La leçon romaine

Lors d’un conseil des ministres à la Maison-Blanche la semaine dernière, le président américain, Donald Trump, a menacé de «pulvériser» le sultanat d’Oman. «Oman se comportera comme les autres (pays du Golfe) ou alors il faudra le pulvériser. Il le sait», a-t-il lancé.
Ce n’est pas la première fois qu’il s’attaque à ses alliés. Il a humilié, ridiculisé et insulté la France, l’Allemagne, le Danemark et la Grande-Bretagne, proposé des sanctions contre l’Espagne. Pire encore, il a fait régner sur eux la menace d’une terreur exercée par la force, mais aussi par un redoutable arsenal de surtaxes douanières. Jamais, jusqu’ici, un arsenal pareil n’avait été déployé par les États-Unis contre ses alliés.
Les connaisseurs dans le monde entier agitent le spectre d’un engloutissement de tout un ordre mondial. Même si on ne peut être complètement d’accord avec eux, on ne peut que s’incliner devant leurs analyses éblouissantes sur ce qui est en train d’arriver. Loin du petit jeu d’analyse sémantique auquel se prêtent les braillards qui aimeraient ne nous donner à écouter que des discours déroulés avec la complicité moutonnière de quelques médias et qui apparaît bien dérisoire au regard de l’ampleur de ces menaces, un tel constat nous impose la nécessité de nous interroger sur les intentions d’un cow-boy enragé.
La question est ouverte. Quoi qu’il en soit, le président américain est forcément atteint d’une pathologie atroce qui le pousse à s’attaquer à tous ses alliés sans distinction. Il se pose en incarnation suprême de l’Amérique «laide». Celle de la violence, l’arrogance, l’exploitation et l’impérialisme. Il a cet «Art» hollywoodien de prendre une fissure de la société américaine et de la transformer en abîme. En apparence, il joue avec le feu mais, en réalité, il joue avec la foule dont l’éloge de la force et de la suprématie est une célébration du courage. Faucon machiavélique, guère préoccupé par le droit et qui n’a que faire des principes moraux, ce mauvais génie de l’Amérique unilatéraliste a donné l’image calamiteuse d’une grande puissance qui cherche, d’abord, à se protéger loin de la démonstration de force affichée.
Depuis des décennies, ses prédécesseurs pensaient que le véritable enjeu était le nucléaire, le pétrole, la montée spectaculaire de la Chine, la résurrection de la Russie ou je ne sais quelle contingence géopolitique triviale.
Mais grâce à ces politiques trumpiennes «asymétriques» dont on nous rebat les oreilles, la vérité éclate enfin : le véritable champ de bataille, c’est «un nouveau cycle d’hégémonie américaine».
Voilà un avenir apocalyptique pour l’humanité fondé sur le énième avatar de la «destruction créatrice».
Une nouvelle et très dangereuse forme de colonialisme semble mettre en péril le monde, tant la poussée hégémonique de ce nouveau «fou romain» est menaçante.
Le comportement du président américain apparaît donc comme une refonte actualisée de celui des tyrans romains qui ont fait précipiter la chute de leur Empire. Même culte de la personnalité, même approche hégémonique, même exaltation des passions nationalistes et religieuses, même contestation radicale des autres nations, dont les valeurs sont automatiquement rejetées. Le temps semble mis en suspens depuis des siècles, comme l’illustrent ces sauvages obscurités qui brouillent l’ordre chronologique de l’histoire et ces discours et déclarations souverainistes et xénophobes qui explorent surtout les multiples formes de la haine endémique envers l’autre différent.
Qui oserait se dire surpris ? Les États-Unis ont-ils atteint le «pic» hégémonique, c’est-à-dire le point culminant au-delà duquel commence le déclin ? La leçon de la chute de l’Empire romain est encore vive.

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