Régulation du tabac : les États-Unis comme laboratoire grandeur nature, selon Mazen Saleh

Comment les pouvoirs publics doivent-ils encadrer les produits nicotiniques à risque réduit ? Pour Mazen Saleh, directeur principal des politiques publiques au think tank américain R Street, la réponse ne tient pas dans l’interdiction, mais dans une régulation calibrée sur le niveau de risque réel de chaque catégorie de produit. Intervenant lors du panel consacré à l’accès des consommateurs à une information fiable, à l’occasion de l’événement Technovation Smoke-Free organisé par Philip Morris International (PMI) à Rabat le 24 juin, l’expert a livré une démonstration construite autour de l’expérience américaine.

Mazen Saleh décrit les États-Unis comme un véritable « laboratoire naturel » des politiques publiques en matière de tabac et de nicotine. Au-delà de la réglementation fédérale, chaque État dispose en effet de son propre pouvoir législatif sur ces produits. Cette architecture permet, selon lui, de comparer directement les effets de politiques très différentes sur des populations aux profils proches – un terrain d’observation rare en matière de santé publique.

Le constat qu’il tire de ces comparaisons est sans ambiguïté : lorsqu’un État restreint l’accès aux produits à risque réduit, notamment les vapoteurs aromatisés, les ventes locales chutent effectivement. Mais dans les États voisins, moins réglementés, les achats progressent dans des proportions quasi équivalentes. Pour Mazen Saleh, les consommateurs ne renoncent pas à ces produits : ils se déplacent simplement pour continuer à s’en procurer, ce qui neutralise en grande partie l’effet recherché par la mesure restrictive.

À l’échelle nationale, le phénomène change de nature : une interdiction généralisée ne fait pas disparaître la demande, elle la redétourne vers des circuits non régulés, souvent alimentés par des produits importés sans aucun contrôle de qualité ni vérification de sécurité. Mazen Saleh cite l’exemple des vapoteurs aromatisés, interdits aux États-Unis en 2020 : cette interdiction aurait directement contribué à l’essor d’un marché parallèle échappant à tout encadrement.

De cette lecture des données américaines, Mazen Saleh tire une conclusion qu’il veut volontairement simple : la responsabilité des décideurs politiques consiste à réguler les produits nicotiniques – en particulier ceux à risque réduit – en fonction du danger réel qu’ils représentent pour l’individu, plutôt que d’imposer des interdictions uniformes à des catégories de produits aux profils de risque très différents.

Cette approche s’inscrit dans une vision plus large défendue par l’expert : le chemin vers une meilleure santé n’est jamais linéaire, et il s’agit de « rencontrer les gens là où ils se trouvent » dans leur parcours. Entre la prévention, qui vise à empêcher les non-fumeurs de commencer, et les produits de sevrage destinés à ceux qui veulent arrêter, Mazen Saleh identifie un vaste espace souvent négligé : celui des personnes qui continuent de fumer, pour des raisons variées – autogestion d’un mal-être, plaisir, ancrage culturel – et qui ne parviennent pas ou ne souhaitent pas arrêter. Pour cette catégorie, l’enjeu n’est pas, selon lui, de forcer l’abstinence, mais d’encourager de meilleures décisions à travers une information fondée sur la science, qui explicite clairement les niveaux de risque associés à chaque catégorie de produit. Trois leviers complémentaires doivent selon lui être actionnés ensemble : l’accessibilité financière, la disponibilité des produits et l’accès à une information fiable permettant à chacun de faire des choix éclairés.

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