Grands entretiens internationaux de Réalités / Le projet du Grand Moyen-Orient: Une fatalité à venir ou un chaos en cours ?

Les pays du Golfe se trouvent actuellement dans une forme d’impasse depuis le chaos installé par le conflit irano-américain. D’une part, ils rejettent une potentielle hégémonie de Téhéran dans la région, craignant entre autres les effets d’une guerre sur leurs économies et leur sécurité. Les quatre capitales arabes que sont Damas, Beyrouth, Bagdad et Sanaa voient, en effet, d’un très mauvais œil ce qui se passe actuellement dans la région. Pour autant, il n’est pas envisageable non plus pour eux, de laisser Israël devenir une puissance majeure.

Mohammed ben Salmane, le prince héritier d’Arabie saoudite, est d’ailleurs l’un de ceux qui, aux côtés des Israéliens, poussent Donald Trump à aller jusqu’au bout et à provoquer un changement de régime à Téhéran.

Dans l’éventualité d’un effondrement du régime des ayatollahs, Riyad pourrait alors devenir le pivot d’un nouvel ordre régional dominé par le Pakistan à l’est et la Turquie à l’ouest.

L’allié américain reste cependant incontournable pour ces pays, nonobstant le manque de fiabilité de ce dernier. Car faut-il le rappeler, ces pays sont dépendants de l’armement et de la protection des Etats-Unis. Mais ils sont aussi le dommage collatéral de la guerre actuelle provoquée par ces mêmes Etats-Unis, qui ont démontré que la sécurité de ces derniers n’était pas la priorité, qu’importe les accords militaires entre eux.

Après la première guerre du Golfe, déclenchée par l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990, puis la deuxième (2003-2011), amorcée par une offensive américaine en Irak pour renverser Saddam Hussein, le golfe Persique est aujourd’hui au centre d’un nouveau conflit majeur. L’Histoire se répète inlassablement, pourquoi ?

 

Par Feriel Berraies Guigny partenaire presse United Fashion for Peace le magazine pour une planète éthique (webzine.unitedfashionforpeace.com)

On pourrait même remonter aux années 1980 pour voir que la guerre Iran-Irak (1980-1988) avait d’ores et déjà érigé le Golfe dans son ensemble au centre des évolutions internationales. Le Moyen-Orient au sens large a lui-même été un point focal des relations internationales contemporaines, particulièrement après la Seconde Guerre mondiale et l’apparition de la « question israélo-arabe ». Pour autant, je ne crois pas qu’il y ait de fatalisme en la matière. Si la région du Golfe s’avère être au centre des évolutions actuelles, c’est pour une combinaison de facteurs qui remontent, si l’on veut trouver un point de départ symbolique, aux attaques du 7 octobre 2023. Suite à ces attaques, en effet, il y a eu un enchaînement d’événements qui ont pour facteur majeur la volonté d’Israël de profiter de la situation pour remodeler le paysage stratégique à ses conditions. L’Iran est un acteur fort et important du Moyen-Orient : l’obsession d’Israël est de démanteler tant ses moyens régionaux que ses capacités intérieures. Le fait que les Etats-Unis aient également jeté leur dévolu sur les évolutions régionales en ajoute bien entendu à l’importance du Golfe. La question israélienne, l’affaiblissement et/ou la disparition des relais militaires et stratégiques traditionnels de l’Iran (Hamas, Hezbollah libanais, régime de Bachar al-Assad, milices irakiennes pro-iraniennes…), combinés au blocage de l’un des points névralgiques de l’économie mondiale (le détroit d’Ormuz), aux attaques touchant les pays (riches) du Golfe, à la perturbation des moyens d’approvisionnement en pétrole et gaz à l’échelle mondiale et au parasitage des moyens de transport de marchandises, sur fond de questionnement sur la capacité de résilience des États-Unis devant un conflit qui met en partie sa crédibilité de grande puissance à l’épreuve… tout cela explique donc et justifie amplement le fait que le Golfe soit au centre de l’attention.

On dit qu’il est question d’une 3e Guerre du Golfe qui conduirait à un chaos absolu dans la région. Quels sont les risques à venir ?

