En pleine crise économique et sociale qui requiert unité et responsabilité, quelques syndicats ont pris le risque de déclencher une nouvelle tempête orageuse par des grèves irresponsables en total décalage avec les valeurs syndicales qui consistent à privilégier les droits des citoyens et l’unité de la société. Ce bras de fer qui se joue entre le gouvernement et les syndicats est monté d’un cran en intensité, dernièrement, avec la grève sauvage, sans préavis et non justifiée, des transporteurs de carburants.
De façon non moins choquante et effrayante que les attaques contre les droits élémentaires des citoyens auxquelles il a donné lieu, ce genre de grève, longtemps refusé par la majorité de l’opinion publique, a offert le spectacle d’une scène syndicale sombrant dans le délire le plus dramatique.
Comme on pouvait le craindre, la suspicion régnante entre le gouvernement et les syndicats devient l’illusoire recours à toutes les misères du pays. Le niveau de relation entre les deux parties s’est affaissé entre l’indignation parfois hystérique des syndicalistes et l’indifférence à la vérité et à la réalité vécue, des responsables gouvernementaux. On n’argumente plus, on crie, on ment et on refuse, le déchaînement le plus excessif pointe le nez. Personnellement, je ne vois dans cette véhémence qu’une propension à régresser et à céder aux comportements les plus graves menant aux pires excès.
La cupidité et l’avidité misérablement abjectes de plusieurs syndicalistes, qui font feu de tout bois depuis plusieurs années, ne cessent de délivrer le message incorrect du syndicalisme, et la déraison semble plus que jamais gouverner leurs esprits. À force de multiplier les grèves sauvages, de provoquer des crises sociales sans fin, de lancer des menaces au lieu d’idées nettes et précises, les voilà arrivés au bout du gouffre. Ils ressemblent de plus en plus à leur caricature : personnes arrogantes, hors sol, cupides, qui semblent vivre au-dessus d’elles-mêmes. On peut tout dire. La goinfrerie, la rapacité, la mauvaise foi, les idées prédatrices les plus sottes peuvent donner, aujourd’hui, des « syndicalistes » totalement irresponsables. Pour mener à bien leurs politiques destructrices, asseoir leur pouvoir tyrannique, augmenter leurs fortunes, plusieurs « syndicalistes » ont compris que, dans un pays aussi éruptif que le nôtre, il est nécessaire de franchir tous les cercles de l’enfer. Les bureaux syndicaux qui se sont succédé depuis le 14 janvier 2011 ont donné l’image calamiteuse d’une classe syndicale qui cherche, d’abord, à enfouir sous les fausses justifications une prédation vorace encombrante. Ils mènent une stratégie jusqu’au-boutiste, « coûte que coûte », même au prix d’une catastrophe économique et sociale.
Il va sans dire que le droit syndical est la condition nécessaire, quoique non suffisante, d’une société égalitaire. Toutefois il ne permet pas de lui-même de trancher la plupart des questions qui perturbent notre société, il permet juste que le débat s’opère d’une façon respectueuse de l’égalité des droits de tous les partenaires en créant un compromis bien défini de délibération. Il faut, alors, tout changer en commençant par assumer les composantes d’une équation vertigineuse : le droit syndical et celui des citoyens, les principes, l’impératif économique, les aversions de l’opinion publique, les calculs stratégiques. Plusieurs coups de semonce auraient dû sonner l’alarme. Mais les quelques tentatives en ce sens ont fini par se perdre dans le flou ou l’arbitraire. Hélas, nos syndicalistes continuent de refuser de supporter les remèdes de leurs faux calculs.