Chronique d’un pays suspendu

Plus rien ne semble tenir debout en Tunisie. Depuis le sursaut révolutionnaire, le pays enchaîne les convulsions sans jamais atteindre de rivage stable. Quinze années se sont écoulées, et nous demeurons prisonniers d’une transition qui s’éternise, comme figée dans son propre inachèvement. Le coup de force du 25 juillet 2021 avait pourtant fait naître l’illusion d’un retour à l’ordre, d’une rupture enfin consommée avec cette instabilité chronique — politique, sociale, économique — qui nous colle à la peau depuis trop longtemps. L’illusion n’a pas résisté à l’épreuve des faits.
Sur le terrain politique, le pays traverse une aridité inédite : l’opposition, exsangue, ne parvient plus à incarner ce contre-pouvoir sans lequel toute démocratie s’étiole. Nulle contradiction structurée, nulle alternative crédible ne viennent tempérer l’exercice solitaire du pouvoir.
Le tableau économique n’inspire guère davantage de sérénité. La croissance stagne à un niveau dérisoire — 2,3 % selon l’Institut national de la statistique —, quand l’inflation, elle, s’établit à 5,1 % en juillet 2026, érodant chaque jour un peu plus le pouvoir d’achat des ménages. Le chômage, fixé à 14,9 % au deuxième trimestre 2026, dissimule mal la précarité qui gagne du terrain, particulièrement chez les jeunes diplômés.
Le quotidien, lui, se heurte à des réalités plus prosaïques mais tout aussi éprouvantes : une pénurie d’eau minérale aussi soudaine qu’inexpliquée, des coupures d’eau potable devenues coutumières, aggravées par les délestages récurrents de la STEG, dans un contexte de canicules de plus en plus accablantes. Tous les ingrédients semblent ainsi réunis pour dessiner un horizon incertain, et redouter le pire.

Le Tunisien, dit-on volontiers, est patient par tempérament. Mais l’histoire nous enseigne, avec la constance d’une loi immuable, que toute patience connaît ses limites, et que nul ne saurait présager ce que réservent les jours à venir. Il est des cordes que l’on tire trop longtemps, et qui finissent, tôt ou tard, par céder.
Qu’on se le tienne pour dit.

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