Désinformation

La défaillance de la communication livre l’espace médiatique à l’ivraie de la désinformation. Celle-ci a partie liée avec l’ignorance ou la malveillance.
Ces deux méfaits sévissent, aussi, en matière de religiosité. Dans la quatrième lettre de son ouvrage “Les Provinciales”, Pascal écrit : «Ils n’ont jamais connu ni leur infirmité ni le médecin qui la peut guérir». La malveillance informationnelle donna lieu à une prise de position politique d’inspiration machiavélique. En toute ignorance de cause, telle fut la soudaine et intempestive levée de boucliers maléfique montée à l’assaut des «sociétés communautaires” dès leur annonce première. A cet effet, l’expérience retenue renseigne l’actualité où l’implosion des fausses nouvelles malintentionnées cherche à subvertir l’information.
A juste titre, le soupçon désigna les revanchards d’Ennahdha, prêts à faire feu de tout bois. Ils proclamèrent, aussitôt, l’inéluctable dérive de ces organisations collectives.
Leur narratif se fonde sur la débâcle du système coopératif dirigé par Ben Salah et réfuté par Nouira.
Les désinformateurs développèrent cet argumentaire : puisque les coopératives échouèrent, le même sort attend les sociétés communautaires. Mais comparaison n’est pas raison. En voici la démonstration.
Lors d’une recherche menée sur les Unités coopératives de production à l’Institut des sciences économiques appliquées, dirigé par De Bernis, je recueillis, sur le terrain, les indications suivantes : mise au salariat des propriétaires parcellaires et appropriation étatique des moyens de production. Ce capitalisme d’Etat exclut le principe coopératif défini par le retour du produit aux travailleurs directs, selon Bruno Bettelheim, entre autres.
Pour John Locke, «le travail est indiscutablement la propriété de celui qui travaille». Les propagateurs de la fausse information tombent, sans le savoir, sous la férule de l’objection adressée par l’anthropologue Roger Bastide au fonctionnalisme.
Celui-ci évoque la manière dont les phénomènes sociaux fonctionnent mais il ne dit rien de ce qu’ils sont. Pour diffuser leur falsification, les malintentionnés occultent le contenu des organisations assimilées. Ici, la désinformation donne à voir la dissemblance pour la ressemblance et l’optique machiavélique bute sur une objection catégorique. Le plus souvent, l’investigation débusque la désinformation déployée à la faveur de la distance établie entre les mots et les choses. Israël se dit, ainsi, l’unique pays démocratique au Moyen-Orient où ne délibèrent que des régimes totalitaires.
Or une discordance entière intervient entre ces mots et les signifiés par eux. Le criminologue Alan Bauer avait déjà mentionné les sévices sexuels infligés de manière systématique dans les prisons israéliennes à l’instigation des autorités.
Maintenant, la police australienne et celle de multiples autres pays enquêtent sur les «violences physiques, psychologiques et sexuelles» infligées aux militants de la flottille Soumoud par l’entité sioniste.
L’accusation concerne Israël, en tant que tel, et non pas uniquement ses geôliers. Dès l’arrestation, le ministre de la Sécurité du gouvernement Netanyahou humiliait ces militants en public : «Vous vous prenez pour des héros, vous n’êtes rien,  tout juste bons à être violés».
Au Moyen-Orient, l’Etat violeur se donne à voir pour l’unique Etat démocratique. A l’instant où, par l’entrée au Panthéon, l’historien Marc Bloch soulève un tsunami contre l’antisémitisme français, le gouvernement israélien livre du grain à moudre au pétainisme. Dans ces conditions, les deux genres de falsification, salafiste et sioniste, émargent au registre satanique de la même problématique. La donation d’une signification crapuleuse met à profit l’absence de sens assignable à l’existence. Camus en tire une conséquence.
Puisque nous vivons alors que la vie n’a pas de sens, «il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : le suicide». De ce background suicidaire fuse, de temps à autre, l’ennui révélateur du mal-être.
Guillaume Apollinaire y subodore l’indistinction des morts et des vivants : «Que bien malin qui aurait pu / Distinguer les morts des vivants», ces ombres qui passent. Vu l’effet rassurant de la religion devant le gouffre sans fond du néant, Voltaire écrit : «Si Dieu n’existe pas, il faut l’inventer». Pour sa part, Baudelaire produit les vers les plus significatifs de l’ennui : «Il ferait volontiers de la terre un débris / Et dans un bâillement avalerait le monde». En l’an 1966, par l’intitulé de son ouvrage «Les mots et les choses», Foucault cerne la problématique de la distance à l’aune de laquelle un dire trahit ce qui est à dire. Et c’est là, dans l’espace lacunaire blotti entre le verbe et le verbalisé, le signifiant et le signifié, que la désinformation édifie son nid.

Related posts

Le grand retour

Rétablir le dialogue social

L’éternel recommencement