Tabagisme: le corps médical a le devoir d’informer les patients sur les alternatives sans combustion , estime Pr Amen Allah Messadi

Alors que l’industrie du tabac est désormais amenée à investir massivement dans la science pour atténuer le fléau mondial qu’est le tabagisme, responsable de plus de 8 millions de décès par an, les professionnels de la santé s’emparent à leur tour du débat sur la réduction des risques. En marge de l’édition 2026 du sommet Technovation Smoke-Free organisé par  Philip Morris International (PMI) à Rabat le 24 juin dernier, Pr Amen Allah Mesaadi s’est confié à Réalités Online. Panéliste lors de la session dédiée à la souveraineté sanitaire africaine, le professeur en réanimation médicale est revenu sur l’urgence de repenser la lutte contre le tabagisme en Tunisie et sur le continent. Face au constat d’une politique traditionnelle essoufflée, le président de l’Association tunisienne de traitement des brûlures et des plaies et de l’Association panafricaine des Plaies et Cicatrisation (PAWH) a appelé la communauté médicale et les décideurs à faire évoluer les mentalités et les discours en intégrant la science et le concept de réduction des risques.

Un bilan régional « figé » et l’échec de la seule politique des prix

Interpellé sur l’état des lieux de la lutte anti-tabac en Tunisie et au Maghreb, Pr Messadi a considéré que la stratégie actuelle est entrée dans une phase de stagnation. Bien que la lutte reste pleinement d’actualité, l’approche purement prohibitionniste montre ses limites. « On reste positionnés exclusivement sur l’injonction d’arrêter de fumer », explique-t-il, constatant qu’avec le recul, cette méthode rigide ne permet pas d’atteindre la baisse souhaitée du nombre de fumeurs.

Pr Amen Allah Mesaadi, président de l’Association tunisienne de traitement des brûlures et des plaies et de l’Association panafricaine des Plaies et Cicatrisation (PAWH)

Pourtant, les initiatives structurelles existent. En Tunisie, des consultations anti-tabac gratuites sont mises à disposition des citoyens, accompagnées de multiples dispositifs d’encouragement. Parallèlement, les autorités ont misé, à l’instar d’autres pays, sur une politique d’augmentation des prix pour décourager les consommateurs. Un levier économique qui a échoué, selon le professeur : « La politique du prix n’a pas fait preuve d’efficacité. Bien au contraire, elle peut favoriser l’usage de produits non homologués, moins chers, qui viennent d’on ne sait où et d’on ne sait comment. »

Face à ce risque sanitaire accru par le marché informel, Pr Messadi estime qu’il est grand temps de repenser globalement le problème et de réfléchir différemment pour avancer.

La souveraineté sanitaire africaine par le prisme de l’autonomie scientifique

Abordant la question cruciale de la souveraineté sanitaire en Tunisie et sur le continent africain, Pr Messadi a souligné a évoqué deux piliers indispensables : l’autonomie financière et l’autonomie scientifique.

Si réunir simultanément ces deux conditions relève aujourd’hui d’une équation irréalisable pour le continent, une voie d’accès concrète reste ouverte : « Ce qui est important, et qui peut ouvrir la porte à une souveraineté réelle, c’est l’autonomie scientifique. »

Pour le professeur, l’Afrique dispose désormais de ressources humaines de haute qualité. Ces compétences médicales et académiques sont pleinement capables d’entreprendre des projets de recherche et des études cliniques de grande envergure, à même de guider des prises de décision politiques et sanitaires autonomes, adaptées aux réalités du continent.

Face aux réticences et aux craintes de voir les alternatives devenir une passerelle vers le tabagisme,  Pr Messadi rappelle d’abord une règle d’or absolue : la priorité reste d’empêcher l’entrée dans la dépendance. Cela passe par des actions de terrain rigoureuses, comme l’interdiction stricte des vendeurs de cigarettes aux abords des lycées et des écoles. « Personne ne remet en cause le fait que la meilleure solution reste le zéro tabac », martèle-t-il.

Cependant, le corps médical doit composer avec une réalité indiscutable : depuis des décennies, une part majeure de la population de fumeurs n’arrive tout simplement pas à décrocher. Face à ce public, et alors que le cancer du poumon s’impose comme le premier cancer tueur, la science a apporté des éclairages fondamentaux que le professeur avoue avoir lui-même approfondis récemment. « Scientifiquement, il est aujourd’hui démontré qu’il y a deux composants distincts dans le tabac : la nicotine, qui est à l’origine de l’addiction, et la combustion, qui produit les substances toxiques inhalées par le fumeur et responsables des cancers. »

Dès lors que le processus de combustion est éliminé, le profil de risque change. Pour Pr Amen Allah Messadi, face à un patient qui ne veut ou ne peut pas arrêter, les professionnels de la santé ont désormais un « devoir d’informer ». Il s’agit d’orienter le fumeur vers des alternatives qui lui permettront de courir moins de risques vitaux, tout en respectant son impossibilité immédiate à rompre avec l’addiction.

« À partir du moment où on est face à un malade qui fume, qu’il veuille ou non arrêter, je pense qu’aujourd’hui, on est dans le devoir de l’informer qu’il existe une alternative qui lui permet de courir moins de risques d’avoir un cancer du poumon, pour ne parler que de celui-ci, tout en continuant à fumer si tel est son désir. »a-t-il affirmé. 

Si cette approche par réduction des risques soulevait de la circonspection il y a encore dix ou quinze ans, le recul clinique et les données épidémiologiques mondiales ont changé la donne. Dans ce contexte, il cite notamment les exemples concrets de la Suède et du Japon, où l’adoption massive de ces alternatives a généré des résultats probants.

Selon lui, cette stratégie de substitution ne prétend pas être la solution miracle, mais s’impose comme une solution pragmatique et doublement avantageuse. Du coté du patient, elle représente un coût nettement moins élevé en vies humaines grâce à la réduction drastique de l’exposition aux agents carcinogènes.

S’agissant de l’État, il a expliqué qu’elle allège considérablement la charge financière des systèmes de santé publique. Les traitements anticancéreux représentent des budgets colossaux que les économies africaines ont souvent d’immenses difficultés à honorer de manière aisée.

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1 comment

Pr.Messadi 02-07-2026 - 15:13
Bravo et merci pour la qualité de la transcription de notre entretien.transparence et objectivité
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