Ahmed Tlili, de la résistance coloniale à l’opposition à Bourguiba : le destin d’un militant hors norme

Près de six décennies après sa disparition, Ahmed Tlili demeure une référence vivante pour le mouvement syndical tunisien. L’UGTT commémore chaque année sa mémoire, celle d’un homme qui a payé de sa liberté et peut-être de sa vie son refus de plier face au pouvoir.

Né le 16 octobre 1916 à El Ksar, dans la région minière de Gafsa, Ahmed Tlili est l’une des figures les plus marquantes de l’histoire sociale et politique de la Tunisie indépendante. Disparu le 25 juin 1967 à Paris, il laisse derrière lui un héritage syndical et démocratique qui continue d’inspirer le mouvement ouvrier tunisien.

Un militant pour l’indépendance
Après une carrière d’enseignant puis à la poste tunisienne, Ahmed Tlili retourne à Gafsa en 1944, où il s’engage aux côtés de Farhat Hached dans la constitution de l’Union des syndicats du Sud, défendant en particulier les droits des ouvriers des mines. Son rôle dans la fondation de l’UGTT, en janvier 1946, sera déterminant, lui valant d’être élu membre de sa commission administrative dès le congrès constitutif.
Emprisonné à plusieurs reprises par les autorités coloniales françaises, Ahmed Tlili organise en 1952 la résistance armée pour l’indépendance dans la région de Gafsa. Arrêté en février de la même année pour avoir participé à l’Opération de Stah, il ne sera libéré qu’en juillet 1954. Son engagement dépasse les frontières tunisiennes : il soutient également le Front de libération nationale algérien et plusieurs mouvements de libération africains.
Après l’indépendance, il cumule les responsabilités : trésorier puis membre du bureau politique du Néo-Destour de 1954 à 1963, et secrétaire général de l’UGTT de 1956 à 1963. Sur la scène internationale, il est élu vice-président de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et joue un rôle clé dans la création de l’Organisation régionale africaine de la CISL (ORAF). Il contribue également à la mise en place de plusieurs sociétés coopératives qui permettront à l’UGTT de consolider son autonomie financière et son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique.

La rupture avec Bourguiba et l’exil
C’est son attachement indéfectible à la démocratie qui scellera son destin. En juillet 1965, refusant la dérive autoritaire du régime, il quitte discrètement la Tunisie pour l’Europe, d’où il multiplie les déclarations hostiles au pouvoir en place. De son exil, il rédige une lettre mémorable adressée au président Bourguiba, intitulée « Pour la Démocratie », dans laquelle il l’exhorte à renoncer à la dictature et à respecter les libertés fondamentales. En représailles, l’Assemblée nationale lui retire son mandat de député en novembre 1966.
Rentré à Tunis en mars 1967, son état de santé se dégrade rapidement. Il s’éteint à Paris le 25 juin de la même année, dans des circonstances qui ont longtemps alimenté les interrogations, certains évoquant un possible empoisonnement. Rapatrié en Tunisie, il est inhumé au carré des dirigeants historiques du cimetière du Djellaz, à Tunis.

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