Il y a eu un temps où le terrorisme frappait le pays de plein fouet, fauchant des dizaines d’agents sécuritaires et de militaires dans l’effroi général. Puis, insidieusement, l’horreur s’est banalisée : le drame national est devenu simple fait divers, relégué en page intérieure des journaux.
Est venue, ensuite, la pandémie de Covid-19, avec son lot d’incertitudes et de confinements. Là encore, l’accoutumance a fait son œuvre : le virus est devenu une grippe parmi d’autres, presque une formalité saisonnière.
Puis, ce fut au tour de la SONEDE de nous administrer sa propre leçon de résignation. Les coupures d’eau, autrefois exceptionnelles, sont devenues notre quotidien silencieux — au point qu’une journée sans coupure surprend désormais, comme si l’anomalie et la normalité avaient discrètement échangé leurs places.
Le secteur des transports n’a pas échappé à ce même délitement : bus vétustes, trains à l’arrêt, vols retardés. La mobilité s’est réduite à une loterie quotidienne que plus personne ne conteste vraiment.
Aujourd’hui, c’est au tour de l’électricité de vaciller, la canicule servant d’explication commode à un système à bout de souffle. Il serait injuste d’en blâmer les agents de la STEG, simples rouages d’une infrastructure exsangue. Le problème n’est pas humain, il est structurel.
Mais le véritable danger ne réside pas dans la panne elle-même. Il réside dans ce glissement presque imperceptible qui transforme le dysfonctionnement chronique en fatalité acceptée. Demain, vivre sans électricité, sans eau, sera simplement… normal.
Car là est tout l’enjeu : s’habituer aux catastrophes est plus dangereux que les catastrophes elles-mêmes. Une société qui cesse de s’indigner cesse aussi d’exiger des comptes. Et un pouvoir qui n’est plus questionné n’a plus aucune raison de se réformer.
La vraie urgence, donc, n’est pas de réparer chaque panne au fil de l’eau, mais de refuser, collectivement, de s’y habituer.