Toute guerre amène ses scénarii d’incertitude quant à ce que portent les jours d’après et l’avenir. Il y a non seulement une situation chaotique, en effet, dans la région mais, de surcroît, une tragédie humanitaire en premier lieu. Il suffit de regarder ce qu’endurent les populations civiles palestinienne et libanaise aujourd’hui. En parallèle, les évolutions actuelles semblent, à mon sens, raviver les craintes que d’aucuns entretenaient devant ce que l’on appelait, il y a de cela 20 ans, le « Projet de Grand Moyen-Orient ». C’est-à-dire une volonté présumée de la part de certains acteurs, dont les États-Unis, de redéfinir une partie des frontières des pays du Moyen-Orient sur des bases plus franchement ethniques ou communautaires. Non seulement Israël ne voit pas cela d’un mauvais œil, mais il est de surcroît un catalyseur en ce sens : son soutien et/ou son appel à soutenir des communautés spécifiques dans la région, comme les Druzes en Syrie, ou les Kurdes (en Syrie, en Irak, en Iran), combiné par exemple à l’alliance objective implicite qu’il essaye de mener vis-à-vis des chrétiens et des sunnites du Liban opposés à un Hezbollah par nature chiite, sont autant d’indications d’un mouvement communautaire engagé qui, de mon point de vue, ne peut être séparé d’une tendance que l’on avait déjà vue avec la sécession du Soudan du Sud et la proclamation de son indépendance – Israël avait été la clé dans ce phénomène. Donc oui, un chaos est en cours ; oui, la réalité de pays comme la Syrie ou le Liban, sans oublier bien sûr les Territoires palestiniens, mais également en pensant à un pays comme l’Irak qui est en proie à pas mal de tensions communautaires, laissent augurer une possible reconfiguration d’une partie des frontières étatiques de la région. Le chaos, c’est ce qui se passe aujourd’hui : il restera à voir si celui-ci aboutira à quelque chose de plus « constructif », pour reprendre une expression que maniait l’Administration Bush dans les années 2000.

Tout le Moyen-Orient est en feu. Est-ce un peu le projet du « Grand Israël » qui se dessine ?

Comme souligné dans la question précédente, je crois qu’effectivement, un projet de « Grand Moyen-Orient », similaire à ce qui se disait à l’époque de l’administration Bush dans les années 2000, est engagé aujourd’hui. L’affaissement étatique et structurel auquel on assiste dans des pays comme le Liban et la Syrie, sans oublier bien sûr le cas des Territoires palestiniens, ne peut que faire penser à une transition en cours de ces pays vers une autre configuration plus centrée sur les affiliations ethniques et/ou communautaires. Israël aspire à être un État juif, c’est sa ligne officielle et assumée, et il préfère être entouré de bantoustans qu’il pourrait ainsi mieux dominer, plutôt que d’États centrés sur la notion de nation : ce n’est en rien nouveau, mais la différence avec ce qui prévalait précédemment, c’est qu’aujourd’hui, la tendance semble clairement engagée. Cela ne veut pas dire que tout le Moyen-Orient sera nécessairement reconfiguré en ce sens, mais il est difficile de ne pas penser à une extension de cette donne à terme.

De l’Arabie saoudite aux Émirats arabes unis, en passant par Israël et l’Ukraine, les équilibres sont-ils réinventés ?

Je ne crois pas que les rapports de force aient changé fondamentalement dans l’état actuel des choses : l’Arabie saoudite reste l’acteur disposant du plus grand poids sur la scène moyen-orientale prise dans le sens large. Certes, le Qatar et les Émirats arabes unis ont pris de l’importance ces dernières décennies et sont entrés parfois dans des configurations de concurrence vis-à-vis des Saoudiens, comme on a pu le voir sur des questions comme l’Iran, le Soudan et, bien sûr, le Yémen. Mais les Saoudiens restent dotés des moyens les plus importants, tant sur le plan diplomatique que financier, et on le voit à travers la nature de la relation qu’ils continuent à avoir avec les États-Unis en particulier.

