FILT 2026 : Francesca Albanese, rapporteuse de l’ONU pour la Palestine, présente son nouvel ouvrage « Quand le monde dort: Récits, voix et blessures de la Palestine »

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« Je suis heureuse que ce livre, écrit en Tunisie, soit enfin disponible dans ce pays qui m’a tant apporté au cours de ces quatre dernières années, dont deux passées à documenter le génocide. » – Francesca Albanese –

Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés, était présente à la Foire internationale du livre de Tunis (FILT), le 29 avril, pour présenter son nouvel ouvrage Quand le monde dort : Récits, voix et blessures de la Palestine, publié aux éditions Cérès. Elle en a profité pour exprimer une émotion particulière à publier son livre en Tunisie, pays qu’elle décrit comme « d’adoption », où elle a trouvé, durant cette période de génocide en Palestine, un rare espace de compréhension et de partage avec des personnes qui voyaient et ressentaient la même réalité qu’elle.

À la croisée de l’essai et du mémoire, cet ouvrage poignant révèle ce qui échappe aux chiffres et au langage juridique : la perte d’humanité, les histoires individuelles, les cultures et les vies brisées à Gaza. Décrit comme un « voyage à travers ses yeux », le livre restitue ce qu’elle a vu en Palestine et donne au lecteur à ressentir la violence vécue. À travers les récits de Palestiniens — une enfant tuée à Gaza, un chirurgien marqué par la destruction, Malak, artiste en exil — elle interroge la responsabilité collective et dénonce l’indifférence.

Pressentie pour le prix Nobel de la paix, la juriste italienne est également l’autrice de Palestinian Refugees in International Law (2020) et de J’accuse (2023). Elle a rédigé plusieurs rapports, dont un publié en 2025 dans lequel elle dénonce le rôle des multinationales dans l’économie du génocide, ce qui lui a valu par la suite des sanctions de la part des États-Unis. Dans ses travaux, elle étaye la qualification de génocide en documentant l’usage systématique de la torture, ainsi que les bombardements, les déplacements forcés et la destruction des conditions de vie.

Lors de cette conférence, Francesca Albanese a lancé un appel clair à sortir de la passivité. Elle rejette l’idée d’être perçue comme une figure à admirer passivement et insiste sur la nécessité d’un engagement concret. Selon elle, la solidarité ne peut se limiter à des déclarations de principe ou à un soutien symbolique : elle doit se traduire par des actes, notamment à travers le boycott. Elle a appelé directement le public à modifier ses pratiques quotidiennes, rappelant que chaque choix de consommation participe, même à une échelle microscopique, à des systèmes économiques qu’elle juge complices. Pour elle, devenir acteur du changement implique d’accepter des contraintes, de renoncer à certains conforts et de s’organiser collectivement pour peser réellement.

Parallèlement, elle dénonce l’indifférence — voire la complicité — des dirigeants et des institutions occidentales. Elle critique un « Occident institutionnel » qu’elle accuse d’hypocrisie, incapable de faire respecter le droit international lorsqu’il est confronté à ses propres intérêts politiques et économiques.

Romane Losardo

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