Il suffit d’échanger quelques minutes avec des animateurs de maisons de jeunes pour entendre la même inquiétude revenir “où sont passés les jeunes?”. Pourtant, les maisons de jeunes n’ont jamais été aussi nombreuses en Tunisie. Les bâtiments existent, les équipes sont présentes, les activités continuent d’être organisées dans plusieurs maisons. Mais dans beaucoup de régions, les salles peinent à se remplir comme auparavant.
La tentation est grande d’accuser les jeunes de désintérêt ou de manque d’engagement. La réalité est sans doute plus complexe.
Les jeunes Tunisiens n’ont jamais cessé de chercher des espaces pour s’exprimer, apprendre, créer ou se retrouver. Il suffit d’observer le succès de certaines associations, des clubs sportifs, des écoles artistiques ou encore des initiatives entrepreneuriales portées par la jeunesse pour s’en convaincre.
La véritable question est peut-être ailleurs, les maisons de jeunes répondent-elles encore aux attentes d’une génération qui a profondément changé?
Cette génération grandit dans un univers où l’information circule instantanément, les opportunités se découvrent souvent sur un smartphone et les réseaux sociaux façonnent une grande partie des interactions sociales. Face à ces transformations, beaucoup de jeunes recherchent aujourd’hui des expériences concrètes, des projets porteurs de sens et des compétences directement utiles à leur avenir.
Or, dans certaines structures, l’offre d’activités peine parfois à suivre cette évolution. Les jeunes ne veulent plus seulement participer à une activité, ils souhaitent être impliqués dans sa création, contribuer aux décisions et avoir le sentiment que leur voix compte réellement.
Ce besoin d’implication est fondamental. Car lorsqu’un jeune participe à l’organisation d’un événement, à la conception d’un projet culturel ou à la mise en place d’une initiative citoyenne, il développe naturellement un sentiment d’appartenance. Il ne fréquente plus simplement un lieu mais il contribue à le faire vivre.
Un autre défi majeur réside dans la concurrence du monde numérique. Aujourd’hui, apprendre une compétence, ou suivre une formation ou encore rejoindre une communauté ne nécessite souvent qu’une connexion Internet. Les maisons de jeunes ne peuvent rivaliser avec cette accessibilité permanente. En revanche, elles possèdent un avantage que le numérique ne remplacera jamais, celui de la rencontre humaine.
L’avenir des maisons de jeunes se trouve probablement dans cette capacité à redevenir des lieux de vie, d’échange et de construction collective. Des espaces où les jeunes ne viennent pas uniquement consommer une activité, mais bâtir des projets, développer des compétences et trouver leur place au sein d’une communauté.
Les jeunes n’ont pas déserté l’engagement. Ils cherchent simplement des lieux qui leur ressemblent davantage. La question n’est donc pas de savoir comment faire revenir les jeunes dans les maisons de jeunes, mais comment faire évoluer les maisons de jeunes avec les jeunes.
Selim Charbti