Sur l’Ukraine, les logiques me paraissent répondre à une autre série de critères, mais je ne crois pas pour autant que l’on puisse parler non plus de bouleversement des rapports de force. La Russie agit vis-à-vis de l’Ukraine de manière similaire à ce qu’elle faisait non seulement en 2022, mais même en 2013. Beaucoup continuent d’entretenir des fantasmes vis-à-vis du possible effondrement de la Russie, du fait de l’Ukraine et de ses répercussions économiques sur le pays ; d’autres accusent Donald Trump d’être trop conciliant vis-à-vis de Vladimir Poutine et de lui assurer ainsi un tremplin sur lequel les Russes sont en mesure de rebondir. Ce que je vois, pour ma part, c’est que si Poutine ne cherche pas à trop provoquer les États-Unis sur l’Ukraine, c’est aussi vrai aujourd’hui que cela l’était à l’époque de Barack Obama ou de Joe Biden. Les Russes savent qu’ils sont en seconde posture sur le plan des moyens de projection de puissance comparés aux États-Unis, et Vladimir Poutine l’a d’ailleurs reconnu lors de certaines de ses interventions, mais cette apparente déférence ne bouleverse pas pour autant un rapport de force tel qu’il était déjà établi il y a une décennie.

Quels regards porter sur les enjeux géopolitiques actuels ?

Les enjeux géopolitiques ont beaucoup évolué tout au long de cette dernière décennie, pour une combinaison de facteurs qui mettent en avant aussi bien les critères économiques que technologiques. Je suis personnellement convaincu du réalisme dans les relations internationales, et je crois que les logiques de concurrence expliquent la manière par laquelle les relations internationales évoluent. Ces mêmes logiques s’expliquent en bonne partie par des rapports de force. Or, si les moyens militaires traditionnels faisaient la différence dans le passé, je pense que c’est la technologie qui permet aujourd’hui aux acteurs des relations internationales de prétendre à des muscles supplémentaires. La complexité réside dans le fait que les acteurs de relations internationales ne sont plus seulement étatiques. L’immixtion, non seulement des entreprises pionnières dans l’intelligence artificielle, mais également de complexes militaro-industriels dans l’économie de leur pays et dans la procuration de moyens de défense supplémentaires (type surveillance et drones, ou encore moyens satellitaires comme ceux détenus par Starlink), a fait considérablement évoluer le jeu. Donc, je crois que le rapport de force reste organisé autour d’un même axe, celui qui implique les superpuissances en premier lieu. Mais l’émergence ou l’affirmation de « puissances moyennes », comme on les appelle, est également une tendance à regarder de près. Économie et technologie sont les nouveaux critères de la puissance, et cela laisse beaucoup de marge aux acteurs qui cherchent à bénéficier d’une projection internationale.

La puissance américaine est-elle en déclin et qu’en est-il de la confiance dans le monde ?

Dans la trajectoire globale on a l’impression, en effet, que les Etats-Unis ont beaucoup perdu de leur superbe et qu’ils n’ont plus les moyens auxquels ils pouvaient prétendre en 2001 encore, quand les attentats du 11 Septembre leur ont permis de montrer au reste du monde qui était le vrai chef. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut enterrer les Etats-Unis. Civilisations et empires arrivent toujours à un point maximal à partir duquel ils entreprennent leur chute, et il n’y a pas de raison de penser que les Etats-Unis ne seraient pas engagés dans un « déclin » en ce sens. Mais, pour l’heure, cela reste un déclin tout relatif. Le fait que les Américains n’arrivent pas à marquer la différence par rapport à l’Iran d’une manière classique et traditionnelle, c’est-à-dire en obtenant un effondrement, par exemple, du régime iranien ou une destruction totale de ses capacités militaires, n’abonde absolument pas dans le sens d’une image forte pour les États-Unis. C’est là que Washington pourrait se retrouver aujourd’hui dans une situation similaire à celle qui prévalait en 1956, quand les Français et les Britanniques perdirent leur rôle impérial du fait de la crise de Suez. Mais de tels faits nécessitent toujours un recul historique avant de pouvoir prendre conscience de l’évolution de la séquence des relations internationales. La chute du mur de Berlin en 1989 annonçait la fin de la guerre froide et du monde bipolaire, tout comme l’imposition des Etats-Unis comme première – et, potentiellement, unique – force mondiale. Mais ce fait n’était pas évident en 1989, il a fallu attendre avant d’en prendre conscience. Le même point d’interrogation se pose concernant les évolutions du Golfe et celles relatives à l’Iran en particulier.

