La victoire de Luiz Inácio Lula da Silva aux élections présidentielles brésiliennes a donné espoir aux militants et candidats de gauche du monde entier et à tous ceux qui défendent les valeurs humaines, le multilatéralisme, le droit international et la paix. C’est un tournant décisif pour une idéologie émancipatrice, trahie, depuis la chute du mur de Berlin, par l’arrogance mortifère de plusieurs de ses «bien-pensants». Par cette trahison, la gauche a possédé, depuis l’avènement dramatique du 9 novembre 1989, une tonalité tragique, une plus grande noirceur que celle des discours des réactionnaires. Elle a contribué, durant trente-six ans, à la destruction de l’ordre moderniste dont elle tire ses valeurs, trop introvertie pour réaliser qu’elle est menacée de sortir de l’histoire. C’est la honte d’une gauche obnubilée par le spectre de la «différenciation», le déshonneur d’un mouvement émancipateur qui a enfoui sa passion de justice sociale et d’égalité. En politique, quand la machine à détruire les principes et les valeurs d’un mouvement est lancée, rien ne l’arrête. La gauche a été punie par là où elle a péché. D’une part, elle a payé une incapacité à nommer ses problèmes insidieux et infiniment profonds pour se donner une chance de les régler, d’autre part, elle a perdu le reste de sa crédibilité en empruntant la plus suicidaire direction. Celle de l’alliance avec la machinerie réactionnaire dans plusieurs pays, dont le nôtre. Les lanceurs d’alerte sont très clairs : si la gauche internationale ne renoue pas urgemment la chaîne brisée de son histoire, ne réactualise pas son présent par un retour aux sources, elle ne sera plus que la caricature d’elle-même et seuls ses «ennemis mortels» en sortiraient renforcés.
Le mérite de Lula da Silva, c’est que ses radioscopies sont faites en parfaite connaissance de cause, à la faveur d’expériences concrètes, d’un itinéraire et d’un vécu personnels faits d’ouverture, de contacts féconds et d’une trajectoire entièrement aimantée par les hautes sphères des réformes sociales, des luttes syndicales, des connaissances et des savoirs, bref, du génie politique. Il a tenu à élever l’intégrité intellectuelle du gauchisme et les valeurs nobles de la pensée prolétarienne au rang d’une éthique souveraine qui a éclairé bien des voies et stimulé bien des volontés. S’il est souvent alarmiste, il n’est jamais, ou rarement, pour autant pessimiste. Sa fronde acérée, ses diagnostics implacables, son ironie mordante emportent l’adhésion parce qu’ils émanent d’un activiste qui a côtoyé et fréquenté les terrains et les territoires dont il parle si bien sans, toutefois, sombrer et se perdre dans les dédales des manigances.
En parvenant à mobiliser dix millions de voix de plus en sa faveur en trois semaines, entre les deux tours des élections, il a vaincu son rival, Flávio Bolsonaro, sur son terrain de jeu favori, les réseaux sociaux. Il a démontré que le représentant de l’extrême droite dans son pays, allié de Donald Trump, n’est, d’abord, qu’un lamentable acteur dans le registre burlesque de la “commedia dell’arte”. Un misérable pion de la «trumpisation» du continent sud-américain.
Ce n’est pourtant pas un petit mérite de rappeler à quel point l’avenir appartient à ceux qui sauront se montrer capables de braver les dinosaures de l’extrémisme et de stopper le basculement vers l’extrême droite de leurs pays.
Une porte s’est refermée, le 25 octobre 2026, sur les ambitions de Donald Trump, mais les analystes de la Maison-Blanche continuent à chercher les raisons de cette chute, puisque la vérité pure et simple est, selon Oscar Wilde, «très rarement pure et jamais simple». C’est cette «légitime» tentative, celle du «trou de la serrure», qui met à bas le corps d’un récit fantasmagorique et très médiatisé de l’extrême droite dans plusieurs pays de l’Europe et de l’Amérique latine.