BAD) confirme son statut d’allié stratégique, avec un portefeuille actuel de 35 projets en cours pour plus de 6 milliards de dinars. Alors que les investissements directs étrangers (IDE) ont bondi de 30% l’année dernière et que le pays continue d’afficher une résilience saluée par les bailleurs de fonds internationaux, quels sont les leviers encore à activer pour consolider cette dynamique ? Entre climat des affaires, financement des PME et grands chantiers d’infrastructures à venir, Malinne Blomberg, Directrice générale adjointe du Groupe de la BAD pour l’Afrique du Nord et responsable-pays pour la Tunisie, dresse le bilan du partenariat entre l’institution et le pays, et détaille les priorités des prochaines années.

Depuis plusieurs années, la Tunisie cherche à séduire les investisseurs étrangers dans un contexte économique régional et international particulièrement incertain. Aujourd’hui, comment évaluez-vous le climat des affaires dans le pays ?
Si l’on s’en tient aux chiffres officiels, le constat est plutôt encourageant : la Tunisie a enregistré une hausse de 30% de ses investissements directs étrangers au cours de la dernière année. C’est un signal fort, qui traduit une confiance renouvelée des investisseurs envers le pays et leur volonté de continuer à y engager des capitaux.
En tant que Banque de développement, notre rôle est justement d’accompagner cette dynamique. Nous travaillons aux côtés des autorités tunisiennes comme du secteur privé pour soutenir les efforts déjà engagés et identifier les leviers permettant d’aller encore plus loin.
La question qui se pose désormais est celle de la consolidation : comment capitaliser sur ces bons résultats ? Comment faciliter davantage l’attractivité du pays pour les investisseurs, développer de nouveaux projets créateurs d’emplois et de valeur ajoutée, et surtout aider les entreprises tunisiennes à s’intégrer aux chaînes de valeur régionales et mondiales ?
En tant que banque de développement africaine, notre priorité est de renforcer les passerelles entre la Tunisie et les chaînes de valeur africaines. Car, comme chacun le sait, c’est aujourd’hui sur le continent africain que se concentre le plus grand nombre de pays à forte croissance.

Au-delà de ces indicateurs positifs, quels sont, selon vous, les principaux défis que la Tunisie doit encore relever pour consolider et améliorer son climat des affaires ? Y a-t-il des chantiers particuliers, sur le plan économique ou financier, qui méritent une attention particulière ?
Je pense qu’il faut avant tout continuer à faire des efforts pour rester compétitif, car tous les pays voisins cherchent, au même moment, à renforcer leur propre attractivité. C’est une compétition permanente, et rien n’est jamais acquis.
Nous évoluons aujourd’hui dans un monde particulièrement volatil, ce qui rend la résilience de plus en plus déterminante. Or, sur ce plan, la Tunisie a démontré une résilience notable ces dernières années, que ce soit à travers sa croissance économique, l’amélioration de ses notations de crédit ou encore, la progression des investissements étrangers. C’est précisément ce type de résilience que recherchent les investisseurs. On ne peut évidemment pas tout maîtriser dans un contexte mondial aussi incertain, mais force est de constater que le pays progresse, année après année. C’est déjà, en soi, un signal très positif.
Pour rester compétitive, la Tunisie doit continuer à investir dans ses infrastructures de base. Le secteur des transports, par exemple, a un impact direct sur le prix final des produits. C’est donc un levier essentiel à ne pas négliger.
Le développement des compétences constitue également un point fort du pays. Mais il reste indispensable de veiller en permanence à l’adéquation entre les compétences formées et celles réellement recherchées par le secteur privé. C’est une question à laquelle tous les pays sont confrontés : comment aligner ce que produisent les universités et les centres de formation sur les besoins concrets du marché de l’emploi, notamment privé ? C’est donc un deuxième axe de travail important, qui appelle un effort continu d’ajustement.
Enfin, nous sommes actuellement en discussion avec les autorités tunisiennes, que nous appuyons sur les questions liées au climat des affaires, que ce soit pour les PME ou pour d’autres catégories d’entreprises, notamment sur la simplification des procédures. Nous souhaiterions également voir avancer le développement du Code des changes, afin de mieux accompagner les opérations d’importation, d’exportation et de commerce. Et bien sûr, nous attendons avec intérêt la finalisation du Code de l’investissement, ainsi que le lancement du plan de développement de la Tunisie pour la période 2026-2030.