Les alliés régionaux tournent-ils désormais le dos ? 

Non, ce n’est pas ce que l’on constate : tous les pays de la région, à commencer par les pays du Golfe, continuent à tenir une relation forte avec les Etats-Unis. Ils en ont besoin ne serait-ce que du fait qu’ils continuent à vouloir bénéficier d’un parapluie militaire fiable. Les moyens technologiques américains, combinés à la force et à la domination des Etats-Unis sur la scène économique mondiale, rendent ce partenaire irremplaçable pour beaucoup de pays du Moyen-Orient. Mais l’évolution principale qui est intervenue ces dernières décennies, c’est la quête d’une diversification de leurs partenaires militaires par beaucoup de pays de la région. L’Algérie est peut-être allée à l’excès par sa focalisation sur un approvisionnement militaire russe, mais les pays du Golfe tendent généralement à agir de manière plus subtile, en continuant à compter sur les Etats-Unis comme partenaire principal, tout en s’ouvrant à un champ de transaction avec les Russes et les Chinois, voire d’autres pays, comme la Corée du Sud et Israël. Cela ne remplace pas les Etats-Unis pour l’heure. Mais le jour où il faudra remplacer les Etats-Unis, ces pays voudront être prêts à composer avec des relais fiables. Ils cherchent donc à avoir une longueur d’avance, ce qui se comprend par ailleurs.

Les pays du Golfe n’ont pas vraiment d’armée, à part peut-être les Saoudiens. Comptaient-ils donc sur les Américains pour les défendre ?

Les pays du Golfe ont chacun une armée, mais cela ne veut pas dire qu’elle est au même niveau pour tous. Mais je ne pense d’ailleurs pas que la question d’avoir une armée, au sens de contingents formant des troupes, soit la question principale pour ces pays. Pour eux, les moyens militaires classiques, type avions, tanks, drones… combinés à des moyens technologiques poussés (boucliers anti-missiles, moyens de surveillance aérienne, maritime et terrestre…) sont les vrais critères de la puissance. En ce sens, les pays du Golfe continuent à faire de l’outsourcing concernant leur défense. Mais ce n’est là rien de nouveau. La guerre du Golfe de 1991 avait bien démontré le rôle fondamental des États-Unis pour les pays du Golfe. Donc oui, le Golfe cherche toujours à bénéficier du parapluie militaire américain ; oui, c’est l’argent de ces États qui leur permet d’acheter leur défense ; oui, cela rend plus impérative la nécessité pour les États du Golfe de penser aux moyens d’améliorer leur propre architecture de défense sur le plan structurel, car l’argent ne peut acheter la sécurité de manière indéfinie.

Les pays arabes craignent-ils l’Iran et son hégémonie ?

Oui, beaucoup de pays arabes craignent littéralement l’Iran. Comme beaucoup d’entre eux sont soit des dirigeants sunnites, soit disposant d’une majorité sunnite dans la population, ils entretiennent le fantasme de ce que l’Iran pourrait chercher à jouer sur les équilibres communautaires pour imposer son propre agenda politique, voire religieux. La théorie du « Croissant chiite », en vigueur depuis les années 1980, et réactivée dans les années 2000, ne dit pas autre chose. L’Iran chercherait à s’acheter les communautés chiites de la région pour imposer son hégémonie. Je continue à penser qu’il y a une grande part de fantasme ici : les relais de l’Iran au Moyen-Orient ne sont pas tous chiites, comme on le voit par exemple avec le Hamas palestinien. De surcroît, les Iraniens sont Persans, cependant que les chiites du Moyen-Orient sont, en écrasante majorité, arabes. Or, les Iraniens se définissent en premier lieu par leur ethnie et leur projection civilisationnelle, ne voyant dans leur religion chiite qu’un attribut parmi d’autres. Sur le fond, si l’Iran fait peur, c’est surtout du fait de ses capacités politiques et militaires et de sa capacité de résilience. Je ne dis pas que le différend sunnite/chiite n’a pas d’importance, il en a. Mais le facteur principal de tension et de méfiance reste la quête d’un leadership par les acteurs régionaux principaux. Les Saoudiens, les Émiratis, les Jordaniens, entre autres, rejettent le scénario d’un Moyen-Orient où l’Iran serait omnipotent. Mais je crois aussi qu’une grande partie de cela s’explique, aujourd’hui s’entend, par des raisons idéologiques aussi. Les alliés des Etats-Unis ne veulent tout simplement pas d’une puissance anti-impérialiste dans la région, cependant que les acteurs rétifs aux Etats-Unis cherchent un relais comme l’Iran pour appuyer leur stratégie et leur vision.

