E-santé: le PACS rapproche l’expertise médicale des régions (Vidéo)

Le projet « e-santé », porté par le ministère de la Santé avec l’appui de l’Agence française de développement (AFD), contribue à accélérer la transformation numérique du système de santé tunisien. Parmi ses principales réalisations figure le déploiement de solutions permettant l’archivage, le stockage sécurisé et la transmission à distance des images médicales, avec l’ambition de rapprocher l’expertise des patients, y compris dans les régions.

Dans une vidéo diffusée dans le cadre de la conférence internationale TeleHealth Connect Tunisia 2026, la Pr Saoussen Hantous Zannad, professeure en imagerie médicale et cheffe du service d’imagerie médicale de l’hôpital Abderrahmane-Mami de l’Ariana, a rappelé que le projet avait débuté en Tunisie il y a plus d’une dizaine d’années, avec l’intervention de l’AFD à partir de 2018.

L’objectif était notamment de mettre à niveau les infrastructures des établissements publics de santé et des centres hospitalo-universitaires. Le matériel acquis dans le cadre du projet a été réceptionné dans les différents hôpitaux à partir d’octobre 2024.

Le PACS pour partager les images médicales

Au cœur de cette transformation figure le PACS (Picture Archiving and Communication System), dont l’objectif est de permettre la communication entre les services d’un même établissement, mais également entre les différents hôpitaux.

Selon la Pr Hantous Zannad, l’un des premiers apports du système réside dans le stockage des images radiologiques, permettant aux médecins d’accéder rapidement aux examens nécessaires au diagnostic. Les images numériques sont également sécurisées et accessibles immédiatement, tandis que le recours au film radiologique et au papier est progressivement abandonné.

Mais l’enjeu dépasse l’archivage. Le système permet également de transmettre les examens à distance et de mobiliser l’expertise de spécialistes situés dans d’autres établissements.

« On peut rapatrier les scanners qui sont faits à Béja sur notre console de lecture, les lire et rédiger le compte-rendu directement sur le système d’information radiologique ou RIS de Béja », a expliqué la Pr Hantous Zannad, précisant que les accès au système sont sécurisés.

Plus de 100.000 examens dans le cadre de l’hôpital numérique

Cette logique de mise en réseau s’étend également aux hôpitaux régionaux. Habiba Mizouni, docteure en radiologie au sein de l’hôpital numérique du ministère de la Santé, a souligné l’ampleur du déploiement dans le secteur de la radiologie.

Selon elle, depuis le 1er octobre 2025, le dispositif numérique mis en place dans le cadre de l’hôpital numérique a atteint « 100 % des besoins des hôpitaux de la région », avec plus de 100.000 examens réalisés.

L’objectif est notamment de permettre aux patients pris en charge dans les établissements régionaux, notamment à Zarzis et Ben Guerdane, de réaliser leurs scanners localement et de bénéficier de leur lecture et de leur suivi à travers le dispositif numérique.

« Le plus important, c’est que dès le 1er octobre, les citoyens qui vont à l’hôpital de la région, à Zarzis, à Ben Guerdane, à n’importe quel autre hôpital, puissent faire leur scanner, le faire lire et être suivis », a-t-elle expliqué.

Pour Habiba Mizouni, cette évolution s’inscrit directement dans l’objectif de réduire les inégalités entre les régions et de garantir une prise en charge de qualité quel que soit le lieu où se trouve le patient.

Elle a également souligné que cette étape avait été précédée par plusieurs phases de mise en réseau et de numérisation, notamment la connexion de l’hôpital numérique avec les établissements hospitaliers régionaux et le développement de solutions informatiques.

L’expertise médicale à distance

L’expérience de l’hôpital régional de Béja illustre également les possibilités offertes par cette infrastructure. Le Dr Mohamed Ali Boughallaba, président du comité médical de l’établissement, a indiqué que, depuis l’introduction de cette technologie en 2024-2025, le nombre d’examens avait augmenté pour atteindre 7.000.

Il a également souligné que le dispositif permet désormais de travailler plus de trois jours et jusqu’à 24 heures sur 24, grâce à la numérisation et à la transmission des demandes et des examens.

Le processus repose notamment sur l’intégration de la demande d’examen dans le système RIS. La demande est enregistrée et associée à un numéro RIS, puis les informations nécessaires sont transmises via le système.

Cette organisation facilite le recours à des spécialistes à distance afin d’obtenir une lecture plus rapide et plus efficace des examens. Elle permet ainsi aux établissements régionaux de bénéficier d’une expertise qui n’est pas nécessairement disponible localement.

Pour la Pr Hantous Zannad, le projet e-santé a ainsi permis, à travers l’archivage, le stockage et surtout la transmission des images médicales, d’améliorer la prise en charge des patients et d’accélérer le déploiement de la télémédecine à travers le territoire tunisien.

De son côté, le Dr Boughallaba a appelé à renforcer la coopération avec la France et avec d’autres pays, afin de poursuivre l’appui aux établissements de santé tunisiens et de répondre aux besoins des patients.

De son côté, Mohamed Ali Oueslati, chargé de mission à l’AFD, a précisé que le projet de santé numérique, lancé en 2018 et intégré au projet national de santé numérique, bénéficiait d’un financement de 27,3 millions d’euros. Une première étape, réalisée en 2024, a porté sur la numérisation de 24 hôpitaux universitaires, tandis qu’une deuxième phase vise le déploiement de solutions numériques dans 33 hôpitaux.

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