Faut-il comprendre, à travers vos propos, qu’il existe encore une certaine lourdeur administrative, voire des lenteurs bureaucratiques, qui freinent le climat des affaires en Tunisie ?
Je pense qu’il faut surtout garder à l’esprit qu’il est toujours possible de faire mieux. Comme je le disais, chaque pays cherche en permanence à se positionner et à renforcer son attractivité. Si l’on se contente de ce qui a déjà été accompli, même avec satisfaction, d’autres pays, eux, continueront d’avancer. C’est cette logique de progression continue qui compte, selon moi.
Et c’est exactement la démarche que nous adoptons, en tant que Banque de développement, avec l’ensemble de nos pays membres régionaux en Afrique : les accompagner pour qu’ils puissent avancer le plus rapidement possible et rester compétitifs sur le marché mondial.
Dans le cas de la Tunisie, on constate déjà un nombre important d’entreprises solidement connectées à l’international. Notre ambition est donc d’appuyer cette dynamique, pour aller encore plus loin.

Quel bilan peut-on aujourd’hui dresser de la contribution de la Banque africaine de développement en Tunisie ? Et quelles sont vos perspectives d’investissement pour les prochaines années dans le pays ?
Le portefeuille de la Banque africaine de développement en Tunisie compte aujourd’hui 35 projets en cours, pour un financement global dépassant les 6 milliards de dinars tunisiens. Nous poursuivons notre collaboration avec le gouvernement tunisien ainsi qu’avec le secteur privé, afin d’identifier leurs besoins de financement et d’y répondre à travers les instruments de la Banque.
Nous continuons également à porter une attention particulière aux secteurs des transports et du développement des compétences, essentiels à la compétitivité du pays. Parallèlement, nous intervenons activement sur les enjeux liés au changement climatique. Cela concerne notamment le secteur de l’eau et de l’assainissement : l’Afrique du Nord tout entière connaît un stress hydrique préoccupant, qui risque de s’intensifier avec le changement climatique.
Or, cette ressource en eau est également déterminante pour la sécurité alimentaire. C’est pourquoi nous travaillons aussi dans le secteur agricole, afin de renforcer cette sécurité alimentaire et de consolider certaines chaînes de valeur stratégiques, à l’image de celle des céréales.
En ce qui concerne les volumes d’investissement, tant sur les dernières années que pour les perspectives à venir, notamment sur la période 2026-2028, nous continuons à travailler étroitement avec nos partenaires tunisiens pour définir et affiner ce plan de financement.

Existe-t-il un budget spécifique dédié à l’accompagnement des entreprises et notamment des PME tunisiennes ?
L’un des projets les plus significatifs que nous avons financés en Tunisie est une garantie de transaction accordée à la BIAT, à hauteur de 50 millions de dollars, destinée à renforcer le financement du commerce. Cet accord permettra de soutenir l’activité des entreprises tunisiennes, de créer des emplois et de faciliter l’accès des populations à des biens essentiels, grâce à une amélioration des chaînes d’approvisionnement et de la production locale.
Cet engagement confirme la volonté de la Banque africaine de développement d’accompagner le secteur privé tunisien, en appui aux efforts du gouvernement pour renforcer le secteur financier du pays.
Cette facilité s’inscrit pleinement dans le cadre du Document de stratégie pays 2024-2029 de la Banque africaine de développement pour la Tunisie, qui accorde une priorité particulière au renforcement de la résilience économique, à la création d’emplois et au développement du secteur privé. Nous continuons, par ailleurs, à enrichir notre pipeline de projets de manière continue.

Justement, pour rebondir sur ce point, pouvez-vous nous en dire davantage sur vos grands projets en Tunisie, notamment ceux prévus pour les prochaines années ?
Nous travaillons déjà sur plusieurs projets que nous espérons pouvoir financer prochainement. Toutefois, nous attendons également la finalisation du plan national de développement, qui nous permettra de confirmer que les projets envisagés correspondent effectivement aux priorités définies par les autorités tunisiennes.
Donc, pour l’instant, nous restons dans l’attente de ce plan national de développement, avant de pouvoir en dire davantage.

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