par notre partenaire presse UFFP et Fériel Berraies Guigny
Retrouvez le gros dossier UFFP
En France, le racisme demeure un phénomène structurel et ordinaire à la fois : il s’exprime autant par des actes explicites (insultes, agressions, discriminations avérées) que par des mécanismes plus diffus (stéréotypes, biais implicites, soupçons de non-appartenance). Avec plus de 1,2 million de personnes déclarant être victimes d’au moins une atteinte raciste annuellement alors que seulement 4 % des plaintes sont enregistrées (chiffres du CNCDH), la France traverse une crise identitaire « meurtrière ». De plus, il est certain que ce chiffre est largement sous-estimé du fait de la peur et des réticences à déclarer ces situations.
Quelles sont les conséquences psychosociales du racisme systémique en France ? La marginalisation ou l’exclusion liées au racisme produisent ce qu’on appelle un « stress minoritaire chronique ». Contrairement à un traumatisme ponctuel, c’est une exposition quotidienne et répétée à l’hostilité qui érode progressivement la santé mentale.
Exclusion et souffrance identitaire
Le sentiment d’exclusion génère également ce qu’on appelle une « souffrance identitaire » : un questionnement constant sur sa légitimité, sa place dans la société, un sentiment d’être constamment jugé et réduit à une caractéristique visible.
Deux Franco-Tunisiens sont à l’initiative du lancement de l’Institut des Études Citoyennes
Lancé par la psychiatre Fatma Bouvet de la Maisonneuve, Maître Hosni Maati et l’historienne Delphine Peiretti-Courtis, l’Institut d’Études et d’Action Citoyenne (IEAC) désire proposer des réponses concrètes au racisme. Depuis peu, l’ont rejoint la juriste Emna Khaldi, l’activiste Nasséra Zaïdi, la psychologue Tamila Hachemi et tant d’autres personnalités, toutes désireuses de faire avancer la juste cause.
Qui sont Fatma Bouvet de la Maisonneuve Psychiatre et Hosni Maati?
Psychiatre et auteure, Fatma Bouvet de la Maisonneuve est présidente cofondatrice de l’IEAC . Elle est binationale. Elle a étudié la médecine en Tunisie jusqu’à sa deuxième année de spécialité en psychiatrie. Cursus qu’elle a poursuivi à Paris. Elle travaille dans l’exercice de son métier de psychiatre à Paris, sur les conséquences psychiques des dysfonctionnements sociaux comme le sexisme et le racisme. Ses recherches ont donné lieu à plusieurs essais collectifs et personnels dont Une Arabe en France (Éd. Odile Jacob, Paris, 2017). Plus tard, elle écrit des romans, L’île aux mères (Éd. du Pont 9, Paris, 2021), L’odeur d’un homme (Éd. du Pont 9, Paris, 2023) et un Manifeste pour répondre au racisme : Debout, Tête haute ! (Éd. du Croquant, Paris, 2024). Elle a également été chroniqueuse. Elle est membre du Parlement des Écrivaines Francophones. Elle était élue locale et chevalier de la légion d’honneur. Active dans la vie citoyenne, elle était élue et membre du CESE, présidente de l’IEAC, ainsi que membre du comité de direction du festival des littératures du Sud « Kotouf » à Djerba, en Tunisie. Elle est aussi une aficionada du malouf tunisien et n’hésite pas à partager ce hobby quand elle le peut.
Hosni Maati est également binational, avocat à la Cour de Paris. Juriste, il est très investi par rapport à certaines questions relatives aux discriminations. L’essentiel de son travail est justement de combler certains vides juridiques. À ce sujet, une proposition de résolution a été déposée le 26 février dernier par la députée de La France insoumise Danièle Obono, portant sur la reconnaissance du traumatisme psychique lié au racisme.
Le texte s’appuie sur les travaux de l’IEAC, rendu possible par l’apport de différentes disciplines nécessaires qui se complètent : droit, psychiatrie et histoire.
Un trio pour faire avancer les choses
C’est l’avocat Maître Hosni Maati, la psychiatre engagée Fatma Bouvet de la Maisonneuve et l’historienne Delphine Peiretti-Courtis qui se sont unis pour lancer cette initiative citoyenne.
Lire aussi: le billet de Feriel Berraies Guigny « Dégage kebab à pattes » sur Réalités online.
Le trauma psychique lié au racisme doit être réparé légalement. L’IEAC veut offrir des réponses concrètes aux citoyennes et citoyens confrontés au racisme — du repérage des traumatismes à l’orientation juridique, en passant par la formation des institutions. Car plus que jamais, le racisme et les discriminations ont des effets durables sur le devenir des citoyens qui les vivent.
Alors qu’entre passages à tabac, violences policières, homicides, délits de faciès, amendes abusives qui détruisent des vies, et face à l’omerta, au déni et aux stigmatisations que subit une certaine communauté en France, ce combat plus que nécessaire est vital, car le racisme tue : en action, en inaction, en déni et en omerta.
Pour Fatma Bouvet de la Maisonneuve, nous sommes dans l’urgence ! Le racisme heurte, rend malade parfois et tue. Et l’urgence est d’agir, car la non-assistance à personne en danger est intolérable. « Je suis dans la droite lignée de psychiatres bien connus, car il y a un lien entre la psyché et l’impact social (Freud, Lacan, Nawal El Saadawi, Frantz Fanon) », explique-t-elle. Les races n’existent pas selon Claude Lévi-Strauss, mais pourtant nous parlons encore aujourd’hui de la hiérarchisation des humains, de leur intelligence et de leur culture.
« Parce qu’il y a un délire extrêmement structuré, l’IEAC veut apporter des réponses réelles. C’est en expérimentant sur une petite échelle, entre Maître MAATI, moi-même, des travailleurs sociaux, des sociologues et des psychologues du travail, que l’on a constaté que l’on peut réparer sur le plan de la santé mentale, mais uniquement s’il y a une reconnaissance sociojuridique ! », conclut-elle.
L’Institut d’Écoute et d’Actions Citoyennes était présent à la marche citoyenne contre le racisme et l’extrême droite organisée à Paris, le 21 juin 2026. En attendant, l’IEAC enchaîne les rendez-vous à l’Assemblée nationale et recueille les signatures pour le vote de la résolution de loi pour la réparation des préjudices suite au trauma raciste.