Gaz-Pétrole Tataouine : les dessous du licenciement des cadres tunisiens par la société Chinoise

Le secteur de l’énergie en Tunisie est incontestablement en mauvaise posture ces dernières semaines. Et ceci n’a rien à avoir avec la guerre du Golfe et la crise qu’elle a généré au niveau du secteur des hydrocarbures dans le monde. Il s’agit plutôt de questions internes relatives à la gestion du secteur.

Les observateurs semblent unanimes sur les raisons du limogeage de la ministre de l’économie, des mines et de l’énergie suivi, une semaine après, par le limogeage du directeur général des énergies renouvelables au sein du même ministère. La gestion approximative, pour ne pas dire floue, d’un secteur aussi vital que celui de l’énergie.

Un deuxième épisode vient de paraitre, cette fois à Tataouine. La société chinoise Jereh Oil and Gaz Enginering Corporation vient de licencier un nombre important de ses ingénieurs, cadres et employés sur la base d’une simple lettre d’information leur notifiant qu’ils n’ont plus le droit de remettre les pieds sur le site dans lequel ils travaillaient et ce à partir du 10 Mai courant.

C’est le député de la région de Tataouine, Mustapha Boubakri, qui a rapporté l’information dans un post qu’il a publié le 5 Mai 2026 sur sa page Facebook.

Dans ce post, il a rapporté les raisons par lesquelles la société chinoise a justifié ces licenciements : « l’ETAP, maitre d’ouvrage du projet GTP-T à Tataouine n’a pas effectué ses payements depuis plus de neuf mois, ce qui a causé une grave crise de trésorerie pour l’entreprise ».

La notification de licenciement ne précise cependant pas si l’entreprise chinoise va poursuivre ou non ses activités en Tunisie.

Ce désagrément n’est pas sans susciter d’importantes interrogations. La plus importante est celle de savoir ou va le secteur de l’énergie en Tunisie, dans un contexte mondial marqué par une crise étouffante pour les finances publiques des pays liée à la hausse fulgurante des prix du pétrole, et dans un contexte national marqué par un déficit énergétique qui avoisine les 65 % selon les chiffres officiels.

Pouvons-nous nous permettre le « luxe » de mal gérer des dossiers de ce genre, sachant d’avance que cette mauvaise gestion ne pourrait qu’aggraver la situation ?

Qui est Jereh Oil & Gas Engineering Corporation ?

Cette filiale du groupe chinois Jereh Group est active en Tunisie depuis 2019. Selon sont site officiel, elle a signé avec le gouvernement tunisien, via l’Entreprise Tunisienne des Activités Pétrolières (ETAP), un contrat d’une valeur de 70 millions de dollars pour le projet de traitement de gaz de Tataouine.

On peut lire aussi sur le même site, concernant ce projet : « Il s’agit du tout premier projet de traitement de gaz naturel développé de manière indépendante par ETAP sur son territoire. Ce projet d’envergure régionale apportera des avantages concrets aux populations locales en créant de nombreux emplois et en dynamisant considérablement l’économie ».

Ce projet consiste dans la construction d’une nouvelle usine de traitement de gaz naturel d’une capacité de 21 millions de pieds cubes standard par jour (MMSCFD) dans la zone de Tataouine, destinée au traitement du gaz associé et du gazoduc. Les principaux produits sont le gaz sec, le GPL, le condensat de pétrole, etc. Jereh assurera la conception, l’approvisionnement, la mise en service et la formation, tandis que le partenaire local se chargera de la construction et de l’installation.

Ce qui se cache derrière ce manque à gagner

Derrière les raisons évoquées par la compagnie chinoise, il semble que d’autres facteurs ont contribué à cette situation de crise, qui aura certes une portée sociale aussi.

Des frictions administratives avec les autorités tunisiennes, principalement autour du projet de l’usine de traitement de gaz à Tataouine (GTP-T) ; sont à noter aussi. La question ne date pas d’aujourd’hui mais a été évoquée depuis l’année 2025, notamment par des parlementaires qui ont évoqué des licenciements abusifs effectués par la compagnie suite à la promulgation du nouveau code du travail et l’interdiction de la sous-traitance.

On évoque aussi le ralentissement de la production, survenu quelques années auparavant suite au tensions sociales que la région a connu dans le cadre de ce qui a été baptisé « Sit In Al Kammour ».

En outre, des litiges administratifs liés à la lenteur dans la relance par le gouvernement tunisien du projet « Gaz du Sud » plus connu sous la nomination « Nawara ». Ce projet qui a été suspendu pendant plusieurs années et relancé timidement à partir de 2025.

Tout ceci conduit à déduire que le non payement par l’ETAP de ses dus envers la compagnie chinoise n’est que la goutte qui a fait déborder le vase.

Krimi Abderrazek

Related posts

Béja : Un incendie ravage 4 hectares de blé 

Au Kef, une société chinoise explore un vaste projet industriel à fort potentiel d’emplois

La Tunisie et Lufthansa échangent à Berlin sur de nouvelles perspectives