Pour autant Israël ne peut être une puissance majeure dans la région ?

Israël est, à bien des égards, déjà une puissance majeure au Moyen-Orient. Il se distingue nettement sur les plans militaire, technologique et du renseignement, et bénéficie en outre d’un soutien déterminant des Etats-Unis, tant sur les plans diplomatique que militaire et économique.

Cependant, les principales fragilités d’Israël sont aujourd’hui internes. La polarisation croissante de sa société, les tensions entre différents groupes (notamment autour de la place des ultra-orthodoxes), ainsi que le glissement du centre de gravité politique vers des positions plus radicales, constituent des facteurs de risque importants. A cela s’ajoute une forme de banalisation de la violence, qu’elle soit politique, militaire ou sociétale, illustrée notamment par certaines violences de colons à l’égard des Palestiniens et un durcissement des attitudes envers les Arabes.

Ces dynamiques internes pourraient, à terme, affaiblir la cohésion du pays. Les mises en garde formulées par plusieurs analystes reconnus ne doivent pas être négligées : si Israël demeure aujourd’hui dominant sur la scène régionale, il pourrait voir cette position fragilisée par l’accumulation de tensions internes et une polarisation croissante.

Quel consensus alors ?

Il n’y a pas de consensus en Israël. Il y a ceux qui veulent des relations pacifiées avec l’environnement régional et la création d’un Etat palestinien, et ceux qui rejettent tout scénario de conciliation et veulent une domination régionale. A terme, je crois que cela va effectivement miner Israël, et toutes les évolutions actuelles, belliqueuses pour l’essentiel, ne sont qu’une fuite en avant.

Qu’en est-il de l’OTAN et de l’Europe, ainsi que des dommages collatéraux ? Qu’y a-t-il à craindre plus tard si le détroit reste bloqué ? Ormuz et le Liban, ne sont-ils pas la priorité de Trump ?

L’OTAN semble, à bien des égards, plus soucieuse de sa survie en tant qu’organisation. L’Union européenne reste aux abonnés absents, malheureusement, et cela n’est en rien nouveau. Plutôt que de dommages collatéraux, ici, je parlerai d’une victimisation volontaire, surtout de la part de l’Union européenne. Le problème des Européens, c’est qu’ils n’ont jamais réussi à faire prévaloir l’intérêt commun européen en lieu et place des attributs de souveraineté nationale. Le second mandat de l’administration Trump et ses menaces réitérées vis-à-vis de ceux des Européens qui ne suivent pas son agenda sont une occasion pour que les Européens aient un sursaut. Mais je suis sceptique ici. Sur le fond, c’est comme si les Européens attendaient, de manière similaire à ce qui avait été fait lors du premier mandat de l’administration Trump, à ce que l’après-Trump soit porteur d’une formulation qui permettra aux Européens de se reposer sur leurs lauriers de nouveau. Outre que ce calcul me paraît erroné, il sous-estime également le fait que l’Union européenne porte en elle-même les germes de son potentiel grand affaiblissement. La montée de l’extrême droite, sur fond de contradictions des Européens par rapport à leurs propres principes fondateurs (voir leur position sur la question migratoire par exemple) en ajoute aux perspectives sombres qui continuent à entretenir le monde. γ

*Reporter Senior at large et partenaire presse UFFP

Bio express

Barah Mikaïl est professeur associé de science politique et directeur du Master en Political Science and Public Affairs à l’Université Saint Louis de Madrid. Spécialiste des enjeux de sécurité et des crises internationales, il travaille sur le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et les rivalités régionales. Il a collaboré avec plusieurs centres de recherche et institutions de référence, dont l’IRIS et la FRIDE, et intervient régulièrement dans le débat public et les médias. Il dirige Stractegia Consulting, un centre de recherche consacré à l’analyse stratégique et aux politiques de sécurité. 

 

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